24/06/2007

Un vol de milan pour Ramuz

 

En ce 2e dimanche après la Trinité, nous entrons dans la semaine des grands saints du christianisme primitif : aujourd’hui, c’est la fête de Jean-Baptiste, chef d'une secte juive apparentée à l'essénisme. Fils de Zacharie, il est le cousin et le précurseur du Messie en personne. Il en annonce l’arrivée imminente, dans un contexte de prophéties eschatologiques, tout en aspergeant le front de ses fidèles d’eau lustrale puisée dans le Jourdain. Sa voix rauque porte loin, «évoquant le blatèrement du chameau». Il se nourrit de sauterelles; parfois de miel comme les ours.

 Il sera décapité en prison sur l’ordre d’Hérode Antipas, pour satisfaire aux caprices de sa belle-fille Salomé. Cet épisode (un des rares un brin sexy des saintes écritures) inspira au grand Mallarmé le poème d’Hérodiade, et à la fascinante Rita Hayworth une danse «aux sept voiles», dans un film biblique de Dieterle en 1953.

Vendredi 29 juin, on fête en même temps Pierre et Paul: respectivement le premier des papes et le fondateur dogmatique du christianisme.

L’oiseau de la semaine

C’est le milan noir au bec d’épervier, et au vol si gracieux quand il tournoie dans le ciel roux de l’embouchure du Rhône avant la tombée du soir.

Mais que les amoureux de la réserve toute proche des Grangettes ne s’inquiètent pas: ce Milvus migrans (56 cm, 650 – 950 g, queue longue échancrée, cris stridulants et plaintifs) ne menace pas la faune sauvage. C’est un charognard plutôt commode. Il a le mérite de nettoyer les sentiers de la roselière de cadavres de batraciens «morts de vieillesse», d’insectes agonisants, de campagnols trop amoureux et suicidaires.

Les goûts culinaires du milan noir ont encore évolué: il se régale désormais de restes de hamburger qu’il trouve à foison aux abords des campings.

L’expo de la semaine

Au Musée historique de Vevey, jusqu’au 9 septembre, le tricentenaire du Messager boiteux – un des inspirateurs de cet éphéméride - est célébré par une série de gravures anciennes, d’aquarelles, d’affiches, de photographies, mais aussi par la présentation de bois d’impression anciens et d’une presse à bras qui a servi à imprimer notre fameux almanach jusqu’en 1855.

Un parcours didactique nous y apprend que le mot almanach est un terme d’origine syriaque signifiant «l’année prochaine». Que la Suisse du XVIIe siècle en raffolait d’un qui paraissait à Liège, sur la Meuse.

Enfin, qu’il y eut des Messagers boiteux antérieurs au nôtre (lancé en 1707 à Vevey par le libraire Isaac Chenebié), et qui étaient alsaciens, ou bâlois – Basler hinkende Bote….

Le poète universel de l’année

Cette année marque le 60e anniversaire de la mort (23 mai 1947 à Pully ) de Charles Ferdinand Ramuz, un écrivain que la France commence à découvrir (grâce à l’édition récente de ses romans en Pléiade) en le dissociant enfin de l’adorable Jean Giono le Provençal, donc de tout régionalisme littéraire.

Même les Vaudois s’en convainquent désormais. Jacques Chessex - que je tiens pour un de ses meilleurs exégètes - les a conviés à lire Aline, Derborence ou Besoin de grandeur à haute voix: à l’évidence aucun paysan de chez nous ne parle comme ça…

 On sait aussi que Louis-Ferdinand Céline Ramuz tenait pour un des plus grands; que Samuel Beckett l’admirait en secret.

 Dans les anciens Thermes d’Evian, reconvertis en Palais Lumière, la Bibliothèque municipale de notre petite-sœur d’outre-Léman porte désormais le nom de Médiathèque Charles Ferdinand Ramuz. Une expo y rassemble des documents rappelant les liens de l’écrivain avec la France et la Savoie.

Passage épistolaire connu du poète, s’exprimant sur ses racines:

Je suis né en 1878, mais ne le dites pas.
Je suis né en Suisse, mais ne le dites pas.
Dites que je suis né dans le Pays-de-Vaud, qui est un vieux pays Savoyard, c'est à dire de langue d'oc, c'est à dire français et des Bords du Rhône, non loin de sa source.
Je suis licencié-ès-lettres classiques, ne le dites pas.
Dites que je me suis appliqué à ne pas être licencié-ès-lettres classiques, ce que je ne suis pas au fond, mais bien un petit-fils de vignerons et de paysans que j'aurais voulu exprimer.
Mais exprimer, c'est agrandir.
Mon vrai besoin, c'est d'agrandir...
Je suis venu à Paris tout jeune; c'est à Paris que je me suis connu et à cause de Paris.
J'ai passé pendant douze ans, chaque année, plusieurs mois au moins à Paris; et les voyages de Paris chez moi et de chez moi à Paris ont été tous mes voyages!
(Outre celui que j'ai fait par religion jusqu'à la mer, ma mer, descendant le Rhône.)»

