21/06/2007

Gargantua à Saint-Triphon

  

Parce que l’immense Rabelais s’est approprié ce personnage en 1534 pour la gloire universelle qu’on sait, on en a oublié que Gargantua était un héros légendaire très connu – et commun - depuis le Moyen Age déjà – cf. les Chroniques populaires anonymes, consultables dans n’importe quelle bibliothèque nationale - voire cantonale - digne de ce nom.

Avant de devenir une grande figure de la littérature de France, ce géant débonnaire avait alimenté l’imaginaire de populations voisines.

Celle du Chablais vaudois notamment, où il aurait fait un passage rapide mais suffisant pour chambouler le paysage de la plaine du Rhône!

La chevelure mêlée aux nuages, et le dos chargé d’une hotte remplie de sable noir, il s’apprêtait à enjamber nos montagnes lorsque la vue du fleuve et ses affluents de la Gryonne et de l’Avançon lui donna soif. Le géant se pencha pour y boire, vidant maladroitement le contenu de sa hotte qui forma une colline au milieu de la plaine.

Comme ce monstre était un délicat, il s’écria confus: Mon té! ce qui voulait dire «Mon Dieu». Et c’est pourquoi l’élégante butte au nord de Bex, qui semble la jumelle de celle de Saint-Triphon, porte depuis le nom de Montet.

Dans son joli florilège Parlons vaudois, Jean-Pierre Cuendet assure que l’expression Mon té sert encore d’interjection courante: «As-tu aimé ce plat? Mon té, pas tant. Il était trop salé.»

Commentaires

Affirmatif en ce qui concerne "Mon té", utilisé par mes grands-parents et les gens de leur génération. On s'approche du "Yé" des Alsaciens (pour Jesus Gott) ou encore éventuellement de leur "Yo" omniprésent dans la conversation.

Écrit par : Rabbit | 21/06/2007

Mon arrière-grand père aussi, mais il le disait deux fois: "Mon té, Mon té, quel chenit!"

Écrit par : Xenius | 21/06/2007

Une des origines du nom français du Cervin est liée aux aventures du Géant: Cervin, un compagnon de Gargantua, se serait assis sur la montagne pour se reposer en venant de l'Italie. Le mont s'est écroulé sous son poids à l'exception du pas prisonniers de ses jambes. D'``u le nom de Cervin ou Cervino...

Écrit par : K & M | 21/06/2007

Des traces de Gargantua on en trouve partout: chez vous en Suisse bien sûr, mais aussu en Belgique, en Italie, au Canada... En 1880 Paul Sébillot avait mené une vaste enquête, adressant un questionnaire aux mythographes et aux savants locaux de Haute et de Basse-Bretagne, de Gascogne, de Picardie, de Vendée, du poitou, d'Auvergne, de France-Comté, d'Ile-de-France, d'Alsace, de Corse, de Guyenne et jen passes. Il en concluait dans son livre (Gargantua dans les traditions populaires, collection Traditions populaires) , que Gargantua est bien l'image qui nous reste d'un dieu celtique. Mais qui n'était pas si débonnaire que ça, M. salem. Son nom signifiait "Le Féroce", "Le Sauvage"....l

Écrit par : Cyberprince | 21/06/2007

Un peu tiré par les cheveux, comme étymologie. "Montet" ne serait pas simplement un diminutif de "mont" ?

Écrit par : Géo | 21/06/2007

Vous avez tout à fait raison, Géo, mais les légendes interprètent et déforment aussi les étymologies à leur gré. Voyez celles qui tournent autour des fameuses Grottes aux Fées de Vallorbe. Le mot fée dérive du vieux patois faye: ovin. La Grotte aux Fées, c'est la grotte aux moutons!

Écrit par : Gilbert Salem | 21/06/2007

Le contenu de la hotte me parait aussi assez douteux, sachant que si la Cedra s'intéressait (intéresse??) au Montet, c'est que cette colline est constituée d'anhydrite, qu'on exploite pour en faire du plâtre. Allez voir la tâche blanche sur Google earth...

Écrit par : Géo | 21/06/2007

Sans compter qu'il doit sans doute s'agir d'un oppidum celtique plein de vestiges intéressants.

