06/07/2013

Sion, efflorescence d’une cité solaire

 

 

Un chef-lieu? Non, une capitale, et cela depuis la nuit des temps. Contrairement aux cités de Zurich, Bâle et Genève, qui sont six ou dix fois plus peuplées qu’elle mais n’ont qu’un statut de centre administratif de cantons éponymes, Sion s’est toujours vu déférer par les Valaisans une dignité de métropole. En tout cas depuis le Ve siècle, lorsque l’évêque d’Octodure (Martigny) y déménagea le siège épiscopal. Donc une cité une fois et demie millénaire – plus ancienne encore puisque des fouilles archéologiques au Petit-Chasseur lui garantissent des racines celtes, voire des radicelles néolithiques… Attachés à ce passé vénérable, qui mériterait d’être prospecté davantage, les Sédunois sont surtout fiers du Prix Wakker, qui a été attribué à leur ville au début de 2013. Créée il y a quarante ans, cette distinction gratifie une commune qui s’est vouée à la modernité, tout en respectant un équilibre harmonieux entre urbanisme et espaces arborisés; entre efficience des transports publics, circulation automobile, et le respect du patrimoine bâti. Parmi les lauréats précédents: Yverdon-les-Bains en 2009, et l’Ouest lausannois il y a deux ans. L’actuel président de Sion, Marcel Maurer, a la sagesse de se féliciter avec modération de ce prix décerné en janvier: «Avec ses 31’600 habitants, Sion n’est pas qu’un centre-ville, c’est un ensemble de quartiers. Le remodelage de la ville est soumis à de nombreuses contraintes comme les cinq cours d’eau qui la traversent ou la présence de l’aéroport (aux nuisances sonores souvent récriées, ndlr). Nous sommes conscient d’avoir fait un bout de chemin, mais il y a encore beaucoup de travail. Ce prix donne l’occasion de montrer que l’on est capable de faire quelque chose de bien».

 

Les points noirs

 

L’euphorie sédunoise est atténuée par quelques trouble-fêtes qui déplorent l’absence de parcs publics. Si dans les alentours de ce qu’on appelle la «place du village» (rue du Grand-Pont, celle des Châteaux, de Conthey, de la Cathédrale), des propriétaires nantis ou des locataires chanceux jouissent de jardins privés luxuriants, des familles modestes regrettent de ne pouvoir oxygéner leur marmaille au cœur de la ville. Certes, il y a le lac de Montorge au pied d’une riante colline, et puis les préaux bien conservés de la périphérie. Mais pour s’y rendre en poussant la poussette, c’en fait de la trotte…

Culturellement, Sion s’est revitalisée en dix ans, tant au plan théâtral que musical. Elle s’enorgueillit de deux festivals musicaux de haute renommée: celui de Tibor Varga, et un autre où c’est le violon qui est roi. Les musiques actuelles y prospèrent itou. Manquent hélas des salles pour les accueillir. Celle de la Matze est en réfection, et l’espace culturel du Carnotset des Artistes, rue du Grand-Pont, disparaîtra en septembre. Luit un espoir: la création d’un lieu vaste à souhait pour des concerts éclectiques dans le cadre d’une halle désaffectée, située au sud de la gare. Un quartier en friche mais prometteur: il accueillera prochainement une antenne importante de l’Ecole polytechnique de Lausanne, ainsi que toutes les HES implantées au nord de l’agglomération.

Un ultime point noir: Sion n’a que trois salles de cinéma…

 

La dolce vita

 

Or il n’y a point de capitale aussi solaire que celle du Valais. Sa place du Midi, réaménagée en 2004, est à la belle saison un archipel de terrasses ombragées de jeunes frênes répandant une fraîcheur couleur de menthe. Un destin de havre piétonnier, qui lui fut conféré un an plus tôt par l’AHVV (l’Association des habitants de la vieille ville de Sion), afin qu’elle devienne un «coude» entre les rues du Grand-Pont et celle de Lausanne. Un coude, en fait une porte lumineuse et abondamment feuillue qui s’ouvre sur un Marché du vendredi matin unique en Suisse. Qu’il fasse beau, qu’il pleuvote, cette longue et sinueuse agora urbaine se borde d’étals multicolores à l’italienne, qui embaumeront tout bientôt l’abricot et la poire, ainsi que l’abricotine et la williamine. On n’oublie pas la petite arvine, ni le fendant, ni les croustilles de seigle, ni la raclette traditionnelle qu’on déguste au passage, et en plein air, telle une friandise passagère. La plus goûteuse, à notre goût, est servie sous les arcades rafraîchissantes de la Grenette. De beaux chats y rôdent autour de vos pieds.

 

 

Les bons plans de Frédéric Recrosio

 

 

L’humoriste et chanteur romand est né à Sion en 1975. Son père, d’origine italienne, y tint un magasin de vêtements. Devenu célèbre sur scène, puis sur RTS, France Inter et Canal +, il ne cesse d’y revenir.

 

«D'abord, il y a les bars. Dont il ne faut garder qu'un, "chez Sam", à la rue de Conthey, où on fait la fête comme d'autres la guerre. Sam, c'est le patron, mais parfois on sait plus très bien. C'est un patron très indulgent qui punit avec modération, sûrement parce que c'est un grand vétéran de la fête.

 

Le vendredi, c'est jour de marché. "A bon entendeur" dit que c'est le meilleur marché de Suisse, et je vais vous dire pourquoi: c'est mon papa qui l'a lancé (avec d'autres personnes bien sûr mais comme ils ne sont pas mon papa, je dis pas).

 

Le château de Valère: en fin d'année scolaire, on y organisait des fêtes invraisemblables dans la nuit la plus noire. Alors quand t'y retournes, tu peux te rappeler chaque roulage de pelle que t'as eu, mais aussi ce sentiment étrange de pas savoir qui t'embrasses.

 

La piscine de la Blancherie: on peut aussi aller de jour, mais c'est moins drôle.

 

Ne ratez pas le Supersaxo et son carpaccio de foie gras sur un lit d'aubergine (en plus, la patronne est atomique, mais patouche, c'est mon cousin qui l'embrasse). Enfin à la Sitterie, manges superbien sans manger superpeu.»

 

16:58 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (0)