17/08/2007

L'enfance de Pierre-Yves Borgeaud

 

Cinéaste de la musique et musicien de cinéma, le réalisateur lausannois a présenté son dernier film, Retour à Gorée, au Festival de Locarno, qui sera projeté ce soir à 21 h à l’Open Air de Bellerive. Ce documentaire, au cours duquel resplendit la figure du jazzman cosmopolite et sénégalais Youssou N’Dour, sur les traces de l’origine de l’esclavage, sera en salle dès le 22 août.
En automne 2001, Pierre-Yves Borgeaud m’avait conté quelques bribes de son enfance et le début de sa fertile carrière:
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Il a un beau front, Pierre-Yves Borgeaud, un sourire solaire et la vélocité de l'écureuil. Tout en même temps musicien (flûte douce, batterie), journaliste spécialisé dans le jazz et créateur de films vidéographiques, il est convaincu que «l'image qui bouge est une naissance», et qu'entre elle et la musique, le jazz tout particulièrement - celui qui se fait à New York, où il a vécu plusieurs mois - il y a des accointances naturelles, organiques même.
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Pierre-Yves Borgeaud est né dans le Bas-Valais, à Monthey, en 1963, de parents commerçants. Maman travaille dans une fabrique de chocolat, papa dans une raffinerie. Il a un grand frère et une grande sœur. Il s'installe tôt dans la région lausannoise, plus précisément dans le quartier du Château-Sec, à Pully, entre le chant rocailleux de la Vuachère, les roulements de ferraille rouilleuse du chemin de fer et la nonchalance des joueurs de pétanque, à la terrasse du café qui surplombe la rivière. Entre les pâtés des vieilles maisons, le Borgeaud joue au justicier, quelquefois au bandit. «C'était l'enfer, avoue-t-il: j'étais le plus gros des gamins, le plus fort, le bagarreur.»
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Puisque son père lui interdit de regarder à la télévision la série de Batman ou celle de Fifi Brindacier, Pierre-Yves se prend de passion folle pour ces deux émissions ainsi que pour la télévision entière. Il reconnaît que la Fifi, avec sa chevelure singulière, le toucha particulièrement: «A cette époque-là, ces tresses droites sur une tête de gamine étaient provocantes, elles symbolisaient une indépendance. Je me demande combien de libidos de mecs elles ont marqué.»
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A 18 ans, Pierre-Yves Borgeaud éprouve pour l'image mouvante une passion forte. Il rate de peu l'expérience de la Course autour du monde. Il fait partie des quinze présélectionnés, notamment par un film sur Lausanne où un homme se promène en se cognant sur mille obstacles. Cette expérience lui fait découvrir la caméra super-8, et il en acquiert illico une, après coup.
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En mars 1999, après sept mois vécus à New York, Borgeaud signe le film Swiss Jam consacré à quatre musiciens suisses en exil dans la plus lumineuse des cités lumières du monde. Celle qui fut célébrée par le maître suprême du surréalisme André Breton, et qu'un attentat effroyable a condamnée le 11 septembre 2001 au stress le plus épouvantable.
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Le temps que Borgeaud y a passé lui a révélé un cœur urbain naturel. Les images sont fluides et colorées, phosphorescentes et intuitives, nourries d'âme et d'esprit, de sensualité, de sensorialité. Car Pierre-Yves, tout comme Richard Wagner, sait que chaque son possède sa couleur appropriée, et chaque bruit sa luminance.
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Cela ne nous étonne guère: car il fut un jour reconnu et apprécié par un des plus célèbres pontes des musiciens et programmateurs d'Allemagne: Manfred Eicher, en personne. Oui le fondateur et éditeur d'ECM, l'homme qui comprit les génies de Keith Jarrett, Paul Bley, Heinz Holliger, Meredith Monk, Bruno Ganz, Jean-Luc Godard, et j'en passe.
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A propos de ce dernier nommé, Pierre-Yves Borgeaud dit: «Godard est le plus grand des vidéastes.»
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Extraits d’un portrait, par Gilbert Salem, paru le 6 octobre 2001 dans 24 Heures.

 

09:08 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

merci du magnifique portrait de Pierre-Yves Borgeaud, un beau front, un beau regard à qui rien n'échappe!

