22/10/2007

Jonchées de pétales pour Picasso

 

De retour d’Andalousie je suis pris de court par la bise, la noire, «celle qui est de Berne», et retrouve les trottoirs de mon quartier ourlés de feuilles de platane et de marronnier. Avant la chute de celles de l’érable, on peut en cueillir délicatement des ramures ensoleillées qu’on mettra dans un haut vase rempli de glycérine et d’eau bouillante pour les conserver longtemps.

Mais sait-on assez pourquoi une feuille tombe? Lorsque les jours raccourcissent, elle fabrique de moins en moins d’auxine (c’est son hormone de croissance), ce qui fragilise les cellules à la base du pétiole. Alors elle se détache au gré du vent et des vers de Verlaine.

Et pourquoi a-t-elle changé de couleur? Là encore, c’est un bonheur de se replonger dans les manuels de leçons de choses! Cela relève de la plus simple alchimie: la chlorophylle de la feuille s’étant dégradée depuis l’été, elle révèle une palette d’autres pigments qui préexistaient. Voilà le jaune de la xanthophylle, l’orange (parfois carmin) du carotène, et le violet de l’anthocyane.

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Un testament de poète

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A Viznar, près de Grenade, le paysage montagnard est troué d’un ravin qui sent le thym et le myrte. Les cendres du dramaturge et poète andalou Federico García Lorca, y ont été répandues après son exécution sommaire en 1936, au commencement de la guerre civile.

On y lira lentement son poème du Balcon, en humant la brise tiède et sèche qui tombe des murs blancs:

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Si je meurs, laissez ouvert le balcon.
L’enfant mange des oranges.
(Je le vois depuis mon balcon.)
Le moissonneur fauche le blé.

 

(Je le sens depuis mon balcon.)

 

Si je meurs, laissez ouvert le balcon.


Les fausses fleurs de la bougainvillée

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Les automnes andalous n’exhalent pas des fumets de marrons chauds mais une fragrance de jasmin fané. Les pavés de Grenade, Jaén, Cordoue ou Málaga ne sont pas jonchés de feuilles jaunes mais de fleurs qui n’en sont pas…

Je parle des bractées et glumelles mauves ou roses, parfois blanches de la bougainvillée, cet arbrisseau sarmenteux qui festonne la plupart des façades des rues résidentielles, et forme des grappes où viennent s’enivrer les dernières guêpes de l’année.

Ce sont donc des feuilles et non pas des fleurs que le vent de la mer fait tourbillonner au pied des vieux lampadaires en fonte, et qui excitent la petite chatte tricolore aux yeux de gitane.

 

 

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Le mouton noir de la semaine
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Non, il n’est pas Andalou. Il n’est même pas requérant d’asile en Suisse, ou en Allemagne. Il est très Américain. Il l’est d’ailleurs tellement qu’il désigne le numéro deux actuel des Etats-Unis, le vice-président Dick Cheney!

En apprenant il y a une dizaine de jours que ce grand adversaire politique était son cousin éloigné, au 11e degré, le candidat démocrate à la Maison-Blanche Barack Obama (qui, lui, est un «homme de couleur») a déclaré devant ce mystère de la généalogie: «Toutes les familles ont leur mouton noir; le nôtre, c’est Dick Cheney.»

Curieusement, ils auraient pour ancêtre commun un huguenot français, qui avait fui les persécutions religieuses de Nantes en 1650…

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 L’anniversaire de la semaine
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Ce jeudi 25 octobre est le jour de la naissance de Pablo Ruiz Picasso (1881-1973). Le peintre le plus célèbre du XXe siècle, celui en tout cas dont l’œuvre surabondante et déroutante a alimenté les controverses comme aucun autre artiste ne l'a fait. C’est avec émotion que j’ai visité mardi dernier sa maison natale, à Málaga. Quand l’idée d’un musée consacré à son œuvre dans cette ville fut suggérée en 1954, les édiles demandèrent au maître, exilé par le franquisme, d’envoyer quelques toiles depuis Paris. Il leur expédia dare-dare des camions entiers de tableaux.

Picasso pensait que «pour être cubiste, il faut être né à Málaga». Il est vrai que ce grand port méditerranéen est inondé par une lumière troublante et contrastée. Ses venelles ont des silhouettes anguleuses, des reflets diamantés, des femmes au charme sombre tout à fait stupéfiant.

Commentaires

Klee disait aussi qu'il avait découvert la lumière et la couleur sur les bords de la méditerranée, en Tunisie. On peut aussi constater que, parmi les peintres espagnols, classiques ou modernes, il y a beaucoup d'andalous.

Écrit par : inma | 22/10/2007

Eh oui, chère Inma. L'immense Vélsaquez était un Andalou de Séville. Ainsi que Bartolomé Esteban Murillo qui fonda dans sa ville la célèbre Académie des Beaux-Arts, et mourut à Cadix (Andalousie).

Écrit par : KIM | 22/10/2007

Picasso pensait que «pour être cubiste, il faut être né à Málaga».

La phrade n'est pas complète! Elle continuait par: «... et en avoir bu plus que souvent et encore bien plus que beaucoup ! »

C'est en tronquant les citations qu'on devient tronqueur et c'est en trompant les citoyens qu'on devient... politicien !

Écrit par : Bla-Blo-gueur | 23/10/2007

Cependant, phrase tronquée ou pas, les peintres ont été toujours attirés par le sud, même quand ils sont originaires du nord, et dela depuis Dürer jusqu'à Matisse et Klee, en passant par Van Gogh. Certains ont également aimé les ambiances brumeuses ou crépusculaires, comme Friedrich et Turner ; mais avant le XXe siècle, il était presque indispensable pour les artistes d'avoir accompli au moins un séjour en Italie. Ce n'était pas seulement une affaire de lumière, mais aussi de paysage et d'architecture.

Écrit par : inma | 23/10/2007

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