15/06/2007

Gilles Poulou, croqueur de regards

 

 

(Cet article paraît ce samedi 16 juin dans 24 heures)

 

Il est devenu une figure familière de nos rues pentues. Son pas de beau flandrin s’est adapté à la lenteur de notre pavé. Nos marchandes de journaux l’adorent, pour sa barbe soixante-huitarde, sa physionomie toujours étonnée, son infinie politesse qui s’exprime par une voix de tête, à peine flûtée. Et un accent parisien dont il ne se débarassera jamais, quand bien même il ne jure plus, s’il lui arrive de compter, que par des septante, des nonante. Voire des huitante. Alors que ses compagnons vaudois, eux, donnent de plus en plus dans le quatre-vingt

Lorsque le «Poulou» (c’est son vrai patronyme!, et l'image ci-dessus est son autoportrait) entre au Café du Lyrique avec cartable, feuilles et crayons, il est accueilli comme un cousin. «J’aime faire mes premiers croquis dans les bistrots, dit-il. J’y bois généralement du café.» Le restaurant mythique du quartier de Georgette, admirablement repris en 1996 par le Grec Fotis Stalikas, est un de ses rendez-vous réguliers. Gilles Poulou en a reconçu le graphisme des cartes de menu, et aux murs sont accrochés des portraits dessinés par lui: un Michel Bühler à la guitare. De cet ami chanteur, il en a créé plusieurs: en 1961, en 1991 pour le coffret de l’intégrale du Sainte-Crix.

Poulou est né à Saint-Cloud il y a cinquante ans, a étudié les beaux-arts à Paris, a épousé une Suissesse en 1989, s’est établi un an après à Lausanne à l’instigation de Raymond Burki – ils s’étaient rencontrés par hasard dans une île ionienne…«Je sais que mes dessins ne sont pas des caricatures, dit-il, mais des portraits. Les portraits de Raymond, eux, sont toujours des caricatures.» Le talent de Poulou: ce n’est pas de l’ hyperréalisme, mais ça y ressemblerait. Sur l’étiquette d’un tout nouveau CD, se côtoient le front clair et raviné du grand Léo Ferré et le museau soucieux de Joan Paul Verdier, musicien et chanteur natif de Périgueux, et qui vient d’interpréter en occitan – avec un effet saisissant.

Avec le temps Coma lo temps, C’est extra, L’affiche rouge,Les poètes, etc.

Né en 1947, Verdier avait été un compagnon de scène de Ferré, un confident rare, le seul qui reçût du maître l’autorisation formelle de le chanter… à sa façon. Il y a donc maintenant un disque, inséré dans un joli livre carré publié par le Cherche-Midi. Gilles Poulou y a apporté son concours en dessinant Ferré & Verdier. De même qu’en 2004, il avait composé un récit illustré, concu avec Mathieu Ferré, et qui mettait en scène le père de ce dernier en compagnie de Verlaine, Rimbaud et Satan. Là encore, il s’agissait d’un CD/livre

En artiste indépendant, Gilles Poulou illustre des couvertures de magazines tels que Bilan ou L’Hebdo. On lui demande des faire-part, des affiches de manifestations, des cartes de vœux, des cartes à gratter. Ou alors le portrait d’un enfant, d’un père éloigné - à partir de photographies.Mais sa passion est de recréer la physionomie des grands chanteurs: Brassens, Jean-Roger Caussimon, Moustaki, Laffaille, Beaucarne, Béranger: «Ceux qui nous sortent la tête de la mélasse dans laquelle nous entretiennent la télé et la radio. D’où ils sont absents d’ailleurs!»

Joan Paul Verdier: Léo en oc. Ed. du Cheche-Midi

Gilles Poulou : Ch de Pierrefleur 66 – 1004. Lausanne.

