03/10/2007

Ivan Frésard, l'enfance de l'art

Ce portrait a paru dans 24 Heures, le mardi 2 octobre.

 

 

 En franchissant le cap de la quarantaine, Ivan Frésard semble avoir encore rajeuni. Oh! ses instructives injections de Botox testées en direct sur Rouge FM en 2006, n’y sont pour rien: deux rides de plus ou de moins, ça ne vous change pas un personnage. (Il a toujours son regard de loups des Abruzzes.) Sa coquetterie se loge ailleurs: dans l’entretien du feu de la jeunesse qui perpétuellement bout en lui. On devrait parler plutôt de juvénilité – ce qui est plus poli qu’infantilité. Ivan n’en disconvient pas: «Je crois bien que je suis resté un vrai gosse.» A l’instar de nombreux post-ados d’aujourd’hui, rompus à toutes les astuces du multimédia, à tous les bidouillages de logiciels, il a gardé le goût du bricolage. De l’invention sauvage.
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Le voilà donc en phase avec ceux qui collaborent à son rituel radiophonique de midi Les Patriotes, et qui le rejoindront cet hiver à la Télévision romande pour une nouvelle mouture du talk-show Le Labo. «Comme moi, quand j’avais 16 ans, ils sont en train d’apprendre le métier sur le tas, en donnant libre cours à leur imagination technique et à leur créativité naturelle. A présent, le système D, permet de réaliser avec les ordis et la vidéo des choses presque plus importantes qu’avec une grosse machine. Et il est pris plus au sérieux qu’autrefois. Surtout par la TSR, qui a eu l’audace de mettre à notre disposition le rendez-vous du Labo, le bien-nommé: c’est un vivier.»
Au printemps dernier, l’émission avait fait un flop: «Elle était programmée à une mauvaise heure d’audience; elle avait des longueurs. Mon tort a été surtout de recruter une équipe avant de lui garantir une plateforme. Nous allons remettre ça dans les meilleures conditions, après la rentrée, pour la grille des fêtes.»
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S’il mise beaucoup sur l’enthousiasme de ses jeunes poulains, il sait la réfréner. Un apanage de l’âge quand même, et de l’expérience: «Celle-ci m’a pourvu d’une base intellectuelle, elle m’a appris à conduire de front sur l’antenne des sujets légers, drolatiques, et des thèmes graves comme le racisme, les dérives de l’UDC, la drogue, etc. Je ne me laisse plus piéger. Je sais maintenant quand on peut arrêter de rire, devenir sérieux, puis quand on peut recommencer à délirer. Pour moi, une émission à la radio, à la télé, ça se déroule comme la vraie vie.»
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Pourquoi Dieu met-il donc le meilleur de la vie tout au commencement?  Cette méditation de Victor Hugo pourrait servir de grigri aux nouveaux défis d’Ivan Frésard, un des rares hommes de communication romands capables de rajeunir les audiences médiatiques, puisqu’il connaît mieux que d’autres le langage des jeunes et les aspirations de l’enfance. Or curieusement, il n’est pas disposé à narrer la sienne.
.Autant il peut déployer son charme – qu’il sait cultiver admirablement-, se livrer tout cru aux indiscrétions de la presse people sur sa vie privée actuelle, autant il se montre désabusé quand on lui cherche une fibre proustienne. On saura tout au plus qu’il est né à Neuchâtel, que le filiforme délié qu’il est devenu a été gros… Que son père enseignait l’économie à l’Université. Lui-même n’était pas studieux pour un sou, les disciplines scolaires l’ennuyaient.
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Mais vraisemblablement pas l’analyse combinatoire: car il se révéla d’emblée un champion du cube de Rubik, ou Rubik’s cube, dès que ce jouet multicolore fut commercialisé au début des années quatre-vingts. Ivan avait 14 ans. Instinctivement, il sut manipuler comme un simple hochet ce casse-tête géométrique à trois dimensions, sur lequel les adultes, plus lents, se torturaient les méninges. Ces mêmes doigts d’or lui apprendront plus tard à s’amuser avec d’autres techniques, et à saisir habilement le pouls du temps, et des générations.
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www.dailymotion.com/lelabo
www.fresard.ch
www.multimania.com/contreloubli
www.rougefm
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BIO
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1966. Naît le 24 novembre 1966 à Neuchâtel, de parents originaires de Saignelégier (JU).

 

1983. Débute à RCM, à Massongex, une radio libre qui émet depuis un camping au-dessus d’Evian. Plus tard, il se produira sur deux autres à Annemasse.

 

1987. Démarre à la TSR. S’ensuivent des allers et retours : durant 15 ans, il lancera ou animera une septantaine d’émissions radiophoniques ou télévisuelles.

 

1989. Devient père avec la naissance de Lolita. D’une autre mère, Alicia naîtra en 1996.

 

1998. Reçoit le Prix Goretta pour une interview du plus jeune déporté d’Auschwitz.  (Le journaliste Frésard a aussi  réalisé des reportages au Pérou, au Cameroun, en Egypte, etc.)

 

2000. Crée sur la Première l’émission dominicale La soupe est pleine. Délibérément, il l’abandonne en 2004, alors qu’elle est sommet de sa popularité. Depuis, elle s’appelle La soupe.

 

2004. Lancement des Patriotes, sur Rouge FM.

 

2007. Production du talk-show Le Labo, sur TSR2.

09:28 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Il passe comme chat sur braise sur l'épisode de la Soupe est pleine, devenue la Soupe, et dont pourtant il avait été l'inventeur. Ceux qui y sont restés n'évoquent eux non plus jamais Frésard. Curieux divorce à l'amiable?

Écrit par : Serpent à Plumes | 03/10/2007

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