18/07/2007

La cerise, péché mignon de Rousseau

 

Née en juin, c’est en juillet que la cerise atteint sa rondeur la plus ferme, la plus juteuse, la plus voluptueuse. Le premier à l’avoir célébrée fut le Romain Lucullus (06-57 avant J.-C.), vainqueur de Mithridate et mythique gastronome. Il la rapporta d’Asie-Mineure et la baptisa rubea margarita, la «perle rouge».

Aujourd’hui, on en cultive de très nombreuses variétés: la cerise de Céret, la napoléon, la cœur-de-pigeon, la reverchon, la noire de Méched. Enfin la burlat, grosse et rouge foncé, qui correspond au graffion des Vaudois.

Jean-Jacques Rousseau avait un faible pour les cerises. En le faisant apparaître comme un personnage de roman, dans Joseph Balsamo, Alexandre Dumas le présente tel un vieillard dégoûté des hommes et des biens, qui ne se nourrit plus que d’un peu de pain et de bigarreaux cueillis dans les bois de Marly ou Louveciennes.

Or, dans ses propres écritures, Rousseau décrivit la cerise comme une espèce de fruit défendu délectable, une métaphore de pulpes charnelles, torrides. On est très éloigné de la prose du marquis de Sade, mais ce fameux passage des Confessions, surnommé l’idylle aux cerises, a dû surprendre sous la plume de l’Ermite de Genève. (Et Calvin en dut un peu sursauter dans sa tombe).

L’épisode se situe au début du Livre IV. Jean-Jacques se souvient d’une journée passée à Thônes, près d’Annecy, à l’orée de juillet 1730.

Il a alors 18 ans, Deux jolies filles l’ont invité dans leur campagne, au hameau de La Tour:

 

 "Nous dinâmes dans la cuisine de la grangère, les deux amies assises sur des bancs aux deux côtés de la longue table, et leur hôte entre elles deux sur une escabelle à trois pieds. Quel dîner! Quel souvenir plein de charmes! Comment, pouvant à si peu de frais goûter des plaisirs si purs et si vrais, vouloir en rechercher d'autres? Jamais souper des petites maisons de Paris n'approcha de ce repas, je ne dis pas seulement pour la gaieté, pour la douce joie, mais je dis pour la sensualité.
Après le dîner nous rimes une économie. Au lieu de pendre le café qui nous restait du déjeuner, nous le gardâmes pour le goûter avec de la crème et des gâteaux qu'elles avaient apportés; et pour tenir notre appétit en haleine, nous allâmes dans le verger achever notre dessert avec des cerises. Je montai sur l'arbre, et je leur en jetais des bouquets dont elles me rendaient les noyaux à travers les branches. Une fois, Mlle Galley, avançant son tablier et reculant la tête, se présentait si bien, et je visai si juste, que je lui fis tomber un bouquet dans le sein; et de rire. Je me disais en moi-même : «Que mes lèvres ne sont-elles des cerises! Comme je les leur jetterais ainsi de bon cœur.» 

 

Commentaires

Vous manipulez vos cerises comme des grenades, Salem, et l'on s'imagine certaine infirmière tomber sous les balles des versaillais comme d'autres ont " deux trous rouges sur le côté droit".

Écrit par : Géo | 18/07/2007

la plus belle cerise sur le gâteau de tous les gâteaux du monde, c'est l'anniversaire de notre Madiba bien-aimé!!!
Happy 89th birthday dear Nelson Mandela! So far beyond sand and sea and so deep in our heart!

Écrit par : cmj | 18/07/2007

J'envie décidèment votre attitude, cmj, qui vous fait admirer la cerise, avec raison, sans voir l'état du gâteau ANC. Non, ce n'est pas vrai; disons je salue votre attitude...et je me fais beaucoup de soucis pour la suite.

Écrit par : Géo | 18/07/2007

Comme Mr Rabbit ne le fait pas, je me charge exceptionnellement aujourd'hui de le remplacer:

Quand nous chanterons le temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fête
Les belles auront la folie en tête
Et les amoureux du soleil au cœur
Quand nous chanterons le temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur

Mais il est bien court le temps des cerises
Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
Des pendants d'oreilles
Cerises d'amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang
Mais il est bien court le temps des cerises
Pendants de corail qu'on cueille en rêvant

Quand vous en serez au temps des cerises
Si vous avez peur des chagrins d'amour
Evitez les belles
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour
Quand vous en serez au temps des cerises
Vous aurez aussi des peines d'amour

J'aimerai toujours le temps des cerises
C'est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte
Et Dame Fortune, en m'étant offerte
Ne saura jamais calmer ma douleur
J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur...

En ces temps-là en tous cas, ceux qui tuaient sans compter, ce n'étaient pas les communards...

Écrit par : Géo | 18/07/2007

Grand merci, Géo!

