25/07/2007

Eugène Grasset, incompris des siens

 

Une étudiante française de Tourcoing demande si Eugène Grasset (1845-1917), le décorateur lausannois naturalisé français qui a créé (entre autres) la fameuse «Semeuse à tout vent» de Larousse, a laissé des traces remarquables dans sa ville natale. En commentaire à mon article précédent, Bla-Blo-Gueur et Inma ont eu l’amabilité de fournir des éléments de réponse essentiels, merci beaucoup.

 

Hélas non, chère Chloé: outre ce chemin du quartier sous-gare (1) qui porte son nom depuis 1933, ce fils d’artisan vaudois qui allait secouer les arts parisiens de la Belle-Epoque, et se faire aduler jusqu’aux Etats-Unis, n’a rien pu réaliser d’exceptionnel à Lausanne. Une ville qu’il a pourtant chérie jusqu’à ses derniers jours.

 

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Il avait failli ériger une fontaine sur une colline nommée Montbenon, mais son dessein fut jugé trop onéreux. En 1914, le gouvernement du canton de Vaud lui commanda des vitraux pour la nef de la Cathédrale, mais la Grande Guerre fit avorter le projet. Il réalisa quand même de somptueuses fresques pour l’intérieur du Théâtre municipal de Georgette – l’actuel Opéra de Lausanne - mais celles-ci disparurent au mitan des années trente: il fallait bien agrandir la salle… Les seuls œuvres durables que Grasset laissa dans sa ville furent la porte monumentale d’une Abbaye de l’Arc et le buste de Charles Veillon (1809-1869), grand militaire suisse et homme politique, que Bla-Blo-Gueur a mentionné.

Il va sans dire que ses réalisations à Paris furent plus nombreuses, et autrement plus prestigieuses. Car Eugène Grasset y fut d’emblée respecté et admiré.

 

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Fils d’un maître ébéniste qui occupait un atelier-logement dans le quartier de la Cité, au plus près de notre belle cathédrale du XIIIe siècle, Eugène Grasset fut l’élève du peintre François Bocion. Après son séjour zurichois, il accompagna un sculpteur en Egypte, retourna un temps chez ses parents à Lausanne, puis débarqua en 1871 à Paris pour y déployer toute la gamme de ses talents: illustrations, affiches de vitraux, modèles de meubles, de joyaux (et même un caractère typographique qui porte son nom). Bref toute une méthode de composition ornementale, qui allait participer à l’esprit de l’Art nouveau. Il dessina le célèbre logotype des publications Larousse en 1890: Semeuse soufflant une fleur de pissenlit.

Contacté dès 1892 par des compagnies d’outre-Atlantique, c’est lui qui initia l’Art nouveau aux Etats-Unis.

 

Il a fallu attendre 1981 pour qu’Eugène Grasset, soixante-quatre ans après sa mort à Sceaux - aujourd’hui dans les Hauts-de-Seine - sorte enfin de son purgatoire lausannois, grâce à ce livre d’Anne Murray-Robertson, indiqué par notre ami BBG. Il a paru aux Editions 24 Heures, qui dépendent du journal qui produit ce blog. (2).

 

                                                         

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1. Entre les avenues de Montchoisi et de l’Elysée.

 

2. Grasset, pionnier de l’Art nouveau. On peut le commander le livre à 24 Heures, ave. de la Gare 33,  CH-1001 Lausanne.

Commentaires

Ca, c'est de l'interactivité ! Bravo. Moi aussi, Chloé, j'ai appris quelque chose.

Écrit par : Vanille-Mocca | 25/07/2007

Logorrhéomanie ou hyperlogomanie? Je ne sais lequel des deux virus se propagent sur ce site, mais il à l'air très virulent.

Charles Veillon était-il vraiment un grand militaire suisse? J'avais pensé que c'était l'inventeur le la vente par correspondance!

Une fois que l'élève Grasset eut atteint le niveau artistique de son maître, ce dernier lui dit:
- Eugène, il faut vraiment que nous "bossions" ensemble!



Écrit par : Bla-Blo-Gueur | 25/07/2007

Il semble qu'Eugène Grasset, depuis Paris, a quand même une grande influence sur des artistes et artisans qui ont contribué à embellir le Lausanne de la Belle-Epoque. Au niveau des vitraux privés notamment.

Écrit par : KIM | 25/07/2007

Le fondateur de la maison (vente par correspondance) Charles Veillon vécut de 1900 à 1971. Celui du buste fait par Grasset avait fait partie du gouvernement vaudois de 1845, aux côtés d'Henri Druey.

Écrit par : Serpent à Plumes | 25/07/2007

Question : Il me semble avoir lu que le bâtiment ou se trouve la Migros du Closelet, a un vitrail (côté sud-est) étant l'oeuvre de Eugène Grasset, est-ce que je me trompe ? Je n'ai rien trouvé sur internet en cherchant rapidement, en tout cas...!

Écrit par : Feuille | 25/07/2007

J'ai fréquenté ce bâtiment à l'heure où il était consacré à la mécanique et le vitrail était encore visible de l'intérieur.

Écrit par : Rabbit | 26/07/2007

"Les seuls œuvres durables que Grasset laissa dans sa ville natale, Lausanne, furent la porte monumentale d’une Abbaye de l’Arc et le buste de Charles Veillon" .

Je suis en train de réaliser un site entierement consacré à l'oeuvre d'Eugene Grasset dont l'adresse provisoire de la maquette est :http://jcdeveaux.perso.sfr.fr .
Ne dispose actuellement d'aucune photo de cette porte monumentale et de ce buste. Quelqu'un peut-il m'aider en m'en adressant des photos? .

Merci pour votre collaboration

Écrit par : deveaux | 25/09/2009

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