13/08/2007

Lombric lunaire, fougères et papous

 

Ce lundi, le jour s’est levé à 6 h 40 pour une durée d’ensoleillement de 14 h 30. Après quoi, nous verrons dans le ciel se courber un lombric infiniment maigre et luminescent: ce sera bien la Lune, ascendante à 6%.

Elle sera si chétive qu’elle n’attirera même pas les moucherons.

Dommage, car rien n’est plus impressionnant dans la nuit de nos sous-bois qu’un puissant rayon lunaire illuminant l’arborescence des fougères: cela ressemble à de la gravure en nielles. A un paravent chinois.

A la clarté de midi, la fougère - dont les feuilles s’épanouissent en frondes ou peuvent se replier en crosses – se métamorphose pour évoquer une chevelure blonde. D’une blondeur encore plus intense que celle des blés, si l’on en croit Louis Aragon.

Le plus ambigu des princes des poètes s’en servit pour fleuronner un quatrain de ses «Oiseaux déguisés»:

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Ma vie au loin mon étrangère
Ce que je fus je l'ai quitté
Et les teintes d'aimer changèrent
Comme roussit dans les fougères
Le songe d'une nuit d'été


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Trois idiotismes anglais

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To go at it hammer and tongs. Littéralement: Y aller marteau et tenailles. Locution française équivalente: Ne pas y aller de main morte.

 

To sit on the fence = S’asseoir sur la barrière = Ménager la chèvre et le chou.

 

You scratch my back and I’ll scratch yours = Si tu grattes mon dos, je gratterai le tien = Se renvoyer l’ascenseur.

 

 

 

 

Le saint de la semaine

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Le 15 août, les catholiques célèbrent l’Assomption de la Vierge Marie, les bonapartistes la naissance de Napoléon Ier, et les Britanniques celle de la princesse Anne. Le lendemain, jeudi 16 août, c’est la Saint-Roch.
A Lausanne, un ancien quartier pauvre porte ce nom depuis la fin du XVe siècle – c’est aussi celui d’un collège, d’une chapelle, et d’une rue (l’image a été prise vers 1905).

Dans cette zone où furent longtemps cantonnés les pestiférés de la ville, un culte a été voué avant la Réforme à un jeune aristocrate de Montpellier prénommé Roch (1350-1379), qui s’était mis en pèlerinage et avait distribué sa fortune aux pauvres et aux hôpitaux de la Péninsule italienne, au temps de la Peste noire.

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Les citations de la semaine

 

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Elles sont de Jean de La Bruyère, né à Paris le 16 août 1645, mort à Versailles en 1696. Homme d’une seule œuvre, mais quelle œuvre! «Les Caractères» eurent 8 éditions entre 1688 et 1694.

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- Les hommes veulent être esclaves quelque part, et puiser là de quoi dominer ailleurs.

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- Il faut rire avant d'être heureux, de peur de mourir sans avoir ri.

 

 

 

 

 

 

 

Florilège de bonheurs radiophoniques

 

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Toute grande radio a ses émissions sacrées, à l’épreuve du temps et des modes. Et lorsque, pour «tracer son territoire», un nouveau directeur de chaîne se hasarde à la modifier, voire à la supprimer, car il la trouve vieillotte, il est obligé de se rétracter devant la mobilisation des auditeurs. C’est ce qui a dû arriver quelquefois (voir l’image ci-dessus) au rendez-vous dominical de France-Culture Des Papous dans la tête, créé en 1984 par Bertrand Jérôme.

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Un des initiateurs de cette émission à la fois littéraire et ludique fut l’immense Georges Perec, et ce n’est pas étonnant que la source essentielle de ses animateurs fût le «laboratoire» d’Oulipo – l’Ouvroir de littérature potentielle..
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Les Editions Gallimard ont eu la bonne idée de rassembler les moments les plus drolatiques des Papous dans la tête sous la forme d’un dictionnaire instructif, poétique, jalonné de néologismes biscornus et goguenards.
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Exemples:
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- Embistrature: Moment précis où l’on ralentit le pas en se demandant si par hasard on ne se serait pas trompé de chemin.
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- Barbavisules: Explications que l’on donne à propos d’une chose à laquelle on n’a soi-même rien compris.
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- Pétégoumer: Réciter des phrases de Jean d’Ormesson, en faisant claquer sa langue pour savourer la beauté du texte.
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Le livre: Le Dictionnaire des Papous dans la tête, Gallimard/France-Culture, 290 pages.
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L’émission: Des Papous dans la tête, de 12 h 45 à 14 h 00, sur France-Culture, chaque dimanche (reprise vers la fin de l’été). Depuis la mort de Bertrand Jérôme en juillet 2006, elle est animée par Françoise Treussard.

 

Commentaires

"Les oiseaux déguisés" est extrait de "Tous ceux qui parlent des merveilles" (Celui qui dit les choses sans rien dire.1975). Ce poème d'Aragon a été mis -superbement- en musique par Ferrat en 95.

Écrit par : Gilles Poulou | 13/08/2007

Sur les chemins de Compostelle, on voit de nombreuses représentations de Saint Roch, qui ressemble à Saint Jacques le Majeur (Santiago) avec sa tenue de pélerin. Ce qui le distingue, c'est le chien qui l'accompagne généralement ainsi que sa blessure à la jambe, due à la peste.

Écrit par : Vanille-Mocca | 13/08/2007

Oh oui, Des Papous dans la tête est une émission tout à fait oulipienne: parmi ses participants, il y a eu François Caradec, Hervé Le Tellier, mais aussi le grand Roland Dubillard, le cinéaste Gérard Mordillat, Jérôme Clément, patron d'Arte, Patrice Delbour, Jean-Christophe Averty, Claire Beretecher, Roland Topor, David Mc Neil, Pierre Gripari, Gébé le dessinateur....

Écrit par : Cyberprince | 14/08/2007

Papous de France-Culture: l'enrobement musical est de Jean-Claude Vannier, je crois. Quant à La Bruyère, et pour rester dans l'esprit des grandes rhétoriques, il était un maître de l'ASYNDETE, de l'énumération savante avec effet saisissant:
"On cherche, on s'empresse, on brigue, on se tourmente, on demande, on est refusé, on demande, on obtient." (De la Cour, 42). C'est pas du style, ça?

Écrit par : Xenius | 14/08/2007

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