09/10/2007

La guigne

 Carte blanche à Olivier Schopfer, dépiauteur de mots:

 

La guigne, c’est la malchance.


Deux expressions tournent autour de ce mot :
1. « Avoir la guigne » : « avoir le mauvais œil ».
2. « Porter la guigne » : « porter malchance ».
L’arbre généalogique du mot a des ramifications très anciennes.
Au départ, on a le verbe « guigner », qui date du 12ème siècle. Ce verbe existe toujours aujourd’hui dans le même sens qu’à l’époque : lorsqu’on « guigne » quelqu’un, on regarde quelqu’un du coin de l’œil, avec une connotation de convoitise.
Au 17ème siècle, c’est le mot « guignon » qui est apparu. Un dérivé du verbe « guigner ».
« Guignon » dans le sens de « malchance », de « mauvais œil ». L’image, c’est que si on regarde quelqu’un à la dérobée, cela signifie qu’on regarde cette personne de manière défavorable, et que cela lui porte malchance.
D’où le « guignon », le « mauvais œil » qui observe en secret dans le but de nuire.
Au 17ème siècle, on disait : « avoir/porter le guignon ».
Le mot « guigne » tel qu’on le connaît aujourd’hui est apparu au 19ème siècle.
Et « avoir/porter le guignon » est devenu :
« avoir/porter la guigne ».
                          ***
Une guigne, c’est aussi une variété de cerise : il s’agit d’une petite cerise à longue queue, de couleur rouge ou noire, et au goût très sucré.
L’arbre qui porte ce genre de cerise s’appelle un « guignier ».
Si vous aimez jouer avec les mots et que vous avez la chance de passer un week-end à la campagne, une phrase comme « Guigne ce guignier ! » tombera à pic.
                          ***
En référence à la cerise, une « guigne » peut également signifier une très petite chose.
L’expression « se moquer de quelqu’un ou de quelque chose comme d’une guigne » fait partie du langage courant. Cela veut dire qu’on considère la personne ou la chose comme tellement insignifiante que l’on n’y prête même pas attention.

.

« La Guigne » est le titre d’une pièce de théâtre d’Eugène Labiche, le maître du vaudeville qui a vécu au 19ème siècle.
 « La Guigne » a été représentée pour la première fois à Paris en 1875.
Ce titre est accrocheur, puisqu’il faut avoir vu la pièce pour savoir si « La Guigne » fait référence à la malchance, à la cerise ou à une chose dérisoire.

.

OLIVIER SCHOPFER

Commentaires

Vous ne pensez pas qu'il soit posible d'en dire plus à la campagne?

La femme porte son panier de guignes à Monsieur le Curé qui a guigné sous ses jupes lorsqu'elle montait au guigner et qui l'a lutiner si bien que les guignes sont tombées.
Quelle guigne pour le mari! Est-ce que le "guignol dans le tiroir" qui guignera bientôt...
Quelle guigne pour le Curé fatigué! Les guignes ne seront pas mangées... huereusement, qui dort, guigne!

Écrit par : Bla-Blo-gueur | 09/10/2007

Chapeau bas Mr Bla-Blo-gueur...

Écrit par : marie | 17/07/2012

Les commentaires sont fermés.