26/08/2007

Les sansonnets de la Saint-Augustin

 

Bon, on nous prédit qu’il n’y aura pas d’été indien cette année. Mais que l’air soit brûlant comme durant le week-end écoulé, ou qu’il fasse à nouveau un temps de chien, le cycle des saisons est respecté: le vigneron des côtes de l’Orbe vient d’étendre de vastes filets jaunes (ou bleu ciel, ou verts) sur ses parchets dont les ceps sont garnis de fruits presque mûrs. Car les étourneaux sansonnets sont de retour. Des insectivores, mais qui aiment bien aussi le raisin.

.

Ils s’alignent comme des lampions sur les fils électriques et les antennes de télévision. Ils ont commencé à se constituer des «dortoirs» dans des chênes ou des tilleuls qui les draineront jusqu’à 20 km à la ronde. A la mi-automne, ils formeront des essaims de plusieurs milliers d’individus s’élançant et virevoltant ensemble dans le crépuscule, avec des cris indescriptibles.

Le chant de l’étourneau est un ensemble complexe de gazouillis, claquements, grincements et grognements sourds. De surcroît, il sait imiter d’autres espèces comme le loriot, la buse, le pic. Et même la chèvre… Voire le sifflet de l’arbitre de football!

.

 

Le platonicien de Numidie

 

 

Ce lundi 27 août, on fête les Monique. Ce fut le vrai prénom de la chanteuse Barbara (Monique Serf), décédée à Neuilly-sur-Seine il y a juste dix ans. Quant à la sainte des calendriers liturgiques, elle est surtout saluée pour avoir éduqué et converti au christianisme son fils Augustin. «En assistant à son baptême, dit la légende, elle l’emporta dans une extase commune vers une région où la vie se confond avec la sagesse.» Un vitrail très sulpicien de la chapelle du Collège de Champittet, où j’ai passé mon adolescence, les représente réunis dans une béatitude irisée qui leur confère une expression un peu sotte. Curieusement, le saint est sur les genoux de sa maman et porte déjà une barbe…

.

Cela dit, saint Augustin d’Hippone fut un des plus grands penseurs de tous les temps. Et c’est mardi, 28 août, qu’il est célébré chez les catholiques. Né en 354 à Thagaste en Numidie, aujourd’hui Souk Ahras, en Algérie, il reçut une formation intellectuelle qui le poussa d’abord vers le métier d’avocat. Tenté un moment par la religion manichéiste, il revint au christianisme après une révélation divine dans un jardin de Milan, qu’il a relatée dans ses «Confessions». Entre-temps, il se serait adonné à la «débauche»: passion débordante pour le théâtre, la littérature, pour une femme aussi qui lui a donné un fils prénommé Adéodat.

.

Il reste surtout, dans l’histoire des philosophies, comme celui qui réalisa la synthèse du platonisme et du christianisme. Ses autres œuvres fondamentales sont La Trinité et la Cité de Dieu. Sa doctrine de la Grâce de Dieu influencera la religion réformée de Calvin.

.

Le néologisme «papou» de la semaine

.

Le verbe jourmantcher: Distribuer des tracts en priant pour que surtout on ne vous demande aucune explication.

 

 

 

 

L’extrait littéraire de la semaine

.

Le 28 août est aussi le jour de la naissance de Léon Tolstoï (1828-1910) – image du dessus. Il fut d’ailleurs un très grand lecteur de saint Augustin. Je reproduis un des passages les plus poignants de La mort d’Ivan Ilitch:

.

- Comme c’est bien et comme c’est simple, pensa-t-il.
Mais la douleur? se demanda-t-il. Où est-elle allée? Eh bien, douleur où es-tu?
.
Il prêta l’oreille.
.
- Oui, la voilà. Soit, c’est la douleur, et puis?
Mais la mort? Où est-elle?
.
Il chercha sa peur habituelle de la mort et ne la trouva pas. Où était-elle? Quelle mort? Il n’y avait plus de peur parce qu’il n’y avait plus de mort.

 

Les musiques de la semaine

.

Nous les savourerons les deux premiers jours de septembre au hasard des belles venelles de Fribourg, où ce week-end les Schubertiades rassembleront quelque 1 700 musiciens et choristes pour plus de 180 concerts.

.

Nous pourrons nous rendre également à Cernier, à l’enseigne des Jardins musicaux. Ce samedi, à 17h.00, on y joue Leçons de ténèbres, de François Couperin, qui reprennent le texte des Lamentations de Jérémie, mais symbolisent surtout la solitude du Christ délaissé par ses disciples. C’est la troisième Leçon que je préfère personnellement, écrite pour deux voix de dessus.

 

Commentaires

L'oiseau est tout à fait joli, gracieux pour son vol groupé et ses loopings d'automne. Mais il a mauvaise réputation aussi dans le langage: on dit con comme un étourneau, et on parle de pipi de sansonnet pour désigner qqch qui ne vaut rien!

Écrit par : Xenius | 26/08/2007

Dans la campagne de Rambouillet, chez ma défunte grand-mêre, un vieux frâne géant héberge un dortoir à sansonnets qui peut abriter plusieurs milliers d'oiseaux. Ils font un tel vacarme en septembre que même les chats en ont peur...

Écrit par : Cyberprince | 26/08/2007

Moi j'ai une prédilection pour les Leçons de Ténèbres de Marc-Antoine Charpentier, bien plus anciennes. Je recommande leur interprétation par des musiciens anglais. C'est vertigi-i-i-neux.

Écrit par : Doris | 26/08/2007

Je connaissais le "pipi de papillon" : une boisson qui n'a pas le goût qu'elle devrait avoir, qui est fade.
Exemple: La bière de chez "Zweinecken", c'est du pipi de papillon!

Une chose insignifiante et sans valeur, c'est: "la roupie de sansonnet". Exemple: La prestation de Mme Calmy-Rey à la télé (chez Morisod), c'est de la "roupie de sansonnet". Même sans sonnet, le chant sonne pas bien
et les éléspectateurs, eux, sont sonnés.

Écrit par : Bla-Blo-gueur | 27/08/2007

"De la roupie de sansonnet": la "roupie" de l'expression est à comprendre dans sa vieille acception de "morve", de "goutte au nez".
Autrefois, on disait: "de la roupie de singe". Avec les siècles, on a remplacé le singe par le sansonnet. Le sansonnet, contrairement au singe, ne fabrique pas de morve.
Littéralement, "de la roupie de sansonnet" est une chose qui n'existe pas: donc, une chose négligeable, une bagatelle.

Écrit par : Olivier Schopfer | 27/08/2007

Les commentaires sont fermés.