02/10/2007

Le pays de Cocagne

Aujourd’hui, Olivier Schopfer nous emmène au pays de Cocagne:

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Le pays imaginaire et miraculeux des contes. Au pays de Cocagne, on peut obtenir tout ce que l’on veut sans aucun effort : c’est une terre de fêtes et de festins perpétuels où l’on ne travaille jamais. Bref, un vrai paradis!
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-Le mot «Cocagne» pourrait venir du néerlandais «koeken», qui signifie «gâteaux» au pluriel. Cette étymologie nous renvoie aux histoires pour les enfants, et notamment à Pinocchio qui part avec ses amis visiter le pays de Cocagne et qui se goinfre de friandises. Il passe tellement de bon temps à manger et à faire l’école buissonnière, d’ailleurs, qu’il se retrouve avec des oreilles d’âne en guise de punition !
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-Une autre hypothèse nous dit que le mot «Cocagne» tirerait son origine de l’ancien français «coquaigne». Les «coquaignes» désignaient des boules de feuilles de pastel pressées et déshydratées fabriquées dans le Languedoc (la région entre Toulouse, Albi et Carcassonne). Ces boules de pastel produisaient une pâte bleu sombre utilisée pour la teinture des étoffes. Du 12ème au 16ème siècle, les coquaignes ont été une source de richesse pour le Languedoc : elles constituaient à l’époque la seule teinture durable. De là serait venu l’usage de comparer les pays riches et heureux à la région où on les fabriquait. On serait passé du pays des cocaignes (le Languedoc) au pays de Cocagne.
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-Selon une autre source, «Cocagne» pourrait avoir une origine italienne. Autrefois, dans la ville de Naples, se déroulait une fête qui célébrait le Vésuve.
Lors de cette fête, on distribuait de la nourriture au peuple. On construisait un monticule qui représentait le volcan, et d’où jaillissaient à profusion des saucisses, des macaronis, de la charcuterie et du vin que les gens se disputaient. Cette réjouissance était appelée «cuccagna», ce qui aurait donné le mot «Cocagne».
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Il y a très longtemps, en France, dans les fêtes populaires, on trouvait les fameux « mâts de Cocagne ». Il s’agissait d’un poteau recouvert de savon et surmonté de nourriture et de bouteilles de vin. Le challenge était d’arriver à le gravir malgré la hauteur et le risque de glissade pour s’emparer des victuailles : une escalade ardue ! L’appellation « de Cocagne » pour baptiser ce mât était finalement assez ironique, puisque le mot « Cocagne » suggère à l’origine des plaisirs faciles.
À ce propos, les gens qui parlent le patois provençal continuent d’utiliser l’expression «c’est Cocagne» pour dire «c’est facile».
OLIVIER SCHOPFER

Commentaires

Nous habitons le chemin de Cocagne, à Bussigny ! Merci beaucoup pour ces infos concernant l'origine de ce nom !

Écrit par : Roth Anne | 04/10/2007

bonjour !
je suis un peu surprise de voir ces différentes éthymologies, car dans le sud-ouest, où la culture du pastel a repris, on n'évoque que celle des boules de pastel séchées, qui coûtaient si cher que seul le roi était réputé en faire usage pour teindre ses vêtements, d'où la couleur "bleu roi".
durant les fêtes votives, on offrait beaucoup à boire, et on demandait aux hommes de venir vider leur vessie dans un grand baquet.
cette urine était le moyen de diluer les boules de cocagne et d'en sortir le jus jaunâtre dans lequel on faisait tremper le linge à teindre. la teinture du pastel est durable puisque c'est au contact de l'air que la couleur se fixait sur le tissu et non selon le temps de trempage dans la teinture (qui n'est donc pas bleue, elle).
les mâts de cocagne étaient le seul moyen de protéger des voleurs les précieuses boules à faire sécher. c'est pourquoi ils étaient entourés de savon glissant. on pouvait avoir envie d'y grimper parce que la fortune était promise à ceux qui avaient obtenu de ces boules... et non par pur esprit de compétition idiote !
ce n'est qu'au XVIIIe siècle, quand l'indigo venu des Indes a remplacé le pastel devenu trop cher bien que ses qualités de teinture durable ne soient jamais égalées, que le pastel a disparu des champs, et que les victuailles ont remplacé les boules de pastel sur les mâts, dans les fêtes de villages, donnant une suite à une compétition attractive...
on imagine facilement que l'expression citée par Olivier "c'est cocagne" pour dire que c'est facile est bien une expression humoristique pour dire ce qui est sûrement le plus dur, voire impossible !
bizoux à vous, à Olivier, et, en passant à Hervé !
marion
(pour ma part, j'ai appris tout ça en visitant le charmant village de Lectoure dans le Gers, où se trouve un atelier de pastel depuis plusieurs années déjà !)

Écrit par : Marie Castelnau | 10/07/2009

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