Écrit par : Gilbert Salem | 19/07/2007

Un certain Clément Jean-Baptiste
Qui habitait rue Saint -Vincent
Voulant écrire un compliment
Trempa sa plume dans le sang
Qu'elles étaient rouges les cerises
Que nous chantait Monsieur Clément.
(M. Vidalin)

En réalité ,et contrairement à ce que l'on croit souvent,"le temps des cerises" est une chanson d'amour écrite avant la Commune. Mais il est vrai que les images qui s'y rattachent - tombant sous la feuille en gouttes de sang- peuvent laisser penser le contraire.

Écrit par : Gilles poulou | 19/07/2007

Ah bon, la belle infirmière morte sur les barricades, c'était aussi du pipeau, de l'agit-prop de bas niveau. Déjà en parcourant les blogs, j'apprends que Mahomet n'aurait pas existé (quelques lignes plus loin, la même personne parle de lui comme d'un criminel, faudrait savoir). Guillaume Tell est évidemment un horrible mythe destiné à

Écrit par : Géo | 19/07/2007

...la glorification de l'homme blanc, ce maudit, ce pourri. Et la plaie ouverte du père Clément ne le serait que pour un vulgaire chagrin d'amour. Tout fout le camp. Vous pouvez le prouver, poulou ?

Écrit par : Géo | 19/07/2007

Vous passez du "Dormeur du Val" aux troupes du maréchal Mac-Mahon par un de ces raccourcis qui vous sont propres et qui larguent le citoyen lambda perdu dans les péripéties du Tour de France. Il faut éteindre à cause de l'orage. A bientôt.

Écrit par : Rabbit | 19/07/2007

C'est un éclair qui vous fait vous soucier du citoyen lambda, rabbit ? Vous avez "reçu", comme on dit chez les "de MontMollin" ? Et d'abord où étiez-vous ? C'est des façons de nous faire peur comme ça ?
Quelle est votre version de la controverse sur l'antériorité de la plaie ouverte ? Et comment ça va, la santé, la famille, la fatigue ? Et les enfants, et les cousins, ????

Écrit par : Géo | 19/07/2007

N'empêche, on pense ou on dit ce que l'on veut, putain ce qu'elle est belle cette chanson...
Si il y en a une qui a traversé tous les temps sans prendre une ride...

Écrit par : Géo | 19/07/2007

Eh oui,cher Géo, le temps des cerises a été écrit en 1867 ! Jean-Baptiste Clément ayant participé activement à la Commune, la chanson a été reprise en 1871 et en est devenue le symbole . Ce qui n'enlève rien à sa beauté ni à son intemporalité.

Écrit par : Gilles poulou | 19/07/2007

Ce n'est qu'à son retour d'exil que JB Cément ajoutera ,en 1882, la dédicace: " à la vaillante citoyenne ambulancière Louise ..."

Écrit par : Gilles poulou | 19/07/2007

La chanson que J-B Clément a vraiment écrite pour la Commune s'appelle "La Semaine Sanglante".
Vous retrouverez tout ça sur "WIkipedia" un peu comme tout ce qui a été dit ci-dessus concernant le "Termps des Cerises"
Pour Géo et Rabbit: Vous trouverez même une rubrique "de Montmollin". Oui, Daniel, le Frère de Taizé et grand céramiste du siècle passé. Vous constaterez qu'il a fait de très belles choses.

Écrit par : Bla-Blo-Gueur | 20/07/2007

Pour cette chanson, c'est comme chez Macluhan: le medium est plus important que le message. Ainsi donc, si un individu mal rasé avec un foulard rouge au cou et la casquette sur le côté vous la susurre en vous jetant un oeil torve et en sortant son opinel, vous appliquez ce que saint Paul préconise au chapitre 5 de son épitre aux Romains.
L'époque dont vous parlez est intéressante (en dépit du fait que l'Alsace est devenue allemande pour 47 ans, ce qui a probablement incité le père de ma grand-mère, le zouave dont je parle dans un autre chapitre de ce blog consacré à mes mémoires, à s'installer au Texas), car elle est avant tout marquée par la fuite d'Anselme Bellegarrigue en Amérique (et son retour inexorable vers la vie sauvage) et la prise de conscience de Georges Palante qu'il ne serait jamais comme les autres. Vous arrivez à suivre ?
En ce qui me concerne, je me repose de mes incessants va-et-vient avec l'antimonde. Je viens de déjeuner d'un bol de cacao et de pain beurré recouvert de confiture de citron vert et de cerise-griotte, tout en regardant CNN et CNBC à la télévision. Ma compagne plonge ses baguettes dans un bol vert où nagent les choses consommables les plus étranges: on commence à trouver des cheveux noirs et épais comme des fils de fer un peu partout. Je vais aller en ville chercher un cadeau pour mon fils qui vient de terminer sa première année sur un feu d'artifice éblouissant.
Je suis à nouveau en phase avec le monde.

Écrit par : Rabbit | 20/07/2007

J'en suis profondément heureux, Rabbit, et toutes mes félicitations pour votre fils!

Écrit par : Gilbert Salem | 20/07/2007

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