14/10/2007

Les Nouveaux Monstres, les mots et les sons

Cet article a paru dans 24 heures du samedi 13 octobre.

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Léon Francioli adore la littérature, la philosophie, la poésie, mais en musique il fait peu cas des mots. Il croit à la suprématie des notes et des sons: «Prenez par exemple les paroles du Kyrie, elles toujours les mêmes depuis des siècles que les grands génies composent des messes. Elles ne sont qu’un support. Si elles n’étaient pas nécessitées par la liturgie, un autre texte aurait fait l’affaire.» Tel est en substance son argument. Mais cette fois, avec son partenaire symbiotique Daniel Bourquin, Nunus-prince-des-anches, Léon lance un défi qui les amuse tous deux: démontrer que transformer les mots en musique est possible, alors que l’inverse ne l’est pas. En tout cas pas pour eux. Il s’agit en fait d’une réponse élaborée à une question  que certains (les distributeurs de subventions) croient toute simple, et posent très souvent: «Expliquez-nous votre musique. » 

Tel est le motif du spectacle que les Nouveaux Monstres révèleront la semaine prochaine au Théâtre 2.21.  Mais comment transforment-ils les mots en musique? «En utilisant des pensées et aphorismes personnels ou empruntés. Le respect qu’ils doivent aux textes les conduit naturellement à leur faire dire ce qu’ils imaginent. Le texte devient musique. »

Francioli, qui signe la partition, jouera de la contrebasse, du piano et de l’orgue. Bourquin de la clarinette, du saxophone et du stylo feutre noir… Car Nunus a des dons exceptionnels de dessinateur qu’il entend cette fois exploiter pendant le concert sur un écran de papier calque, tandis qu’un projecteur arrosera la scène de séquences filmées. Un éclairage aussi savoureusement complexe que leur propos, créant un effet de superposition et de collages scénographiques. Le décor lui aussi est en mouvement.

Quant aux aphorismes, ils sont tirés du Gai savoir de Nietszsche, le livre de chevet de Léon depuis 1970, dit-il. Il a eu l’aimable outrecuidance de se les approprier en les panachant de pensées qui ne sont que de lui-même… «Ce que j’aime dans le langage de Nietzsche, dit-il, c’est cette extrême précision mêlée à de l’ambiguïté. Il y a  unphénomène de miroir : le lendemain, une vérité devient son contraire, et le surlendemain, le contraire de son contraire. Ce qui en définitive est assez vaudois… ».

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Les Nouveaux Monstres : La liste de Nietzsche. Théâtre 2.21, du 17 au 21 octobre. De mercredi à samedi à 21 h. Dimanche à 17 h.

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BONUS :

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La liste des aphorismes de Nietzsche (et de Léon…) qui on inspiré le spectacle:

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  • Mon Bonheur
Depuis que je suis fatigué de chercher
J’ai appris à trouver.
Depuis qu’un vent s’est opposé à moi
Je fais voile avec tous les vents.
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  • Dialogue
A.- Ai-je été malade ? Suis-je guéri ?
Et qui m’a donc soigné ?
Comment j’ai oublié tout cela !
      B.- Ce n’est que maintenant que je te crois guéri
            Car on va bien quand on oublie.
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  • A un ami de la lumière
Si tu ne veux pas fatiguer tes yeux et tes sens
Cours après le soleil à l’ombre.
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  • Contre la vanité
Ne t’enfle pas :
La moindre piqûre te ferait crever.
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  • Le solitaire
Je déteste suivre autant que conduire.
Obéir ? Non ! Et gouverner, jamais !
Qui ne s’inspire pas d’effroi n’en inspire à personne,
Et celui seul qui en inspire peut mener.
Je déteste déjà me conduire moi-même !
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  • Conseil
C’est à la gloire que tu vises ?
Alors retiens ceci :
Renonce à temps spontanément
A l’honneur.
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  • Perdu la tête
Elle a maintenant de l’esprit…Comment a-t-elle pu en trouver ?
C’est qu’un homme dernièrement a perdu la tête pour elle.
Cette tête était une riche tête avant ce méchant passe-temps ;
Elle est allée, au diable non, mais à la femme.
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  • Pédagogie

Il manque en Allemagne à l’homme supérieur un grand moyen pédagogique : le rire de l’homme supérieur ; l’homme supérieur ne rit pas en Allemagne.

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  • Dans la solitude

Quand on vit seul, on ne parle pas trop haut, on n’écrit pas non plus trop haut : on craint l’écho, le vide de l’écho, la critique de la nymphe Ècho. La solitude modifie toutes les voix.

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  • La Musique du Meilleur Avenir

Le premier musicien serait pour moi celui qui ne connaîtrait que la tristesse du plus profond bonheur, et qui ignorerait toute autre : on ne la pas trouvé jusqu’ici.

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  • A mourir de rire
Voyez, voyez… Il fuit les hommes…mais les hommes le suivent parce qu’il court devant eux ;…tant ils sont bêtes de troupeau !
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  • Limites de notre ouïe

On n’entend jamais que les questions auxquelles on est capable de trouver une réponse.

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  • Rire

Le rire est un malin plaisir qu’on prend avec une conscience pure.

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  • Applaudissement

On ne saurait applaudir sans bruit, même à soi-même.

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  • Mesure dans l’activité

Il ne faut pas vouloir en faire plus que son père…, on tomberait malade.

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  • Voix dangereuse

Avec une voix forte on est presque incapable de penser à des choses subtiles.

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  • Cause et effet

Avant l’effet on croit à d’autres causes qu’après.

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  • Sacrifice

Du sacrifice et de l’esprit de sacrifice les victimes ont une autre idée que les spectateurs ; mais on ne leur a jamais donné la parole.

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  • Vicariat des Sens

« On a aussi les yeux pour écouter », disait un vieux confesseur qui devenait sourd ; « et chez les aveugles le roi est celui qui a les plus longues oreilles. »

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  • Entêtement et fidélité

Il tient encore par entêtement à une cause dont il voit la faiblesse ;…mais il nomme ça « fidélité ».

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  • Les « Profonds »

Les lambins de la connaissance se figurent qu’elle exige la lenteur.

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  • Pensée et parole

Même ses pensées on ne peut les rendre tout à fait par des paroles.

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  • Habitude

Toute habitude rend notre main plus ingénieuse et notre génie plus maladroit.

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  • Contre l’embarras

Quand on est toujours profondément occupé on est au-dessus de tout embarras.

 

 

  • Les Négateurs du Hasard

Nul vainqueur ne croit au hasard.

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  • Que dit ta conscience ?
« Tu dois devenir l’homme que tu es. »
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  • Qu’aimes-tu chez les autres ?

Mes espoirs.

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  • Quelle est la marque de la liberté réalisée ?

Ne plus rougir de soi.

 

Commentaires

"transformer les mots en musique "..mais depuis quand le (s) mot (s) n'est pas de la musique ? On parle bien de métrique, de rythme quand il s'agit de poésie n'est-ce pas ? On parle bien de chant poétique, d'ode, de poème lyrique (soit appuyé par la musique ou pas). Le parler Vaudois est bien une musique, ou bien ?

Écrit par : Calu | 14/10/2007

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