Courriel: ugpoulou@freesurf.ch

Site: http://poulou.chansonrebelle.com

20:01 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (13)

Commentaires

Merci, M. Poulou, d'avoir associé à votre site personnel "Chansonrebelle", un lien qui nous ramène aux ferveurs du grand Léo Ferré pour l'Art.
Pour l'art simple, le juste, le grand, le non-monnayable - comme celui qui prospère d'une manière sotte à Art Basel ces jours...
Une fois qu'il se trouvait devant une toile de Van Gogh, Léo Ferré a pleuré: "L'Art c'est des larmes!"
Ce fut une de ses meilleures paroles.
En lisant le réd en chef du Matin de ce matin, j'apprends qu'il y a aussi des gens qui pleurent à Bâle. Mais d'une manière différente: des milliardaires qui se lamentent parce qu'ils n'ont pas pu verser des centaines de milliers de francs pour acquérir une espèce d'objet informe, vaguement éléphantesque, moins joli que ceux que nous a laissés l'Egypte antique... Ils pleurent comme des veaux parce qu'ils n'ont pas gagné au loto!

Écrit par : Xenius | 16/06/2007

Comme maintenant meme les pasteurs protestants sont d'accord de bénir des animaux domestiques, je vais amener au temple mon copain Colombino. C'est un singe chimpazee, qui ressemble au Pépéée de Leo Ferre.
Avant de le conduire au culte je lui chanterais: "T'avais le coeur comme un tambour, Pépée, de ceux qu'on voit le vendredi saint vers les 3 heures après-midi, pour regarder Jésusmachin souffler sur ses 33 bougies..."

Écrit par : Serena | 16/06/2007

Et la messe de Saint-Hubert, c'est fait pour les chiens ?

Écrit par : Rabbit | 17/06/2007

C'est une tradition chez les catholiques vieille comme François d'Assise, mais c'était pour bénir le bétail, les cheveaux, les animaux de ferme, pas le sloughi de la comtesse...

Écrit par : Yvonne | 17/06/2007

Avec tout le respect que je vous dois, Yvonne, puis-je vous demander ce que vous avez contre le sloughi de la comtesse? Et en quoi il serait plus déméritant que le premier canasson venu traînant la patte chez un agriculteur?

Écrit par : Nagolet | 17/06/2007

Puisqu'il est question de bénir les animaux:
"Ils marchent dans l'azur la tête dans les villes / Et savent s'arrêter pour bénir les chevaux..." "Les poètes" de Ferré (1960) :La boucle est bouclée!

Écrit par : Gilles Poulou | 17/06/2007

Je dois à ma connaissance du Monde le constat que les comtesses possèdent des golden retrievers, des labradors, des braques allemands, des setters, des épagneuls, des springers anglais, des teckels, des Saint-Huberts et des beagles, mais en aucun cas des sloughis. Merci, Nagolet, de cette pertinente intervention.
Et si on achève bien les chevaux, on bénit également les motos.

Écrit par : Rabbit | 18/06/2007

Il me souvient aussi d'une comtesse qui faisait assaut d'extravagance. Elle avait un chat!

Écrit par : Nagolet | 18/06/2007

D'où cette chanson, autrefois célèbre, interprétée par Yves Montand:

Le chat de la comtesse,
qui fait ses gros ronrons
sur un bel édredon, don, don
Le chat de la comtesse,
qui fait ses gros ronrons
et ne chasse pas les rats.
Miaou, Miaou,
qu'il est touchant le chant du chat,
Miaou, miaou,
et vive le chat et vive le chat.

Aussi, comme j'avais l'habitude de chanter cette chanson à mon chat nez contre nez, je ne vous raconte pas le nombre de fois où il m'a mordu ou griffé le mien.

Écrit par : Rabbit | 18/06/2007

Voyez comme le destin est singulier: il m'est arrivé la même mésaventure - sauf qu'elle s'est terminée par trois mois d'hôpital, avec chirurgie reconstructive - en chantant cette ritournelle au nez de mon anaconda.

Écrit par : Nagolet | 18/06/2007

Vous ne devez qu'à votre excès pondéral la chance de ne pas avoir été avalé d'une pièce et digéré depuis.

Écrit par : Rabbit | 18/06/2007

Je vois que nous avons affaire à un herpétologue doublé d'un nutritionniste avisé. Chapeau! Il est rare de rencontrer ces deux qualités alliées à celles d'un mélomane bien introduit dans la question féline et le répertoire d'Yves Montand.

Écrit par : Nagolet | 18/06/2007

Dame Culture peut parfois revêtir les costumes les plus étranges...

Écrit par : Rabbit | 19/06/2007

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