23/09/2007

Tarte aux quetsches pour Calvino

 

D’aucuns ont attendu le lundi du Jeûne fédéral pour les disposer en étoile sur plaque à gâteau; les plus impatients les ont déjà croqués à la mi-août comme des bonbons violets, oblongs et juteux. Je parle des pruneaux, que nos cousins de France appellent quetsches quand ils ne les font pas sécher sur des claies pour leurs civets de lapin.

Chez nous, leur saveur acidulée est d’autant plus appréciée quand on les mange crus qu’elle persiste après qu’ils ont été cuits, ventre ouvert et doré au feu de la cuisinière. Elle titille l’arrière-bouche; elle chatouille aussi l’esprit. Elle le prédispose aux grandes décisions de l’automne qui vient de commencer.

 

Le saint de la semaine
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Jeudi 27 septembre, on invoquera la silhouette maigre et voûtée de Vincent de Paul, patron des œuvres charitables, protecteur des miséreux, des illettrés, des enfants trouvés. Un homme de feu qui, sous les règnes de Louis XIII et Louis XIV, préfigura une sorte d’Abbé Pierre. Petit, il gardait les porcs dans la campagne landaise. Plus tard, quand devint le précepteur de la reine Margot et de la puissante famille de Gondi, il fonda des missions de charité pour subvenir aux besoins des orphelins, des galériens et des réfugiés.

 

Papiers d’Arménie

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Jusqu’au 30 décembre, la Fondation Bodmer, à Cologny (GE), présente un intéressant florilège de manuscrits, enluminures et phylactères témoignant de la riche civilisation arménienne qui a survécu, malgré ses persécutions et son éparpillement. Vous découvrirez son étrange alphabet qui ne ressemble ni l’écriture cunéiforme, ni à l’arabe, ni à l’hébreu, ni au cyrillique.

Il a été inventé en 405 après J.-C par Mesrop Machtots. Sur le modèle de l'alphabet grec, il note à la fois les consonnes et les voyelles: ses 36 lettres correspondent à un phonétisme complexe. L'arménien classique présente un substrat caucasien et des emprunts au vieux perse, au grec et au syriaque.

www.fondationbodmer.org

 

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L’étymologie de la semaine
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Si le Petit Larousse 2008, qui vient de paraître, accepte désormais certaines féminisations de nom, telles qu’auteure ou écrivaine, il s’obstine à ne pas homologuer le substantif cheffe, de plus en plus usité en Suisse romande. Remarquez qu’on pourra toujours écrire une chef, ou la chef – de même que les mots nef et aéronef sont des féminins.
Quant à cheftaine, que les féministes abominent pour sa consonance scoute et paramilitaire, il ne procède pas du tout de chef, mais de chevetaine, forme ancienne et dialectale de «capitaine des croisés»… En effet, les grandes armées chrétiennes du Moyen Age en partance pour la Terre sainte étaient commandées par des barons chevetaines.

 

 

 

Cosmicomics

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Souvenez-vous de ce chevalier qu’un ennemi fendit en deux, et dont une moitié consacra sa vie à faire du mal et l’autre moitié du bien. Ou de ce baron qui refusait de descendre de son arbre… Ce sont les protagonistes du Vicomte pourfendu et du Baron perché d’Italo Calvino, le plus lunaire des écrivains néoréalistes italiens (Cuba, 1923-Sienne 1985), dont Salman Rushdie disait: «Il met sur le papier ce que vous saviez depuis toujours, sauf que vous n’y aviez pas pensé avant.»

La fantaisie narrative de Calvino se trouve condensée dans les petits chapitres de Cosmicomics, que le Teatre Due Punti a adaptés pour la scène à l’intention du jeune public.*

Dans un contexte spatio-temporel en suspension, le narrateur Qfyfq évoque des personnages – parents ou amis – aux noms tout aussi imprononçables: Xlthlx, Rwzfs, Madame Vhd Vhd, Z’zu, etc. Sans être vraiment humains, ils ont tous d’humaines faiblesses – névrose, mélancolie, esprit de compétition.

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Cosmicomics, Petit Théâtre, Lausanne, jusqu’au 7 octobre.

 

Commentaires

A mon arrivée, voilà plus de 18 ans, dans le canton de Vaud, j'ai été assez surpris quand on m'a proposé un "gâteau aux pruneaux" pour une tarte aux quetsches!

Écrit par : Gilles Poulou | 23/09/2007

Ciel, j'espère que vous vous remîtes de ce traumatisme, mon brave.

Écrit par : Géo | 23/09/2007

Pas de séquelles, rassurez-vous....

Écrit par : Gilles Poulou | 23/09/2007

Au Japon, on mange des pruneaux marinés dans du sel au petit déjeuner. J'en ai essayé mais je préfère en rester aux tartines.

Écrit par : inma | 24/09/2007

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