16/07/2007

Des zinnias pour une semaine russe

 

D’après le Messager boiteux, c’est ce lundi 16 juillet que s’est allumé le brasier des grandes chaleurs de l’été. Quand leur touffeur sera irrespirable, on se réfugiera dans les futaies heureuses du Jorat pour y respirer l’aspérule blanche - elle a un parfum subtil qui évoque le tabac blond. Non sans avoir au préalable rempli d’eau l’écuelle du chat et donné à boire aux fleurs de son balcon: géraniums, pétunias en cascade, et Cie.

Parmi les plus singulières qui éclosent maintenant, il y a le zinnia: il est petit, timide, mais jovial, sur une tige minçolette, avec un feuillage vert foncé qui attire les papillons. Sa corolle est rouge, rose, violette, plus souvent d’un jaune-orange brillant. Son disque noirâtre vous regarde d’un air mélancolique à fendre l’âme. Ce n’est pas l’œil du Créateur qui confond Caïn, mais celui de votre petite-nièce qui vient d’être gourmandée pour un vol de bonbons.

C’est sans doute pour sa ressemblance avec la prunelle humaine que le zinnia a été baptisé ainsi par Linné en 1759, du nom du savant allemand Johann Gottfried Zinn. Tous les anatomistes connaissent le tendon de Zinn, commun aux quatre muscles droits de l'œil. Il circonscrit deux orifices: l'un interne, l'autre externe, ou anneau de Zinn.

Les sermons de la comtesse

Après-demain, jeudi 19 juillet, sera le jour de la naissance de la comtesse de Ségur, dont la vingtaine de romans en Bibliothèque rose a édifié plusieurs générations de jeunes filles et de garçons.

Qu’ils fussent enfants modèles ou non, ils ont tous appris par cœur qu’elle était née Rostopchine (apposition devenue consacrée). Qu’elle avait eu pour père un gouverneur de Moscou qui incendia sa ville pour damer le pion à Napoléon.

Qu’elle se révéla en France une grand-mère prolifique, et ne commença à écrire qu’à l’âge de cinquante ans. Des histoires joliment rocambolesques (Les malheurs de Sophie, Un bon petit diable, Diloy le chemineau, etc.), destinées à ses petits-enfants. Des dialogues enfantins, je dirais enfantesques, qui restent exemplaires de spontanéité. Du très beau français parlé.

Or cette délicieuse Mère-Grand à la mode de Russie était devenue bigote. Elle écrivit accessoirement quelques livres religieux destinés eux aussi à la petite enfance. Entre autres: Les Actes des apôtres - du très mauvais saint Luc retouché, avec un style sulpicien, et L’Evangile d’une grand-mère, paru en 1866 (huit ans avant la mort de la comtesse) dont je vous livre ici un extrait de dialogue qui fera plaisir aux nostalgiques du catholicisme pur et dur – puisqu’ils ont le vent en poupe:

Valentine. Qu’est-ce que c’est, mortifier?

Grand-mère. Mortifier veut dire maltraiter, punir.

Valentine. Et pourquoi donc punir son corps? Ainsi, mon corps à moi, qu’est-ce qu’il a fait de mal? Il ne fait que ce que je veux.

Grand-mère. Tu te trompes; ton corps a de mauvais penchants qui te poussent à vouloir des choses mauvaises que Dieu défend, telles que la gourmandise, la paresse, la nonchalance, la colère et beaucoup d’autres vilaines choses. Il est donc juste de faire pénitence, c’est-à-dire de retenir et de punir ce corps qui te pousse sans cesse à faire du mal.

Henriette. Et si je ne le punis pas?

Grand-mère. Si tu ne le punis pas, le bon Dieu le punira après ta mort, et bien plus sévèrement que tu ne l’aurais puni toi-même. Ainsi, il vaut mieux se mortifier pendant qu’on vit, pour que le bon Dieu n’ait plus à punir après la mort.

(L’Evangile d’une grand-mère, 1866)

 

Les barbarismes de la semaine
Il ne faut pas dire dilemne, mais dilemme; aéropage, mais aréopage; frustre mais fruste (adj.); carapaçonner, mais caparaçonner; rabattre les oreilles, mais rebattre les oreilles; rénumérer, mais rémunérer, pécunier mais pécuniaire.

