12/07/2007

Le swahili charmeur des Bruxellois

 

Le Festival de la Cité de Lausanne, qui s’est mis cet été aux couleurs des albums de Tintin, ne s’est pas contenté de célébrer le centenaire d’Hergé – expos, films, conférences, etc. Il accueille avec solennité (et chaleur) toute la culture du pays de celui-ci, notre petite-cousine du Nord, la Wallonie.

 

Sans oublier Bruxelles: capitale fédérale de la Belgique, capitale politique de l’Europe, capitale mondiale de la BD. Mais aussi berceau fertile de tant d’autres arts. C’est une des villes de Bruegel l’Ancien, c’est la cité maternelle d’un Magritte, d’un Delvaux, d’un Michel de Ghelderode, le dramaturge expressionniste.

Celle itou qui a nourri l’imaginaire flamboyant du grand peintre James Ensor (1860-1949), enlumineur moderne des kermesses et des liturgies, des truculences et des obsessions. Du grotesque de la condition humaine, dont il exprime les folies et les souffrances en peinturlurant des faces masquées (image), c’est-à-dire nos grimaces du cœur.

 

Il y a deux semaines, mon confrère Michel Rime s’est rendu en reportage à Bruxelles pour en explorer la fibre bouquiniste. La passion traditionnelle de ses habitants pour le livre sous toutes ses formes est toujours vive.

En encadré de son article, paru dans 24 Heures le 5 juillet, et que je reproduis ci-après, il s’est intéressé parallèlement au parler vernaculaire des Bruxellois, tel qu’il fleurit sur une radio libre:

 

AVEZ-VOUS DES TACHES DANS L’HALEINE?


 

«Toujours fringant sous sa moustache grise, il parle comme un moulin à prières. Sa religion, c’est le bruxellois. Une drôle de langue prononcée avec un accent inouï, difficile à saisir par une oreille venue d’ailleurs. Sorte de swahili belge, bouillon de mélange et de croisement, langue de la rue que Coco Van Babelgem bichonne le dimanche matin sur une radio libre.


 

» Le ketch (titi) septuagénaire pratique à fond la zwanze. Il charrie sans cesse sans avoir de taches dans l’haleine. Oui mais non, il ne bégaie pas. Il conserve son patrimoine musical dans des cache-couches (armoires) et à la cave. 45 000 vinyles! Comme les shaa vijger (frotteurs de cheminées) il porte bonheur et ne craint pas les pikke pakkers (preneurs de voleurs). Il n’aime pas trop le maatje (recette de hareng) et n’est jamais zat, car il ne boit pas.


 

» Pas flâ (fade) pour un sou, il procure du pouf (crédit) au cœur des Bruxellois. Lorsqu’on lui a demandé de quitter l’antenne, plus de vingt mille personnes ont pétitionné pour qu’il reste au micro. Pour l’écouter une fois, www.radiocontactplus.be.

"Coco babel (parle) beaucoup. Il sait tout de Bruxelles, des Marolles et des javas d’autrefois. A propos des statues qui ornent les maisons de la Grand-Place, il s’amuse à dire que la femme enceinte, en corniche à côté de l’Hôtel de Ville, regarde le chevalier près de lui, qui renvoie à un autre monsieur en face désignant lui-même saint Nicolas tout là-bas, qui baisse les yeux. Son instituteur lui disait déjà: «Coco, babelgem zoag (tais-toi)!»


 Michel Rime, 24 Heures, le 5 juillet 2007

Commentaires

Oui, à propos de swahili et de Tintin, on apprend que "Tintin au Congo" est définitivement interdit en Grande-Bretagne pour cause de racisme. Je propose aux Anglais de se passer la tête au cirage noir, leur teint de roastbeef étant une insulte pour la communauté noire maintenant majoritaire chez eux.

Écrit par : Géo | 12/07/2007

J'ai entendu une histoire semblable à propos du conte des Trois Petits Cochons, ce qui tend à prouver si besoin est que le ridicule ne tue pas. L'une des pires conséquences que l'on peut craindre de la stupidité abyssale dont fait preuve l'idéologie politiquement correcte concerne le prévisible retour de balancier qui arrivera un jour ou l'autre et qui tombera sur ceux qui n'ont rien demandé.

