11/06/2007

Des framboises pour Ravel et Pessoa

Le saint de ce lundi, 162e jour de l’année, est l’apôtre Barnabé: après Matthias, invoqué récemment, un des moins connus des Douze. Lévite originaire de Chypre, il devint le compagnon de mission de saint Paul, notamment à Antioche. Le seul acte qui lui est attribué est une épître apocryphe du IIe siècle. Barnabé veut dire fils de celui qui vient, fils de prophète, fils de qui enserre, ou fils de consolation. En 1938, son nom a inspiré au cinéaste Alexandre Esway une comédie dramatique, avec Fernandel.

Dicton: «A la Saint-Barnabé, les jours croissent du saut d’un baudet.» (En fait, par rapport à hier, la durée d’ensoleillement s’est augmentée d’une minute, passant de 16h.05 à 16h.06…).

 

PETIT FRUIT DE LA SEMAINE

 

Si saint Barnabé était Chypriote, la framboise, elle, est d’origine crétoise. Elle serait une arrière-petite-cousine par alliance du Minotaure. D’après des études scientifiques récentes, sa consommation a participé au fameux secret de longévité des habitants de l’île.

Pourquoi l’appelle-t-on parfois fraise des bois? A cause de son étymologie: en latin «fragum bosci».

Son support, le framboisier, produit à la fin mai des fleurs blanches et inodores. Les baies sucrées et acidulées apparaissent généralement un mois après, mais vu le climat particulièrement chaud de ce printemps, elles sont déjà là; rougeâtres, ou noirâtres, violettes, couleur de chair. Couleur framboise…

Le promeneur les picore toutes crues, sans sucre et sans crème Chantilly, en les prélevant entre les ronces des sous-bois. Les fabricants de sirops et de confitures industrielles les débitent par millions de tonnes, et «améliorent» leur aspect et leur saveur avec des inventions chimiques révolutionnaires.

Plus modestement, Tantine Gladys en tire un coulis écarlate pour des meringues, Tantine Euphrosyne une liqueur de ménage (le ratafia), et Tantine Aglaé un sirop antiphlogistique souverain contre le panaris et les furoncles.

LA RELECTURE DE LA SEMAINE

A l’heure où chrétiens fidèles, chrétiens sceptiques ou êtres humains seulement curieux découvrent le best-seller de Benoît XVI-Ratzinger sur son propre Jésus-Christ historique, je vous recommande de relire un texte paru en Romandie 17 ans plus tôt, en Romandie: L’Homme qui venait de Nazareth - Editions du Moulin, Aubonne.

Son auteur est Daniel Marguerat, théologien protestant spécialisé dans l’historicité des écritures saintes, et prof star internationale de notre UNIL. Récemment, il s’est exprimé dans les médias sur cette nouvelle publication vaticane - qui n’est pas une encyclique ni une Bulle – avec respect, admiration. Mais aussi une intelligence critique qui ne mâche pas ses mots

LE CONCERT DE LA SEMAINE

Maurice Ravel trouvait le «violon essentiellement incompatible avec le piano». Et c’est pourtant pour ces deux instruments qu’il composa, entre 1922 et 1927 (oui, durant cinq ans!) son ultime œuvre de musique de chambre: une sonate dédiée à Hélène Jourdan-Morhange, que la brillante violoniste ne put créer à cause d’un rhumatisme rigidifiant ses doigts.

Ce chef-d’œuvre sera joué dimanche prochain, 17 juin, à 11 heures, dans l’Auditorium du Musée olympique, d’Ouchy. Ferline Studi au piano, Girolamo Bottiglieri, du Quatuor Terpsycordes, au violon. Entrée 22 francs. Renseignements au 021 621 65 11.

Le miracle ravélien: son génie de l’orchestration et de la diaprure symphonie resplendit même dans un duo!

LE POETE DE LA SEMAINE

C’est Pessoa, puisqu’il est né un 13 juin comme après demain.

Cela s’est passé en 1888 à Lisbonne, une cité toujours hantée par son fantôme, par son spectre philosophique pluriel et démultiplié. Il y mourut après l’avoir célébrée comme une espèce d’Homère moderne, un tantinet plus cynique, en novembre 1935.