 

Le concert de la semaine

Mon ami Sergueï Tcherkassov, violoncelliste virtuose diplômé du Conservatoire de Moscou, vit et enseigne la musique à Lausanne depuis plus de quinze ans. Il est aussi le directeur de plusieurs chorales vaudoises et fribourgeoises. Cela ne l’empêche pas de garder d’excellentes relations avec les musiciens de son pays natal, et même de servir de courroie culturelle entre la Russie et sa Romandie adoptive.

Dimanche prochain, 22 juillet, à Vevey, il dirige un concert de musique sacrée russe -œuvres de Tchaïkovski, de Rachmaninov, et du méconnu Bortniansky - qui sera exécuté par le Chœur du Stage choral. Un ensemble de ses compatriotes, rompus à la liturgie orthodoxe, et qui répètent actuellement dans le cadre de Crêt-Bérard.

(Concert: Vevey, église Notre-Dame, à 16 heures)

 


 

 

L’expo de la semaine

 

Marc Chagall, 1887-1985, encore un Russe (en fait un juif né à Vitebsk, en Biélorussie) est très célébré ces jours-ci en Suisse romande. Car parallèlement à l’importante rétrospective de ses travaux picturaux rassemblés chez Gianadda, à Martigny*, son art tout aussi génial du vitrail est à l’honneur au Vitromusée, de Romont.

La prestigieuse institution de la capitale de la Glâne présente du maître une centaine de dessins, esquisses, gouaches, lavis à l’encre, maquettes, collages de tissus et échantillons de verre – dont quatre panneaux d’essai. Son expo didactique permet de suivre les diverses étapes préparatoires de Chagall, lorsqu’il composait ses magnifiques fresques translucides pour la cathédrale de Reims (notre image), pour le Fraumünster de Zurich, ou encore les vitraux de la Synagogue Hassadah de Jérusalem.

Les deux expos dureront jusqu’à la mi-novembre 2007.

www.gianadda.ch

www.vitromusee.ch

 

Commentaires

Aéropage, frustre, etc: on entend aussi "solutionner" un problème (au lieu de résoudre). Ils avaient convenu (au lieu de ils étaient convenus), pallier à la douleur (pallier la douleur), en dehors de toute règle (hors de toute règle), il l'avait stupéfait (stupéfié). Pour raison de décès (pour cause de décès...)

Écrit par : KIM | 16/07/2007

Vient de paraître aux Editions de L'Harmattan une étude "Les mystères de Sophie". Le psychanalyste P. Pipet y découvre paraît-il une dimension érotique cachée dans les conseils pédagogiques de la comtesse de Ségur.

Écrit par : Xenius | 16/07/2007

... une dimension érotique cachée dans les conseils pédagogiques de la comtesse de Ségur.
C'est évident, puisque la mortification est la grande soeur bigote des pratiques SM.

Écrit par : Bla-Blo-Gueur | 16/07/2007

Mmmmh, on sent le fin connoisseur, là. Pour le moment, on ne connait de vous que l'aspect sadique de votre personnalité, BBG, pour les commentaires que je ne qualifierais pas que vous nous infligez régulièrement. Si un jour vous ressentez un réel besoin de recevoir des coups de bâton ou autres joyeusetés, faites-moi signe, je me ferais un plaisir...

Écrit par : Géo | 16/07/2007

Même quelqu'un qui aime à recevoir la bastonnade, aime aussi à choisir son bourreau. Donc... vos chances sont vraiment très, très minces, Sire Géo!
De plus, vos écrits sont par trop "à la guimauve" pour que vous puissiez être un bourreau crédible.

Écrit par : L'anar de droite | 17/07/2007

Même message, Sire Géo comprendra.
Même quelqu'un qui aime à recevoir la bastonnade, aime aussi à choisir son bourreau. Donc... vos chances sont vraiment très, très minces.
De plus, vos écrits sont par trop "à la guimauve" pour que vous puissiez être un bourreau crédible.

Écrit par : Bla-Blo-Gueur | 17/07/2007

Je ne savais pas que mes écrits fleuraient la guimauve, mais vous avez certainement raison de remettre en cause mes qualités de bourreau. Et je ne sens pas en moi une grande volonté de progresser dans ce domaine. On oublie...

Écrit par : Géo | 17/07/2007

C'est d'un autre barbarisme DONT je voudrais vous entretenir - 24 Heures nous en donne de nombreux exemples:
Celui qui consiste à mettre un "dont" là où un "que" s'impose. Vous l'aviez deviné j'espère.

Écrit par : Vanille-Mocca | 21/07/2007

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