30/08/2007

Alexandre Zeller, l'air des cimes

 (Ce portrait a paru aujourd'hui dans 24heures)

On peut être sans forfanterie et ne pas s’embarrasser du langage de la fausse modestie. Alexandre Zeller, jeune patron de la Banque Cantonale Vaudoise depuis bientôt cinq ans, reconnaît sans ambages que son parcours a été atypique. Il en est enchanté: «Se retrouver à la tête d’une entreprise de cette envergure dans la ville de son enfance, c’est assez extraordinaire comme impression! sourit-il en traversant à grands pas la place Saint-François. L’avoir aidée à recouvrer une bonne image aussi!»

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Car ce fut une sacrée gageure, en novembre 2002, de rehausser l’éclat d’une institution vieille d’un siècle et demi que les vicissitudes de la vie économique avaient dédorée. En tout cas, le PDG de la BCV est convaincu que celle-ci fait désormais meilleure figure aux yeux de ses 2000 employés, et à l’extérieur. Les résultats sont là, consultables sur Internet, mais notre propos n’est pas de les décortiquer ici: c’est l’homme Zeller qui nous intéresse, et il n’y a pas plus affable interlocuteur. Autant il reste indéfectiblement muet sur son jardin privé (la presse people n’est pas sa tasse de thé), autant il se montre attaché à ses souvenirs: enfance lausannoise à Chailly-Village, études au collège à Béthusy puis au gymnase (où il opta pour le latin). Etudes «très ordinaires» d’HEC à l’UNIL.

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Plus caractéristiques de son tempérament sont ses grands pas, ses bottes de sept lieues qui lui font traverser en coup de vent une petite place urbaine, mais aussi des milliers de kilomètres juste pour prendre le pouls d’une ultime filiale de la BCV en Espagne, par exemple. Tout va très vite dans la tête d’Alexandre Zeller, et dans sa vie: il a su brûler des étapes. «J’ai eu d’abord la chance de passer celle du Gymnase en deux ans au lieu de trois, d’avoir été embauché par Nestlé tout de suite après l’uni; ce qui m’a permis de perfectionner mon allemand à Munich, de faire des séjours instructifs à l’étranger (en Hollande, en Turquie..), d’y travailler en team. Trois années de vie trépidante…»

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Suivront trois lustres dans le giron du Crédit Suisse, où l’on ne lésine pas sur la formation des cadres quitte à les soumettre à des épreuves dures et décisives: à Zurich, le jeune Vaudois apprend à maîtriser le schwytzertütsch. Il est envoyé deux fois aux Etats-Unis, et en 1999 c’est pour un défi suprême: l’Executive MBA à Harvard; 12 semaines durant lesquelles les aspirants peuvent notamment «prendre du recul». Plusieurs changent de voie et d’entreprise. Zeller, lui, persévère. A son retour, il est nommé à la direction générale du Crédit Suisse Private Banking. Sa réussite n’étonne guère ses anciens collaborateurs, ceux qui l’ont suivi du CS à la BCV: «Alexandre, c’est le champion du monde…»

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Sa physionomie évoque plus un rappeur chic que la caricature d’un yuppie de Wall Street, et il est effectivement bâti comme un athlète. «Oh, je m’efforce de garder ma ligne, c’est important pour l’énergie au travail». De la tonicité, il en a à revendre, à donner: il ne la garde pas pour lui, c’est là un des secrets de son autorité naturelle. Il en est un second: la passion de la montagne. Depuis ses 15 ans, il pratique la varappe, la peau de phoque en Valais, en Italie. Il se réserve cinq vendredis par an pour de longues expéditions: la Dent-Blanche, le Cervin, le Weisshorn. «J’aime l’effort physique. On pense à mille choses, l’oxygénation du cerveau éclaircit les idées. La plupart de mes grandes décisions, je les prends lors d’une escalade.» Il y entraîne des amis qui sont parfois aussi des collaborateurs. Car l’effort qu’il préconise doit être collectif. «La haute montagne m’a donné le goût de la performance, mais avec un respect des règles et des limites pour arriver au bout de la course.»

Tous ses collègues de la BCV ont dû s’adapter à la cadence de cette métaphore.

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BIO:

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1961. Naissance à Saint-Cergue. Son père est le divisionnaire Philippe Zeller.

1984. Après ses études de HEC, travaille trois ans chez Nestlé- conseil de gestion.

1985. Entre au Crédit Suisse. Cinq années à Zurich, durant lesquelles il perfectionne son suisse allemand. Après quoi, il dirigera la succursale de Nyon.

1989. Le CS l’envoie pour un premier séjour de formation aux Etats-Unis.

1999. Executive MBA, à Harvard. A son retour, il dirige l’unité Private Banking Switzerland du CS.

2002. Succédant à Pierre Fischer, il devient président de la Direction générale de la BCV. Il siège aussi aux conseils d’administration de l’Association suisse des banquiers, de l’Union des banques cantonales, de Kudelski, etc.

11:53 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

"La haute montagne m’a donné le goût de la performance, mais avec un respect des règles et des limites pour arriver au bout de la course."
Cette métaphore, c'est méga-fort pour un rappeur chic!

Malheureusement cette métaphore a fait que plusieurs jeunes soldats sont vraiment arrivés au bout de leur course!

Écrit par : Bla-Blo-gueur | 31/08/2007

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