07/10/2007

Fêtes galantes et contrechamps

C’est octobre, le moment est arrivé de saluer avec Lamartine, les bois «couronnés d’un reste de verdure», les «feuillages jaunissants sur les gazons épars». Même si cette année, les feuillus de nos parcs et promenades ne semblaient pas pressés de roussir.

Mais déjà la sittelle torchepot arpente le tronc des arbres pour y grappiller faines, noix ou autres graines nourrissantes. Elle opte pour le gingko femelle, dont les fruits typiques évoquent par leur aspect la mirabelle – le gingko mâle n’en produit point, et sa résine sécrète une désagréable odeur de fiente de pigeons…


 

Watteau, le messager de nacre

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Mercredi 10 octobre est le jour de la naissance, à Valenciennes, d’Antoine Watteau (1684-1721), le peintre de la mélancolie aux apparences frivoles, le maître des perspectives évanescentes. Atteint de tuberculose, il mourut à l’âge de 37 ans après avoir fait brûler une série importante de «nudités» – pour des motifs religieux. Les quelque 200 toiles qu’il a laissées sont d'un format assez restreint (exception faite de l'Enseigne de Gersaint, qui devait servir de plafond). Watteau était un homme inquiet et changeant, timide. Tellement mécontent de lui-même qu’il ne signait même pas ses œuvres.

Que l’atmosphère floue, irisée et nimbée de ses paysages ne nous abuse pas: les personnages qui s’y fondent ont été dessinés avec une netteté et une vigueur remarquables. Ces vibrants ectoplasmes ont une ossature. Mais au départ – avant les embarquements… - ils sont si réels que la réalité du monde les navre; alors ils choisissent de s’évader vers des îles d’amour idéal. Vers l'«illusion comique».

Cette poétique picturale fascinera les écrivains du siècle suivant: Baudelaire lui consacrera un quatrain des Phares, Verlaine publiera en 1869 un recueil intitulé Fêtes galantes, inspiré bien sûr par le Pèlerinage à l’île de Cythère. Plus tard, Paul Claudel saluera Antoine Watteau comme un «messager de nacre», un «poète ambigu, inventeur de sa propre prosodie».

 

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Trois paroles de Mahomet

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Elles sont extraites de «Tradition musulmane»

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- Attache ta chamelle et confie-toi à Dieu.
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- Chaque fois que vous faites œuvre de chair, vous faites une aumône.
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- Assiste ton frère, qu'il soit oppresseur ou opprimé.

 

 

 

 

Le concert de la semaine
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Depuis samedi, l’admirable ensemble genevois Contrechamps fête ses 30 années d’existence. Voué entièrement à la reconnaissance de la création musicale contemporaine, il doit mener un combat difficile mais nécessaire. Il y parvient, jetant des passerelles qui deviennent évidentes entre l’univers des notes-sons et la révolution perpétuelle des images. Les technologies nouvelles sont un défi? La ferveur artistique en reste un autre.

Ce mardi 9 octobre, au Victoria Hall, Contrechamps s’associera à l’Orchestre du Conservatoire, pour jouer des œuvres de Carter, Ospald, Zimmermann et de l’immense Luigi Nono.

www.contrechamps.ch

 

 

L’animal de la semaine
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Qu’ils soient de Bourgogne ou de notre vallée de Joux, l’arrivée des escargots dans nos assiettes effraie les grands cuisiniers, car – quoi qu’en imaginent les persifleurs ignares d’outre-Manche – c’est là un mets qui réclame une préparation longue et exigeante. Pour autant qu’il soit composé de gastéropodes recueillis vivants par le vivandier!

Lorsqu’il n’est pas surgelé, ou en boîte de conserve, l’escargot comestible se présente sur les planches de l’office exactement sous la forme que le Bon Dieu lui a donnée: un mollusque pulmoné caractérisé par une tête munie de deux paires de tentacules, dont les plus longs portent les yeux, par une longue sole ventrale et surtout par une coquille spirale globuleuse dont le sommet surplombe le flanc droit. Il est lent, mou, baveux, gluant à souhait. Il est translucide comme une chimère de SF.

Le maître de cuisine le fait d’abord jeûner durant huit jours. Après quoi, il le dégorge dans le sel, le rince, l’ébouillante (sans trop le blanchir quand même), l’égoutte, l’extrait de sa coquille, le débarrasse délicatement de ses viscères. Enfin, il le passe à la cuisson douce, dans un environnement de poireaux, de carottes, de céleri pulvérisés. Un zeste d’ail.

Mais je gage que Dave Moginier et Jérôme Estèbe l’assaisonnent d’une manière plus originale.

Commentaires

Les escargots ne sont pas la seule spécialité culinaire décriée outre-Manche: il y a aussi les cuisses de grenouilles. Les Français en sont les les plus gros consommateurs. Les Anglais "persifleurs" surnomment d'ailleurs les Français "Frogs" ou "Froggies".
Mais sont-ils pour autant "ignares" ?
Il faut quand même savoir que les cuisses de grenouilles qu'on trouve surgelées dans nos supermarchés viennent principalement d'Asie, et que leurs conditions de production posent un grave problème de cruauté: lors de la capture, les grenouilles restent entassées plusieurs heures dans des sacs où beaucoup finissent par mourir asphyxiées et perdent ainsi toute valeur marchande. Les grenouilles qui ont survécu sont ensuite découpées vivantes. Certains disent même que les ramasseurs font le travail de manière encore plus radicale: après avoir arrachés les cuisses, ils rejetteraient les grenouilles amputées dans l'eau comme si de rien n'était.
Pour les escargots, les choses ne semblent pas être plus beaucoup tendres...
"Le maître de cuisine les fait d'abord jeûner durant huit jours": les escargots sont-ils déjà morts au moment du dégorgeage ou sont-ils ébouillantés vivants (et affamés) ?
Et que dirait le maître de cuisine de jeûner lui aussi pendant huit jours ?

Écrit par : Olivier Schopfer | 07/10/2007

"Chaque fois que vous faites œuvre de chair, vous faites une aumône"

... D'où l'expression " vider les aumônières"

Écrit par : Bla-Blo-gueur | 07/10/2007

On dirait que Watteau a aussi inspiré les Impressionnistes. En tout cas ses tableaux sont crépusculaires et apaisants. Le fait de pouvoir se pencher sur son art délicat nous apporte une certaine fraîcheur au milieu de ces blogs où volent des noms d'oiseaux pour cause d'élections.

Écrit par : inma | 08/10/2007

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