Écrit par : Rabbit | 21/06/2007

Cette région est un peu déprimante: il y a quelques temps, j'avais rencontré des motards "verts" dont le lieu de rencontre se situe exactement sur l'emplacement d'une forteresse de 1500 av JC, en dessus de Monthey. Ils s'amusaient à passer les murs encore visibles sans que cela n'inquiète personne...
Une archéologue (Mme Walser ??? ou Wagner ???) a produit une petite brochure avec plein de cartes au 1:25'000 sur les sites du Chablais archéologique. Vous n'en trouverez plus parce que je les ai toutes achetées pour les distribuer à mes amis...
Mais ce serait une bonne idée de la rééditer...

Écrit par : Géo | 21/06/2007

Demain, le 22 juin, c’est la Saint-Thomas-More, ou Morus, 1478-1535, du nom de l’auteur d’Utopia, comme nous a indiqué note cher amphitryon dans une note précédente. Je profite pour vous livrer quelques remarques qui rejoignent Gargantua et l’utopie.
Au deuxième chapitre de « Pantagruel » Rabelais renvoie explicitement à l’utopie de More, « Gargantua en son age de quatre cent quatre vingt quarante et quatre ans engendra son fils Pantagruel de sa femme nommée Badebec, fille du roi des Amauroutes en Utopie (1532).
En réalité son Utopie est une arme dirigée contre les principes mêmes du fondateur du genre autant que contre la vie monastique de l’époque. Tout se passe comme si Rabelais donnait l’utopie en représentation de la scène de l’abbaye de Thélème. Cette abbaye, nommée désir, ou bon vouloir ( ?) , (les hellénistes du blog me corrigeront), selon l’étymologie grecque, est un anti couvent , construit sur le renversement des valeurs et de la règle monastique.
L’abbaye de Thélème n’a pas de murailles, l’intérieur du bâtiment n’est pas moins somptueux. D’immenses salles de lecture et bibliothèques sont le miroir d’une vie consacrée à l’étude. L’abbaye est obligatoirement mixte et seule une élite de femmes et d’hommes y ont accès. Quant aux vœux traditionnels des religieux – la chasteté, la pauvreté et l’obéissance – ils sont remplacés par la possibilité d’être marié, d’être riche et de vivre en liberté. Il n’y a « ni horloge, ni cadran » ; l’enseigne de l’abbaye, « Fay ce que vouldras », et met son honneur à être vertueux, résume en elle seule la morale de Rabelais.
Les utopistes, plutôt soucieux d’installer l’ordre de la raison, ne se reconnaîtront pas du tout dans cette aspiration. Rabelais anticipa les critiques modernes qui posent l’incompatibilité fondamentale du bonheur collectif et de la liberté individuelle.

Écrit par : Calu Schwab | 21/06/2007

Dans son Utopie, More reprend la parabole de Platon sur l'Atlantide et, comme pour son illustre prédécesseur, l'individu n'existe qu'en tant que membre anonyme du groupe. Un monde meilleur ? je peux douter que celui où la sécurité est assurée par une servitude volontaire et où toute lucidité est bannie en soit un. Le piège d'une utopie réside dans le fait qu'elle se situe toujours dans l'avenir et que ses adeptes réfutent toujours que les résultats concrets puissent prouver qu'elle soit fausse, puisqu'il s'agit d'une société en devenir.

Écrit par : Rabbit | 21/06/2007

Parfaitement Rabbit. Dans le Timée de Platon, Socrate fait pat a ses interlocuteurs de son vif désir de voir exister l'Etat - et ses citoyes - dont il a tracé le plan. Platon ébauche la rálisation en convoquant le mythe de l'Atlantide et pose les premiers jalons de l'histoire de l'utopie.

Écrit par : Calu Shwba | 21/06/2007



Mon grand-père instituteur (style "Hussard de la république" ) m'a fait découvrir Rabelais lorsque j' avais 11/12 ans. ..et les -superbes-illustrations étaient de Gustave Doré . Ainsi ,celle que tu as utilisée, Gilbert.






Écrit par : Gilles poulou | 22/06/2007

Vu également la Bible en grand in-folio, avec les superbes illustrations du même Doré (2 ex. originaux disponibles en e-commerce entre 180 et 400 €).

Écrit par : Rabbit | 25/06/2007

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