10/08/2007

Les saxifrages du Jura vaudois

 

En lisant mardi, en dernière page de 24 Heures, l’étape Sion-Sanetsch de l’emballante série estivale de mes collègues Céline Fontannaz et Michel Rime sur la frontière des röstis, je me suis attardé sur leur description de la saxifrage des Alpes. Et je me suis souvenu de deux autres fleurs du même nom, mais qui, elles, sont de sang jurassien.

Je reproduis ci-dessous quelques notes personnelles. Je les ai glanées lors d’une promenade récente entre L’Isle et La Sarraz, au cours de laquelle j’ai fait la connaissance de cette mystérieuse herbacée des murets (qu’on dit si souveraine contre les calculs rénaux), de ses variantes, ainsi que d’autres joyaux botaniques de nos réserves jurassiques:

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Quittons le château de l’Isle en remontant à pied la Venoge jusqu’à ses sources, à 700 mètres au-dessus du village. Franchi le pré de Chardève et le cours de la Chergeaule, nous atteignons la réserve naturelle et archéologique de Châtel-Arrufens, qui appartient à la commune de Montricher: aux environs d’un oppidum qui date de l’âge de bronze moyen (1500 avant J.-C.), on y conserve sur la crête et dans des pâturages maigres typiques, qui alternent avec des pâturages gras, la myrtille, l’airelle et la saxifrage à feuilles rondes. C’est le refuge de la chouette de Tengmalm, du bec-croisé, du chamois, du chevreuil et de la martre.
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Créé en 1973, par une douzaine de communes du canton, dont celle de Lausanne, le Parc jurassien vaudois regroupe quelque 75 km2 de nature sauvage entre le col de la Givrine et celui du Marchairuz: marais et pâturages exploités selon la tradition, parcours didactiques jalonnés de fourmilières à étages et à galeries, de spécimens de roche sédimentaire jurassique.
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 Au départ du Marchairuz, un sentier botanique long de 15 km, très prisé, nous conduira jusqu’aux Amburnex. Une réserve qui rassemble des zones de hauts marais et de bas marais d’importance nationale. Ici une autre saxifrage est à l’honneur: la saxifraga hirculus, soit la saxifrage œil-de-bouc, ou dorée, pour le sauvetage de laquelle un programme est scrupuleusement mené conjointement par le Musée botanique du Palais de Rumine, dans la capitale, et les services cantonaux de la conservation de la nature. Cette plante a un statut de relique postglaciaire. Répartie généralement dans les zones arctiques, elle devient de plus en plus rare en France, en Allemagne et en Europe centrale. C’est, miraculeusement, dans la station des Amburnex qu’elle semble reprendre goût à la survie…
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Entre Ferreyres et Croy, la réserve du Bois de Chênes, à Echilly, constitue aussi une zone protégée d’importance, pour ses essences variées et entremêlées: le charme et le buis, le tilleul, le foyard, le pin d’Autriche, mais surtout le chêne pubescent aux petites feuilles lobées qui semblent avoir été découpées par des mains d’enfant.
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A l’instar de toute chênaie authentique, elle attire le geai, mais aussi le bruant jaune. Jusqu’au mitan des années septante, les ornithologues les plus mystiques s’y campaient aux aurores pour entendre le chant ronronnant de l’engoulevent. Hélas, depuis, l’oiseau crépusculaire a fui pour des horizons encore moins habités par l’homme. Et sans espoir de retour.
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Gilbert Salem

Commentaires

"Faut-il partir pour le polaire
Horizon et rapporter
Le saxifrage du Spitzberg
Dans du papier glacé..."

Un beau poème de Julos Beaucarne (La Tâtonneuse) datant de presque trente ans.Voilà ce qu'évoque pour moi, Gilbert, le saxifrage.

Écrit par : Gilles Poulou | 10/08/2007

Bravo et merci à Gilles de nous rappeler cet "énorme" poète qu'est Monsieur Julos Beaucarne qui n'a pas la place qu'il mérite.

