04/09/2007

Ramener sa fraise

Aujourd’hui, notre philologue Olivier Schopfer nous explique les origines d’une expression à la fois fruitière et stomatologique:

 

«On dit qu’une personne «ramène sa fraise» lorsqu’elle intervient dans une discussion sans que le sujet de la conversation ne la regarde et sans qu’on lui ait demandé son avis.
Mais quel est le rapport avec la fraise? Et de quelle fraise s’agit-il?
Une fraise, ça peut être le fruit, bien sûr. Il y a aussi l’instrument du dentiste qui sert à soigner nos caries. Et au XVIe siècle, une «fraise» désignait une collerette blanche en dentelles amidonnées, aujourd’hui tombée en désuétude. Les gens nobles portaient cette parure vestimentaire autour du cou, on peut la voir sur certains portraits de l’époque.
Dans «ramener sa fraise», il ne s’agit d’aucune de ces trois possibilités. L’expression est apparue au début du XXe siècle. À l’époque, en argot, la «fraise» signifiait la «tête».
Quelqu’un qui «ramène sa fraise», c’est quelqu’un qui rapproche son visage pour se mêler d’une conversation. Quand on «ramène sa fraise», on ramène sa tête pour causer.
Il est tout à fait possible d’enlever le mot «fraise» de l’expression et de le remplacer par l’article défini. On dira: «Arrête de la ramener!»
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Dans le vocabulaire argotique, le mot «fraise» n’est pas le seul qui existe pour parler de la tête. On a un grand choix de termes à disposition.
Il y a notamment la «cafetière», la «trombine», «la caboche», «la tronche».
Et une foule d’autres mots associés à des expressions:
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1. «Se faire sauter le caisson»: se suicider en se tirant une balle dans la tête.
2. «Une bonne poire»: définit une personne qui a un caractère facile et, littéralement, une «bonne tête» ronde comme une poire (c’est-à-dire une personne facile à tromper).
3. «Prendre le citron»: ennuyer quelqu’un avec un problème, «prendre la tête». Variante: «prendre le chou».
4. «En avoir dans le cigare»: une personne qui «en a dans le cigare» est une personne intelligente. Par association d’idée entre le fait de réfléchir et l'image de la fumée qui sort du cerveau sous l’effort.
5. «Ma pomme»: c’est pour «ma pomme». C’est pour moi, ça va être mon tour (sous-entendu «on va se payer ma tête»). Aussi le titre d’une chanson de Maurice Chevalier.
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OLIVIER SCHOPFER

Commentaires

Je suis quelque peu déçu! L'olivier n'a pas beaucoup de fruits.

Monsieur Schopfer,
Lisez-vous les commentaires qui sont fait suite à vos textes? En date du 21 août 07, sur le même "Blog de Salem" vous aviez "pondu" un texte: "Les carottes sont cuites". Ce dernier m’avait titillé le clavier et j'avais "commis" un commentaire qui se voulait exhaustif concernant les termes "légumino-fruitiers" utilisés pour définir un personnage. Ceux que vous mentionnez y sont tous! (pas forcément dans la même formule, je n'ai mis chaque fruit ou légume qu'une seule fois et il y en a 50: une vraie salade!)

Écrit par : Bla-Blo-Gueur | 05/09/2007

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