11/09/2007

Le livre selon Pascal Vandenberghe

(Ce portrait a paru hier lundi 10 septembre dans 24heures)

 

 

 

En quatre ans, le nouveau directeur de Payot  est devenu une personnalité très remarquée dans le microcosme culturel romand. Crinière blanche et or, élocution vivace, yeux clairs qui ne se défilent jamais -  «un regard d’allumé» qui peut intimider ses interlocuteurs. D’autant plus que Pascal Vandenberghe aime marteler ses convictions. Et des convictions, il en a plein son sac à malices dès qu’il s’agit de défendre la cause de la librairie, son avenir nécessaire, son éthique. Ou du livre sous toutes ses formes: le week-end passé, il a sponsorisé les deux manifestations phares du festival BD-FIL de Lausanne: l’expo sur Cosey, et celle sur Pratt.* Des talents dont il apprécie surtout la vigueur narrative. «En BD, j’ai besoin d’un équilibre entre l’illustration et l’histoire. Plus généralement, je suis un homme de récits.»

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Ce sont probablement des lectures à rebondissements qui lui font quitter à 16 ans son Doubs natal pour un parcours irrégulier et picaresque: séjours allemands, brésiliens, jobs de fortune, jusqu’à une adhésion quasi sacerdotale à l’univers du livre. Finie la bourlingue: «J’ai préféré découvrir le monde en le lisant. Sur un bouquin on est un peu replié, mais c’est une fenêtre ouverte.» Intellectuel autodidacte, le Pascal ne se confine plus à la philosophie de Sartre, son premier mentor. Il dévore tous les genres. Il a 23 ans quand la FNAC de Metz l’embauche comme apprenti libraire. En ce temps-là, cette fédération nationale possède déjà des succursales dans toute la France, mais qui ressemblent à des librairies, pas encore à des supermarchés… Avant de s’en séparer, après dix années d’ascension professionnelle, il est directeur à l’imposante FNAC de Lille.

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Il parvient à changer de métier sans quitter le livre: durant une seconde décennie, Vandenberghe évolue cette fois dans le monde de l’édition, à Paris. Et c’est en tant que représentant commercial des Editions La Découverte qu’il entre un beau matin dans le magasin lausannois de Payot, lui trouve «quelque chose d’unique en Europe», et vire derechef sa cuti pour ses premières amours. «Depuis que j’ai été nommé directeur de Payot Libraire, je ne retourne à Paris que pour des rendez-vous professionnels. Mes congés, je les passe désormais en famille dans ma maison de Vallorbe. La nuit, on y aperçoit les étoiles l’œil nu.»

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Voilà pour la fibre romanesque du nouveau timonier de la première librairie francophone de Suisse. Frappé par le goût de la lecture de ses habitants («ils dépensent 70% de plus en livres que les Français!»), Pascal Vandenberghe reste conscient que son paquebot vogue sur une mare exiguë où d’autres librairies flottent malaisément comme des esquifs. Que, Payot, avec ses 150 d’âge, ses 260 collaborateurs, sa quinzaine de vitrines -  une récente à Zurich, une prochaine à Berne et, depuis février 2006, une cyberlibrairie sur internet – est devenu  un géant étranger: il appartient au  très puissant groupe français Hachette. Les seuls concurrents de taille de son patron seraient ses anciens collaborateurs de la FNAC, des Français eux aussi. «Non, eux commercialisent divers produits, ils font leurs métiers. Payot a le sien, qui est au singulier: le livre. »

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Cette même antienne est chantée en chœur par d’autres libraires pur laine, mais moins bien lotis: pour eux Payot reste un suppôt du libéralisme sauvage, un casseur de prix, un opposant à une politique de régulation qui permettrait aux petits indépendants de survivre. Depuis l’an 2000, 51 librairies romandes ont dû déposer leur bilan.

Réponse de l’ogre Vandenberghe: pour des raisons de taxes, de diffusion et de tabelles, la vie économique du livre en Suisse est un casse-tête singulier. Le prix unique n’est pas une solution: en France aussi les petites librairies disparaissent.