Écrit par : Bla-Blo-Gueur | 10/08/2007

Dans le poème, saxifrage était au masculin...comme quoi, le poète n'a pas toujours raison...

Écrit par : Gilles Poulou | 10/08/2007

Comment vous parlerais-je des fruits et de la neige
Quand on m'a volé mon jardin?
Il y a dans les champs colchiques et perce-neige
Et toi qui souris très loin...
chantait Julos après l'assassinat de sa femme.
(je cite de mémoire).
Un grand, trop mal et trop peu connu.

Écrit par : Vanille-Mocca | 10/08/2007

"Ma Loulou est partie dans le pays de l'envers du décor, un homme lui a donné 9 coups de couteau dans sa peau douce.C'est la societé qui est malade,il nous faut la remettre d'aplomb et d'equerre par l'amour , l'amitié et la persuasion.." écrivait-il la nuit de la Chandeleur 75.Il terminait sa lettre "aux amis d'ici-bas" par :" Je pense de toutes mes forces qu'il faut s'aimer à tort et à travers"
Coup de pied au cul magistral à la haine et à la loi du talion!
Ca donne une idée de la valeur humaine du bonhomme!

Écrit par : Gilles Poulou | 10/08/2007

Puisque vous évoquez vos collègues de 24 heures dans leur excellente série sur les auberges de montagne (je redoute de voir apparaître l'hôtel Ferpècle et sa célèbre tenancière, qui vient de passer sur RSR 1 (ces gens lisent votre blog, M.Salem...)), je me permets de vous signaler que 24 heures fait paraître une BD des débuts de Cosey où vous allez voir apparaître, si mes souvenirs sont exacts, le créateur de la Mère de toutes les auberges de montagne, le célèbre Rodolphe Giacomini, guide et patron du Refuge d'Anzeinde, héros de mon enfance.(pour Nagolet : il roulait avec le pare-brise de ses jeeps relevés...). Il y a quelques années, Benoit Aymon avait réalisé un "Paju" sur ce couple exceptionnel. Je connais pas mal l'histoire d'Anzeinde, je sais que personne n'est parfait. Il n'en demeure pas moins que le souvenir qui reste d'eux, ces derniers pionniers de nos contrées, est très fort dans le coeur des gens de cette région, et du mien en particulier.

Écrit par : Géo | 11/08/2007

Mon père avait été l'ami du Dolfy, qu'on appelait aussi Jackot à cause de son patronyme. Et moi, je me souviens des senteurs de bois sucré du refuge. Merci Géo...

Écrit par : Camille | 11/08/2007

Dolfy, jamais entendu. Mais Giaco plutôt que Jackot, vous ne croyez pas ? Mme Hélène est morte avant mon départ pour la Mauritanie et je suis très content d'avoir eu l'idée de lui rendre visite peu avant. Cette région a connu des gens remarquables, regardez les noms des voies du Miroir, les Jaquet et alia, ou du Muveran, comment s'appellait ce pianiste qui y est mort ? Mais aussi actuellement le chef de cet orchestre lausannois de jeunes talents qui parcourt le monde, un ancien de l'OJ du CAS de l'Argentine...
Mais Rodolphe Giacomini avait une célébrité incroyable parce qu'il était guide à l'armée pendant la Mob, et ce n'était pas très répandu, comme fonction...J'ai entendu parlé de lui de la part de beaucoup de gens très différents et sa réputation était faite dans les troupes de montagne, donc disons-le modestement, l'élite (dirigeante) de notre pays (à cette époque, bien sûr. Aujourd'hui, c'est celui qui a le plus beau string à la street parade...), bien avant qu'il ne crée le refuge d'Anzeinde.
Et c'était ça qui était vraiment fantastique : la BSL adorait se faire étriller par ses coups de gueule...

Écrit par : Géo | 11/08/2007

Camille@ C'était aujourd'hui dans 24 Heures.

Écrit par : Géo | 22/08/2007

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