22/06/2007

Jules Perfetta, éducateur du coeur

 

(Ce portrait a paru aujourd’hui dans 24 Heures)

 

Jules Perfetta voulait être monteur-électricien. Cet enfant de La Sallaz et des tours de Valmont a changé de cap: rencontre avec un expert sensible, et au long cours, du Tribunal des mineurs du canton de Vaud.

Il prendra officiellement sa retraite le samedi 30 juin. Pour cette occasion, et à l’intention de ses amis et nombreux collaborateurs, Jules Perfetta a composé un texte inspiré des souvenirs de sa propre adolescence. Cela pour remettre en perspective les leçons qu’il a tirées de trois décennies d’éducateur au service de la jeunesse à la dérive.

«Pourquoi faut-il laisser une portion de nature (terrains vagues, forêts ou chantiers) près des habitations? écrit-il. Car c’est là que s’amusent les jeunes (préados ou ados), et c’est ainsi qu’au travers des jeux symboliques, le jeune cultive ses rêves et construit son avenir.»

Le décor invoqué est celui du faubourg de La Sallaz-Vennes au mitan des années 1960.

Né en 1950 à Martigny, il y avait débarqué à cinq ans avec des parents d’origine grisonne et italophone. Y commence une période «cocon», bénéficiant des structures équilibrées et réalistes, économiquement parlant, de la génération qui a vécu la guerre, mais déjà s’engoue des vents d’appel et de liberté qui conduiront aux événements de Mai 68, et à leurs effets en Suisse romande.

A la charnière de ces mentalités, le jeune Perfetta s’arme d’abord d’un sabre de bois, joue les Ivanhoé avec des bandes du quartier (rien à voir avec les massacreurs des séries télé américaines actuelles); préfére le catéchisme «solaire» de la paroisse Saint-Etienne aux cours du Collège de Béthusy, se sent d’abord une vocation de curé, puis celle d’un monteur-électricien (apprentissage de 1967 à 1970). Pendant ce temps, sa mère s’occupe activement de l’édification de jeunes aveugles à la route d’Oron.

Or lui-même, à treize ans déjà, il s’était senti investi d’une mission semblable. Est-ce d’avoir observé les comportements de ses camarades de western improvisé autour de la ferme Pfund, - qui pourtant ne se résolvaient jamais avec du sang vrai? Toujours est-il que Jules Perfetta optera tôt pour le métier passionnant mais délicat d’éducateur spécialisé. Focalisé sur la jeune délinquance, celle qui se laisse depuis envenimer de plus en plus par l’alcoolisme, la drogue. Parce que les nouveaux précieux de la sociologique appellent l’incivilité.

Mais Perfetta ne s’encombre plus de jargons scientifiques à la mode. Il a plongé longtemps ses bras costauds dans le pétrin: une année à Eben-Hézer, Saint-Légier. Neuf ans au Foyer du Servan, à Lausanne. Douze années fondamentales (1985-1996) au Mont-Pèlerin, durant lesquelles il est secondé par son épouse, la très active Patricia, pour diriger le foyer des Clarines, où c’est la petite enfance qui est surveillée, comme le lait sur le feu… Toujours résident au Mont-Pèlerin, ce couple charismatique rayonne dans toute la région veveysanne.

Depuis bientôt douze ans, Jules Perfetta est devenu expert éducateur au Tribunal des mineurs. Sa fonction le conduit à rencontrer les jeunes en proie à la délinquance, à jauger leur capacité éventuelle de réadaptation à une vie sociale. Mais son propre père lui avait enseigné une notion qu’il tient pour sacrée, et qui va au-delà de l’expertise cognitive d’un individu: l’intelligence du cœur. «Ces ados et préados, dit Jules Perfetta, ne sont pas dépourvus d’émotions, mais ils n’arrivent pas à les reconnaître et à les exprimer. Exprimer un sentiment n’est plus une chose simple dans notre société.»

Comment réapprendre à dire je t’aime à papa et maman?

 

11:35 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (25)

Commentaires

Ah! Ivanohé! Quel feuilleton c'était! Avec Roger Moore, futur Simon Templar dans "Le Saint", de Leslie Charteris. J'en remettrais mes culottes courtes rien que pour le souvenir du moment, le samedi après-midi, où on appuyait sur le bouton de la télé (trois minutes d'attente avant qu'elle s'allume) en entendant déjà résonner dans sa tête la musique du générique: Ivanhooooo-é, Ivanho-oo-hé.
Bbien sûr, ça ne vaut pas les bonnes grosses tueries auxquelles les gosses peuvent maintenant se livrer sur PlayStation, mais quand même: dans Ivanhoé, les traîtres avaient de plus jolies moustaches.

