22/05/2016

Devenez sculptural grâce à Giacometti

Vous souhaitez perdre du poids, devenir mince avant quelque villégiature balnéaire? Mangez peu. La gageure est souvent éprouvante, à moins d’être suivi par un diététicien qui vous prescrira des “coupe-faim” naturels qui comblent l’estomac sans faire exploser le compteur calorique, plutôt que des saloperies dérivées de l’amphétamine. Rosy Chavannens, de l’Auberge du Loup à Graubon-la-Menthue, s’en était tant gavée qu’elle perdit l’appétit, puis ses talents de cuisinière, et son job dans la foulée. Depuis, et par rage, elle s’ingénie à récupérer des kilos. Son cousin lausannois Jérôme, qui souffrait d’obésité, s’étais soumis au supplice de la liposuccion sur la table d’esthéticiens patentés du centre-ville: “ Le boucan visqueux de leurs aspirateurs à graisse était épouvantable. Paradoxalement, ça m’a redonné envie de bouffer, voire d’avaler du saindoux!” Et le revoilà plus adipeux et gélatineux que jamais: son miroir lui renvoie une silhouette enflée et ovoïdale, comme en sculpte l’artiste colombien Fernando Botero.

Si vous voulez  devenir enfin svelte, filiforme, ou encore mieux cadavérique, ne suivez pas des régimes médicalisés, mais une méthode relevant de l’observation de chefs-d’oeuvre moins boursouflés. Les sculptures d’Alberto Giacometti ont puissamment recréé la silhouette de l’être humain quand il chemine vers son destin, en le décharnant le plus possible. Une maigreur exagérée y devient une beauté mystique, plus mystérieuse que glamoureuse. Elle serait même pédagogique si l’on en le blogueur Pierre Barthélémy, “passeur de science” et chroniqueur au Monde*. Il se fie à une expérience réalisée dernièrement par une équipe de chercheurs zurichois sur 64 cobayes humains qui se sont mis à croquer moins qu’à leur habitude des chips américains (qui contiennent trop de malsains acrylamides). Cela pour être resté suffisamment longtemps en contemplation  devant une composition sculpturale célèbre du créateur grison: La piazza, où des figurines graciles déambulent en s’évitant du regard.

Les grands artistes sont de grands médecins.

http:// passeurdesciences.blog.lemonde.fr

 

14/05/2016

Plutôt mouche à viande ou papillon?

Elle est revenue, la goûteuse et conviviale saison des grillades au bord des lacs, ou dans la clairière du bois des Brigands à Thierrens. “Le barbecue, c’est l’affaire des mecs”, disent les épouses, fleurissant sans se formaliser leur langage d’un sexisme de plus en plus décrié.  Leur “homme” encore moins. D’ailleurs il s’est mis torse nu à la manière des forgerons pour faire chatoyer au soleil du parc Bourget sa musculature, tout en triturant celle d’une pauvre bête de boucherie. Il y découpe un cuisseau charnu en lamelles plus ou moins égales, qu’il dispose “avec un doigté savant” sur un gril à charbons, entre trois saucisses de Saint-Gall et deux croupions de poulet. Comme dans les sacrifices votifs de l’Antiquité latine, il s’en dégage des fumets triomphants et, du coup,  tout Vidy s’illumine en décor de péplum hollywoodien. (En hommage peut-être à son admirable Musée romain).

Telles sont les dernières manifestations de la virilité humaine. Faire frire de la bidoche en plein air est une épreuve sportive. Or ces champions carnassiers du pique-nique s’inquiètent de l’influence grandissante, dans les médias, du régime préconisé par les végétariens, les végétaliens et les adeptes du véganisme. “Des gens qui tueraient père et mère pour un jus de carottes”, ragent-ils. Quelle gloire masculine pourraient-tirer de légumes ou de steaks de tofu chauffés à feu doux sur leur emblématique rôtissoire?

A leur décharge, j’avoue que la tendreté d’une belle entrecôte charolaise saignante, pas trop, peut me faire saliver, car elle m’affilie à des ancêtres préhistoriques qui, plus courageusement, mâchaient la viande rouge toute crue. “Grichka”, le chat sibérien de ma voisine russe la préfère ainsi. Elle lui en sert chaque matin à volonté, et il en redemande.

On objectera, à raison, que les comestibles sortis des abattoirs n’attirent pas que des chats, mais aussi des mouches dites précisément “à viande”. La barbaque en devient répulsive, surtout quand on ignore de quel animal elle provient.

Plutôt mourir que s’en nourrir, me dis-je. Et après ce n’est pas en mouche que je me réincarnerai, mais en phalène. Ce papillon de nuit attiré par les lanternes, aspiré par les flammes d’une chandelle. On y joue avec un feu pur qui n’a pas un goût de viande douteuse, mais une tonifiante saveur de lumière.

 

07/05/2016

Réveil de fâcheux et ornithologie musicale

 

Ils se sont plaints du carillon de l’église du village, puis du tintamarre en sonnaille de vaches environnantes, maintenant, Steevie et Jennifer Compondu n’en peuvent plus des pépiements d’oiseaux. Nos jeunes pendulaires avaient dû trimer beaucoup dans un centre-ville trop bruyant pour s’offrir une villa dans une campagne joratoise qu’ils croyaient paisible. Et voilà que le jour de l’Ascension, ils se sont fait insolemment réveiller par des maudits pinsons, merles, et autres coquins de rossignols. Par le  tswit-tswit de l’hirondelle des cheminées, ou le doux diu-diu plaintif du bouvreuil, le passériforme préféré de Gustave Roud. Plus désagréables furent les miaulements rauques du geai, ou le fiuu-tché-tché de la buse variable.

Pour éradiquer cette “nuisance sonore”, le syndic de la petite commune leur avoua son impuissance: “Un oiseau, ça chante un peu partout et quand ça veut.” Tout en leur suggérant d’enfouir dans leurs oreilles de petites gommes assourdissantes.

A ce couple de maniaques mal embouchés, nous donnons un meilleur conseil: cessez de préférer le silence aux bruits de la nature, devenez plutôt insomniaques que réfractaires aux chants du monde.  Et retenez que l’alouette ne chante pas, elle tirelire. Que le pinson frigotte, le pic-vert pleupleute, la fauvette zinzinule, tandis que le roitelet, lui,  zinzibule…

Olivier Messiaen (1908-1992), qui fut un des pères de la musique contemporaine, se privait de sommeil afin d’emplir son âme chrétienne de cette chorale débridée déjà avant le lever du soleil. A l’instar de François d’Assise, auquel il dédia un opéra en 1975, le maître à penser d’un Boulez, d’un Xénakis, avait la foi simple et sans chichis du charbonnier (et de la mésange charbonnière). Mais avant de retranscrire le cri des oiseaux - qu’il tenait pour “les premiers musiciens du monde” sur des portées, il consultait des ornithologues. Ils lui enseignèrent que pour rendre décryptable sur la partition le trille d’un serin par exemple (qui fait tilit-tiliiit), il fallait oublier les lois de l’harmonie, préférer la sonorité aux notes, et créer une “vision acoustique du son”.

Chez Messiaen, elle devient polychrome, comme un plumage.