(Lettre à Henry Poulaille, mai 1924)

 

 

Ma désinvolture de la semaine

Demain lundi 25 juin, votre amphitryon se permet d’aller lui aussi jusqu’à la mer. Il s’offre quelques jours  de vacances en Italie, laissant ce blog en jachère jusqu’au 2  juillet.

Il va sans dire que ses plates-bandes restent à votre disposition, pour votre tchatche et vos gentilles bagarres internautiques.

 Je constate que cela fait juste une année que je l’ai entamé : de juillet  2006 à mai passé sur www.superlocal,ch/salem (qu’on peut également retrouver en cliquant ici dans la colonne de droite, sous « Archives du blog »).

Et, depuis, au cœur de cette communauté des blogueurs de 24 Heures et la de la Tribune de Genève.

 


 

Commentaires

J'avais déjà pressenti que Gilbert prenait ses quartiers d'été en Italie, mais j'hésitais entre San Gimignano et Castel Gondolfo. Une fois de plus, il m'a surpris: il va aux bains de mer. Et comme l'Italie a plus de 3000 km. de côtes, ça va être difficile de le localiser en cas d'urgence (pour lui ou pour nous).

Écrit par : Rabbit | 25/06/2007

L’expo de la semaine: Au Musée historique de Vevey!

Et moi qui était persuadé que l'expo de la semaine c'était la cravate de Monsieur Brélaz au musée historique de Lausanne.
J'ai beaucoup d'admiration pour les historiens, ils voient tout de suite ce qui marque le plus la postérité concernant la vie d'un homme: Pour Monsieur Brélaz, c'est sa cravatte!

Écrit par : Bla-Blo-Gueur | 25/06/2007

Si la cravate fait l'homme, ce qui fait le gentleman c'est d'avoir la tenue adaptée à la situation

Écrit par : Rabbit | 26/06/2007

Un des almanachs les plus célèbre du XVIIIe siècle fut The Poor Richard's Almanack, écrit, et édité à Philadelphie entre 1733 et 1757 par le grand Benjamin Franklin lui-même!Tirage annuel: 10 000 exemplaires, traductions dans plusieurs langues. En France, le périodique apparaît sous le nom "La science du bonhomme Richard". Patchwork de proverbes et de conseils judicieux, précis de philosophie "des Lumières". C'est aisni que dans les Messagers boiteux de Rhénanie et dans celui de Bâle, les allusions à B. Franklin seront nombreuses. Dans celui de Vevey aussi, en 1783, à l'occasion d'un article consacré à l'indépendance des USA... Ainsi, même par nos vieux almanachs, nous restons tributaires des Américains....

Écrit par : Camille | 30/06/2007

Réjouissant par sa richesse , ce journal est humaniste . Rare!
Le Milan noir profite des conséquences de la circulation automobile et délaisse le bord des eaux . Dès le matin ce patrouilleur survole la route que j'emprunte (en car!) Chaque nuit apporte son lot de viande servie fraîche, saignante, non plumée ou dépouillée: rongeurs, petit carnassiers, hérissons, lapins, et bien sûr rapaces nocturnes . Survolant la route matinale, c'est son marché que le Milan observe, sa pitance qu'il repère. Mais il ne doit pas s'attarder à l'étal ,sur l'enrobé . Attendre sa monnaie pourrait lui être funeste, les voitures arrivent si vite....

Écrit par : Joël Neuschwander | 13/08/2007

Il y a eu une nouvelle qui n'a pas du vous échapper. Une centaine de vautours de Navarre s'est expatriée, et pas n'importe où : considérant que c'est à cause d'une directive européenne interdisant le dépôt de carcasses dans la nature, (cela ne fait pas propre en ordre, la mentalité suisse est en train de polluer l'Europe à toute vitesse...) qu'ils ne trouvaient plus leur pitance, ces magnifiques voiliers se sont laissé planer jusqu'en Belgique...
Les hérissons écrasés ne sont donc pas perdus pour tout le monde. Pour vous remonter le moral, M.J.N, il me souvient qu'il y a déjà quelques années, une caméra avait été cachée au bord d'une route française, avec un hérisson factice sur celle-ci. Il en est nettement ressorti que la plupart des conducteurs qui sont passé par là VISAIENT le hérisson.
Mais la racaille, cela n'existe pas, selon nos excellents amis les journalistes, n'est-ce pas ?

Écrit par : Géo | 13/08/2007

je peut comprendre ce que vous voulez dire ! merci beaucoup pour cet grand effort

Écrit par : moving services | 16/04/2012

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