Écrit par : Nagolet | 22/06/2007

Cher Nagolet,je vois que nous avons les mêmes références télévisuelles! (le même âge, tout simplement?) Mes parents m'avaient même offert une panoplie d'Ivanohé dans ces années 60, c'est vous dire!

Écrit par : Gilles poulou | 22/06/2007

Moi aussi, Ivanhoé c'était mon feuilleton preférè, avec cette histoire de famille américaine qui s'appelait "Papa a raison". Souvent je me dis Si seulement je pouvais aussi baptisé mon ménage comme ça, mais avec ce fainéant de Jacques-Henri, c'est plus souvent au bistrot que dans le living room qu'il a toujoursi raison.

Écrit par : La grande Henriette | 23/06/2007

Bon sang de bonsoir, on se croirait dans un EMS numérique... Dans le genre médiéval, il y avait aussi Thierry la Fronde (en noir et blanc, s.v.p.).
Moi, j'ai tout Chapeau Melon et Bottes de Cuir et Le Prisonnier en DVDs et je me les passe en boucle dans toutes les langues disponibles les week ends de pluie.

Écrit par : Rabbit | 23/06/2007

"Préado", mot nouveau? non, on l'entend depuis les sixties. Il concerne les enfants trop vite grandis par eux-mêmes, pour cause d'abdication ou d'indifférence parentales: on s'oblige à aller plus en avant dans sa tête que dans son corps.
Mais il y a la post-adolescence. Parle-ton de "postados"? Des êtres tellement cocoonés (en vaudois cocolés) qu'ils en restent fragiles dans leur cerveau alors que leur constitution physique est celle d'un adulte.
Des êtres vulnérables mais qui se croient forts, qui accèdent dangereusement à des pouvoir économiques et culturels, politiques quelquefois... Y aura-t-il un jour un éducateur du coeur comme Monsieur Perfetta pour s'occuper de ces gens-là, en nous en délivrer????

Écrit par : Laurent | 23/06/2007

Très curieux, en effet, cette branche du "social" qui se crée une clientèle à mesure qu'elle croît.

Écrit par : Rabbit | 23/06/2007

Oh, pas de problèmes pour elle; quand il n' y a pas assez de cas sociaux, elle ne craint pas de militer pour les importer. Et des cas sociaux, il doit y en avoir quelques milliards sur terre, à l'aune helvétique. Un marché très juteux, le social. Certains ont déjà investi dans ce marché depuis longtemps: Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao et leur multinationale ont raflé les deux tiers de la clientèle humaine. Mais cela s'est plutôt effondré depuis...

Écrit par : Géo | 23/06/2007

J'ai aussi en DVD toute la collection de ce feuilleton qui a enchanté ma jeunesse dans les années cinquante: "Laurent La Purge". Qui a oublié la trame hilarante de cette série qui mettait en scène un socio-pédagogue bouffi de pédantisme qui ne rêvait que de "s'occuper de ces gens-là" en "nous en délivrant", comme disait Tonton Goebbels? Heureusement, les Quick et Flupke de service dans l'internat où il prétendait sévir lui accrochaient chaque jour un poisson à la martingale ou lui mettaient le nez dans son porridge. Qu'est-ce qu'on a ri!

Écrit par : Nagolet | 23/06/2007

Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao! Pourquoi oubliez-vous Fidel Castro, Bakounine, etc...
Et, dans un autre registre, le Dr Schweizer, l'abbé Pierre, Edmond Keiser!
Il est vrai que si "votre Monde" était plus équitable, ces gens là, ceux qui ont "inventé" le social pour avoir du travail, seraient inutiles.
Vous avez raison Sire Géo, on ne devrait pas importer des cas sociaux, on devrait même les exporter, un peu comme l'a fait la Grande-Bretagne et la France en Australie et en Guyanne. On pourrait les "parquer" sur le "Grütli", il y a de la place, sauf le 1er Août, où c'est occupé par Swatch!