Fernando António Nogueira Pessoa est le plus grand des poètes portugais de la première moitié du XXe s. Une figure complexe de la littérature européenne. Presque rien de lui n’a été publié de son vivant. Mais d’une mallette retrouvée après son décès, surgissent chaque année des trésors de poésie et de méditation philosophique, qui aussitôt sont salués comme des joyaux patrimoniaux (sa trombine figure sur les billets de 100 escudos, avant l’irruption de l’euro).
La question la plus importante posée par son œuvre est celle de son hétéronymie. Car il écrivait aussi sous divers noms (Ricardo Reis, Alvaro de Campos, Albert Caeiro) des textes de styles et d’esprits très différents. Il s’en explique lui-même dans une lettre datée de 1914:
«Enfant, j’avais déjà tendance à créer autour de moi un monde fictif, à m’entourer d’amis et de connaissances qui n’avaient jamais existé (…) D’aussi loin que j’aie connaissance d’être ce que j’appelle moi, je me souviens d’avoir construit mentalement – apparence extérieure, comportement, caractère et histoire – plusieurs personnages imaginaires qui étaient pour moi aussi visibles et qui m’appartenaient autant que les choses nées de ce que nous appelons, parfois abusivement, la vie réelle.»


 

Les œuvres de Fernando Pessoa



En anglais:

-Sonnets anglais (35). Antinous. Epithalamium.

En portugais:
- Message (Lisbonne, 1934).

- Poésies de Fernando Pessoa (Lisbonne, 1942).

- Poésies d'Álvaro de Campos (Lisbonne, 1944).

- Poèmes d'Alberto Caeiro (Lisbonne, 1946).

- Odes de Ricardo Reis (Lisbonne, 1946).

- Pages de doctrine esthétique (Lisbonne, 1946).

- Poésies dramatiques (Lisbonne, 1952).

- Poésies inédites (Lisbonne, 1955 et 1956; 2 volumes).


 

Commentaires

Le beau portrait de Pessoa qui illustre ton texte, Gilbert, est de José Corréa, (de parents portugais). Artiste de talent né au Maroc en 1950, il a dessiné Ruysdaël, Van Gogh, de Staël . Plus récement un superbe ouvrage sur Rimbaud ainsi qu'un Brassens(Le bld du temps qui passe) très réussi. Je partage avec lui le plaisir-et le privilège- d'avoir illustré Ferré pour "La mémoire et la mer" ainsi que l'amité de Joan Pau Verdier pour qui nous avons dessiné tous deux.

Écrit par : Gilles Poulou | 11/06/2007

Monsieur Gilbert,

Sans vous connaître, je vous lis sur du papier imprimé, et je ne sais absolument rien des techniques nouvelles de dialogues par ordinateur. C'est mon fils, par le "site" duquel je me permets ce soir de vous écrire, qui m'a montré aujourd'hui un texte où vous mentionnez le RATAFIA. Celui des grand-mères. Si j'en suis devenue une aujourd'hui, je n'en ai jamais fabriqué, mais j'en ai savouré auprès de dames âgées qui entouraient mes parents. Ce ratafia était soit des eaux de vie à base de vin de champagne (mistelle), soit des macérations à base de fruits: framboises peut-être, cerises surtout et queues de cerise, poires, pêches, et tout et tout.
Mais vous, Monsieur Gilbert, qui aimez les étymologies, connaissez-vous celle de RATAFIA?
Du latin "Rata fiat": "que le marché soit conclu".
Ce mot désignait les boissons consommées après la ratification d'un traité entre des belligérants.

Écrit par : Musaraigne | 11/06/2007

Pessoa, extrait de Chronique de la vie qui passe, 1915:

"Des convictions profondes, seuls en ont les êtres superficiels. Ceux qui ne font pas attention aux choses, ne les voient guère que pour ne pas s'y cogner, ceux-là sont toujours du même avis, ils sont tout d'une pièce et cohérents. Ils sont du bois dont se servent la politique et la religion, c'est pourquoi ils brûlent si mal devant la Vérité et la Vie.
Quand nous éveillerons-nous à la juste notion que politique, religion et vie en société ne sont que des degrés inférieurs et plébéiens de l'esthétique - l'esthétique de ceux qui ne sont pas capables d'en avoir une?"

Écrit par : Malone | 12/06/2007

La mèche est bonne: il ne reste plus qu'à mettre le feu au pétard....

Écrit par : Rabbit | 12/06/2007

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