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«Le livre n’est certainement pas un produit comme les autres. Il est à la fois culturel et commercial. Ces deux composantes ne s’excluent pas. Pourquoi faut-il être toujours manichéen? Et il n’y a pas de honte à vendre un livre.»

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Vvv.payot.ch

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Les lueurs du monde, et Sur les traces des Scorpions du désert. Les deux expositions dureront jusqu’au 30 septembre.

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BIO

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1960. Naît dans le département du Doubs. Famille ouvrière.

 

1976. Découvre Sartre, quitte l’école avec un CAP de mécanicien. Vit une année au Brésil, trois ans en Allemagne.

 

1983. Débute comme libraire à la FNAC. D’abord à celle de Metz, puis dans les succursales de Rennes, Colmar, Toulon et enfin Lille, où il accède à un poste directorial.

 

1985. Naissance de sa fille aînée. Il en aura une seconde ainsi que trois garçons.

 

1994. Durant dix ans, il est directeur commercial dans des maisons d’édition parisiennes : Complexe et, surtout, La Découverte.

 

2004. S’installe en Romandie et devient directeur de la chaîne de Payot Libraire.

 

2006. Paraît à la Découverte sa traduction (de l’allemand) des nouvelles de B. Traven  «Le chagrin de saint Antoine». Du même auteur, il a aussi traduit «Rosa Blanca».

 

 

09:05 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Lisez notre dernière "édition" : Monsieur VANDENBERGHE est presque un "Roman(d)"!

C'est un homme à la "page", il est en "couverture" du blog de Salem ("Les Sorcières de Salem") où sa "biographie" nous "livre" sa "bibliographie". Et oui! Il a "cartonné" (comme les "reliure") et il est chez "Payot" sans être fayot pour autant.
Le "libraire" qui n'aime que le libre air des cimes "littéraires" et la brise particulière des "grimoires" anciens a "Miller" en "Bouteille".
Il aime aussi l’odeur de "papier-bible", de « parchemin » et de cave ("Les Caves du Vatican"). Des endroits où le silence est celui d'une "bibliothèque" d’un Hélicon où les "écrivains" retrouvent leurs "muses": Calliope et Clio pour les "poètes", Melpomène pour les tragédiens" et Thalie pour les "auteurs" de "comédies". L'endroit est aussi celui où les «lecteurs» qui aspirent au bonheur (Au Bonheur des Dames) !
Monsieur VANDENBERGHE nous dit que les « bouquins » ont tous un prix, mais pas tous le "Prix Goncours". Il dit aussi que de mélanger les "genres", commerce et "écriture", n’est pas un crime ("Crime et Châtiment", "roman" écrit par un "papy russe").
Je demande la clémence à mes lecteurs, car j’ai quelque peu "traduit" ce que j’ai lu dans les hauts («Léo Mallet ») de ce blog.

Écrit par : Bla-Blo-gueur | 11/09/2007

Erratum:
Ilfaut lire: ... celui où les "lecteurs" qui aspirent au bonheur retrouvent leur maison (d'édition)!

Avec les excuses les plus plates de la rédaction: Le correcteur est en vacances! Il y a donc probablement encore d'autres "coquilles" dans ce texte abscons.

Écrit par : Bla-Blo-gueur | 11/09/2007

Bonsoir,
Ce message pour demander, s'il était possible, si Monsieur Pascal Vanderberghe serait intéressé par le mémoire de Master 2 que j'ai fait sur les romans de la jungle de Traven. L'auteur étant malheureusement assez méconnu, je cherche des personnes intéressés par son oeuvre.
D'avance, merci de lui communiquer mes coordonnées, si c'était possible...
Cordialement,
Monica Casanova (professseur agrégée d'espagnol à Bordeaux, 33)

Écrit par : Casanova Monica | 18/06/2011

Bonjour
Votre message m'a bine été transmis.
Oui, bien sûr, je suis intéressé
Vous pouvez me joindre directement : p.vandenberghe@payot.ch
cordialement

Écrit par : Pascal Vandenberghe | 22/06/2011

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