Écrit par : Bla-Blo-Gueur | 24/06/2007

Guyane, je l'écrirais avec un seul "n" pour ma part. C'est intéressant ce que vous dites. Pas la comparaison Kaiser - Lénine, non. J'ai beaucoup de respect pour le deuxième et tiens le premier pour un guignol. L'abbé Pierre aussi, d'ailleurs. Et si vous mentionnez le DR Schweizer, c'est juste que vous ne le connaissez pas vraiment. Mais parlons de la colonisation anglaise et française. Pas les bagnes. Il fallait déjà être riche pour avoir le droit de partir en colonie chez les Anglais. On achetait des terres et on se lançait dans de grandes entreprises. Karen Blixen, Out of Africa...Chez les Portugais, ceux qui n'avaient rien partaient, on leur donnait une bêche et un grand coup de pied où nous pensons pour partir dans le serto, le mato. On dit que la plus belle chose que les Portugais ont fait en Afrique, ce sont les métisses. Ma foi, c'est difficile de dire le contraire, mais il ne faudrait pas oublier tout le reste. Si vous vous baladez dans les colonies lusophones, vous n'aurez aucun problème avec les locaux. Mais si vous êtes encore vivant après un kilomètre parcouru à partir de l'aéroport de Lagos, c'est que vous avez une bonne escorte ou beaucoup de chance. Pour les Anglais qui faisaient du tourisme en Suisse au XIXème, nous étions des singes. Je vous laisse imaginer ce qu'ils devaient penser des Africains.
J'aime beaucoup les Portugais...
Pour les cas sociaux, contentons-nous de contrôler leur immigration. Mais très sérieux, le contrôle...

Écrit par : Géo | 24/06/2007

Quand j'entends le mot "équitable", je sors ma Bentley pour aller faire un tour. Mais nous voulons justement être "équitables" en suprimant les barrières douanières, mais ces barrières existent pour protéger les cas sociaux qui vous sont proches. Il faut donc choisir envers qui vous voulez être "équitable".

Écrit par : Rabbit | 25/06/2007

S'agissant du jeu des personnalités, si je puis me mêler à la conversation, je trouve aussi Paris Hilton hautement respectable mais Britney Spears très surfaite.

Écrit par : Nagolet | 25/06/2007

Certes, cher ami, mais on ne pourra jamais les accuser d'avoir éliminé les gens qui ne partagaient pas leurs idées (????).

Écrit par : Rabbit | 25/06/2007

Ce qu'il y a de bien avec vous, cher Rabit, c'est qu'on sait que vous reprenez la plume (et le boulot?) le lundi à 9 heures pile.

Écrit par : Nagolet | 25/06/2007

Jeu fè dé fôts, mém an aurtogrfe, je sé! Mé, euresment, d'ôtres nan fon jamè!! Kel chanse!

Maintenant passons à Messieurs Keiser, Abbé Pierre et Dr Schweizer que je ne connais pas. Si vous m'aviez lu attentivement, j'ai écrit: Dans un autre registre. Même moi je fais la différence...
Mais, relisez vous, c'est vous, Sire Géo, qui faites l'amalgame! C'est d'ailleurs pourquoi je suis intervenu.
Pour "équitable", faites vous prêter la Bentley de Messire Rabbit afin de vous défouler aussi.

Écrit par : Bla-Blo-Gueur | 25/06/2007

Je me suis déjà expliqué sur le fait que tout mon week end se passe à faire la cuisine, le ménage et la lessive et que je n'ai, de ce fait, plus beaucoup de temps pour me délecter des jeux d'esprit proposés par ce blog. Monsieur Géo assure la permanence, mais comme les heures sup sont mal payées, je ne sais s'il va poursuivre.