Écrit par : inma | 12/07/2007

L'homme qui règne maintenant sur Tintin est Anglais. Il s'appelle Nick Rodwell. L'image de Tintin, les droits sur Tintin, l'argent de Tintin, les rééditions de Tintin, tout relève de son domaine. Si vous souhaitez reproduire une vignette de Tintin, ne le faites pas sans passer par Nick Rodwell et sa société Moulinsart. La caisse, ce sont eux.
Nick Rodwell le dit lui-même: il est tintinophile, mais pas tintinologue. En d'autres termes: il aime bien Tintin (dit-il) mais ne le connaît pas mieux que ça. En fait, Nick Rodwell aime le bel argent et la belle vie que lui vaut Tintin, mais se fout des aventures de Tintin comme Haddock d'une bouteille d'Arkina.
Maigre consolation: il existe un moyen infaillible d'énerver Nick Rodwell: le présenter comme "le mari de la veuve d'Hergé". C'est bien ce qu'il est, mais ce raccourci lui fait systématiquement péter les plombs.
Nick Rodwell et son épouse, la veuve d'Hergé, habitent Villars. Il est donc possible que vous le rencontriez un de ces prochains jours. Si tel est le cas, n'oubliez pas la façon de l'aborder: " Ah, Nick Rodwell! Le mari de la veuve d'Hergé?"
Promis: même Rastapopoulos va se fendre la gueule.

Écrit par : La grande Henriette | 12/07/2007

Mercis à Messieurs Rime et Gilbert d'avoir fait cet hommage aux sabirs de Bruxelles, ma ville natale. Je dis LES sabirs, car il n'y a pas que la zwanze, mais aussi le brusseler. Il y a le jargon français, le jargon flamand, le jargon marollien aussi, de plus en plus rare, pratiqué seulement par les vieux bruxellois de la rue Haute, et qui leur fait faire des tcheu-tcheu à chaque détour de phrase.
Un dicton de ma maman: "La bière est à la zwanze ce que l'oeuf est à la poule."
La-bas, les ivrognes, on les surnome "pisseurs de comptoir", "gueules à gouttes" (Kwaksmool), "tordeurs de bouteille" (Flessevringer), ou encore "foies desséchés" (Druuge leiver).
Quel programme, UNE FOIS!

Écrit par : Cyberprince | 12/07/2007

Inma@ cela fait déjà pas mal de temps que je tiens le même discours que vous: le retour du balancier pourrait être terrible. Maintenant, je comprends ce qui s'est passé pendant les années trente. La racaille qui tient le haut du pavé et qui veut écraser les gens de souche, les "sous-chiens" comme ils disent. Encore quelques années comme cela et le pire va arriver. Ou l'autre pire, vous porterez le voile, parce que l'Europe sera musulmane. Mais je n'y crois pas beaucoup. Il n'y a pas que des veaux français en Europe. J'étais il y a peu dans le chaudron des corridas de Pamplona, avec des dizaines de milliers d'indigènes, jeunes, vieux, hommes, femmes, qui clament leur ferveur pour leur culture navarraise. Si Khadafi croit que l'Europe va d'ici peu tomber comme un fruit mûr, c'est que ses espions ne lui ont jamais parlé de cet aspect de l'Europe. Mais tout de même, la puanteur de la lâcheté française sent très fort jusqu'ici, lisez ce qu'écrivait un certain Vincent Rossi à propos des minarets dans un des blogs de 24 heures.

Écrit par : Géo | 12/07/2007

Ce n'est pas de la lâcheté, Géo, mais la conséquence de la pensée unique instillée goutte à goutte depuis plus de trente ans par les prescripteurs de l'intellect.

Écrit par : Rabbit | 12/07/2007

Ce petit reportage sur la zwanze m'a donné envie de naviguer sur le web, et j'ai suuis tombée sur une spécialité pâtissière bruxelloise à base de pâte à pain et de raisins noirs: les Couques de Suisses. Ou "couilles de Suisses"... Les attributs des Helvètes d'aujourd'hui n'ont paraît-il rien à voir avec cette dénomination. Il s'agit plutot de ceux des gardes suisses du Vatican, dont les culottes moulantes mettent en relief leur virilit. Et ces friandisent en auraient vraiment la forme.

Écrit par : a.-h. klein | 13/07/2007

Le Syldave, langue du groupe tintino-slave, a une forte proportion de mots bruxellois. Voir http://www.zompist.com/syldave.html.

Écrit par : Vanille-Mocca | 21/07/2007

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Écrit par : John Doe | 10/06/2008

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