Écrit par : cmj | 17/08/2007

Retour à Gorée. revoilà assurèment la 10'000ème resucée du "Blancs y en a très méchants, nous y en a pauvres noirs très gentils (on veut juste vous coloniser en retour...). Bon enfin, si c'est ça l'avenir de ce continent, hein, moi je serai mort avant. N'oubliez pas d'acheter des tchadors pour vos filles et excisez-les..., ils sont musulmans.

Écrit par : Géo | 17/08/2007

"Retour à Gorée" et logorrhée de Noirs et Blancs!

Refaisons "Tintin au Congo". Dans la nouvelle version il faudra que nous fassions attention à ce qu'elle ne soit pas "raciste" comme celle de Monsieur Hergé. Et, si elle est en noir et blanc, faisons en sorte qu'il n'y aie que du gris!
Refaisons l'affiche UDC. Une affiche où tous les moutons seraient bleus. Bon d'accord! Celui qui se fait "sortir" serait bleu-marine, les autres bleu-ciel.
Refaisons la notation de la musique: Qu'est ce que c'est que ces blanches qui valent deux noires!
Repeignons nos pièces de l'échiquier en rose et blanc. Si vous perdez avec les noirs, vous êtes "raciste"! Si vous le faites avec les roses vous
serez dans l'air du temps.
Créons une race de zèbres noir avec des raies blanches.
Remettons beaucoup de lait dans le chocolat noir.
Interdisons les petits noirs Arabica.
Les têtes de .... ? Zut! Là j'ai un blanc! (Cette expression devrait aussi être interdite)
Et tous ces Blancs qu'on appelait les "Gueules Noires", appelons les ... "Belles Mines"!
Ne disons plus Renoir mais Reblanc.
Patinons, mais sur une patiblanche.
Espérons que pour "Retour à Gorée" l 'Open Air sera noir et blanche de monde ce soir.

Dans la nuit noire que j'ai passée blanche***, j'ai réfléchi à la grisaille (un mélange de blanc et de noir) de la "connerie" humaine. C'est vraiment la seule chose équitablement répartie à travers le monde!

*** Il y a une bien meilleure formule, mais Nougarro l'a déjà prise.

Écrit par : Bla-Blo-Gueur | 18/08/2007

"Belles Mines", c'est de l'humour noir?

Écrit par : inma | 18/08/2007

Autre excellente prestation de P.-Y Borgeaud est sa collaboration avec Sephane Blok, un artiste lausannois de grande envergure que vous aviez aussi salué aussi ici dans votre blog, Monsieur Gilbert. Leur "Journal d'un prisonnier"La iXième". A la fois des images, une fictionm de la musique et un jeu electronique à mille possibilités, un défi pour jouer comme dans 1 conte à votre façon de Queneau.

Écrit par : Serpent à Plumes | 18/08/2007

Encore un joli rejeton de la famille Borgeaud: je crois qu'il est de la famille du grand Georges - l'écrivain décédé, le parisien; peut-être aussi du peintre.
Un cousin de la grande comédienne Nelly Borgeaud?

Un arrière-petit-neveu des vignerons vaudois d'Algérie qui avaient créé le cru exceptionnel El Borjoh?

Écrit par : Xenius | 18/08/2007

A propos de Tintin au Congo. J'ai entendu sur les ondes un tintinophile qui (ironiquement) proposait tous les albums avec Tintin, par mesure pour la sécurité routtière: il conduit comme un chauffard dans tous...

Écrit par : Tania | 19/08/2007

mais la couleur du sang des blancs et des noirs est exactement la même et l'âme qui en *découle" aussi je crois.

Écrit par : cmj | 21/08/2007

Sûrement pas. Le droit à la différence, cmj ? Plus je côtoie des Africains, plus je constate de différences ! Ce qui ne signifie en rien une quelconque infériorité de leur part. Au contraire. Jeter à la rue le pauvre Mamadou 8 ans que vous avez pu observer au musée de l'Elysée sous le titre "Autoportrait d'un petit voleur", c'est produire des durs de durs prêts à affronter tous les dangers pour envahir, pacifiquement ou non, l'Europe. Pour le moment, ils mettent toute leur énergie à séduire les blondes pour obtenir des papiers, mais leur détermination est telle que vous verrez qu'ils n'hésiteront pas à trafiquer de la drogue pour vivre en Europe !

Écrit par : Géo | 21/08/2007

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