Écrit par : Rabbit | 25/06/2007

Ouaip; et d'ici peu, j'aurais peut-être autre chose à faire de mes w-e...
Pour la Bentley, vous en faites pas. Je suis équipé. Le seul problème, c'est d'éviter les chameaux, les ânes seuls ou attelés à des charrettes (qui remontent des avenues avec berme centrale à contre-sens...), les troupeaux de vaches, chèvres, moutons, les chiens et les enfants. Et les adultes aussi, parfois. Et les oiseaux qui mangent les cadavres des pré-cités qui jonchent les bords des routes...Et les autres voitures qui respectent peut-être des règles, mais connues de leurs seuls conducteurs...Je suis passé une fois à 160 km/h à 1.5cm de l'avant d'un véhicule qui s'est introduit sur la route sans rien regarder, malgré klaxon, appels de phare...). Ce pays vous plairait, vous qui vous prétendez anar. Il n'y a pas de règles à respecter dans la circulation, sauf une : la raison du plus fort. A part ça, j'ai battu un record (très con, je sais): je suis passé à 180 à côté d'un panneau de limitation à 30, six fois la vitesse autorisée. Pourquoi y a t il ce panneau, sur un tronçon droit, sans âme qui vive à moins de dix kil, mystère et boule de gommes. Peut-être un lieu de passage de troupeau, mais il y en a une centaine d'autres sur la route. Maintenant, allez en faire autant en Suisse...

En somme, BBG, vous faites dans le social, si on a bien compris ?

Écrit par : Géo | 25/06/2007

Géo, vous devriez être au courant des moeurs du pays dans lequel vous habitez: s'il y a un panneau de limitation à 30 kmh. sur un tronçon où on peut foncer à 180, c'est pour permettre aux gendarmes de vous coincer pour arrondir leurs fin de mois (enfin, au Sénégal c'était comme ça).

Écrit par : Rabbit | 25/06/2007

Bon allez, cher Bla-Blo-Gueur, revenez bar. Boudez pas. Sauf quand vous pontifiez et vous entêtez à écrire Edmond Kaiser avec un e, moi j'aime bien vous voir passer prendre un verre.

Écrit par : Nagolet | 25/06/2007

Monsieur Nagolet!
Je viens d'écrire que je fais plein de fautes d'ortographe,alors Keiser, Kaiser, Caisair, Ckeiser ou Ckaiser, je m'en ...moque! Si vous n'avez trouvé que cette faute là, je fais de sacrés progrès.

Sire Géo,
Vous avez mal compris! Je ne défends pas ma petite personne. Je ne "fait" pas dans le social, je fais dans la soie.

Écrit par : Bla-Blo-Gueur | 25/06/2007

Moi aussi cher Monsieur Bla-Blo-Gueur j'aaime bien ce que vous faites alors continuez. De toute façon, m'est avis que couac on dise couac on fasse vous et moi on se fera toujours houspillée.

Écrit par : La grande Henriette | 26/06/2007

Aut Kaiser, aut nihil.
On sent, chez ces messieurs, une certaine connivence teintée d'une acrimonie de façade. Ils ne se connaissent sans doute pas, mais partagent la Weltanschauung des gens du même terroir. Quoi qu'en dise Géo, qui sait déjà que la force centripète le ramènera fatalement un jour au point de départ.
Le Sieur BBG a donc un soyeux séant, ainsi soit scellé son sort social.

Écrit par : Rabbit | 26/06/2007

Madame Henriette a le même prénom que la baronne d'Oberkirch: elle ne peut être qu'une bonne personne.

Écrit par : Rabbit | 26/06/2007

Bonjour, et félicitations pour tant de chaleur et de charisme.
Je suis arrivée sur votre blog en tapant sur Dr Schweizer et quelle ne fut pas ma surprise, il n'y a rien sur lui, son travail et son association dont je ne me rappelle plus le nom et qui doit être à Chavornay, mais ça je n'en suis pas du tout certaine.

Ce que je veux profondément, c'est retrouvé un disque qu'ils ont fait en partant des 2 passions d'Albert Schweizer, à savoir Lambaréné et Bach et ces 2 musiques vous vous en doutez de genre très différent donnent un résultat fantastique. Et moi, je n'ai plus l'original, je l'ai offert à qq qui m'est très cher, et j'aimerai de nouveau le ravoir, car il y a dessus et dedans des infos que je n'ai pas. Alors cher monsieur "Joséphine Ange Gardien". Pouvez-vous m'aider à savoir où se trouve l'association (Terre Nouvelle) ou qqch qui vendent ce disque ?

Je vous remerci 1million de fois pour votre aide.

Merci et je vous souhaite une très bonne journée.


Catherine Joliquin
17, ch. Léon Guerchet
1217 Meyrin

Écrit par : Catherine Joliquin | 30/07/2007

Non pas Chavornay, mais au château de Salavaux: Mémorial d'Albert Schweitzer, 026 677 25 26

Écrit par : Gilbert Galem | 30/07/2007

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