11/11/2007

Starification du cochon et Jungfrau givrée de bleu

 

 .

Il est paraît-il le plus intelligent des animaux après l’homme, le singe et le dauphin. Sa chair est rose comme celle des humains, son cœur est aussi gros que celui du roi de la création, mais celui-ci le mange quand même, en tout cas dans nos régions ou les familles de tradition chrétienne. Aujourd’hui, dimanche 11 novembre, fête de la Saint-Martin, le cochon constitue un repas rituel, plus païen et jovial que sacré, dans la plupart des cantons romands. En Ajoie, dans le Jura, on le tue et le saigne, on l’équarrit, puis on l’apprête avec des recettes raffinées et symboliques. C’est ce qu’on appelle le bouchoyage.

Après-demain, le caïon (c’est son nom patoisant) triomphera, le pauvre, à Vevey à l’occasion d’une 538e foire dévolue au même saint patron, et le 15 il honorera les fameuses tripes campagnardes de Payerne.

Pour en savoir davantage, je vous recommande d’acheter et lire le numéro spécial que l’hebdomadaire Terre et Nature a consacré exhaustivement au cochon, «star de l’automne». On n’y présente pas que les sauces diverses à laquelle il est accommodé. On y étudie la fluctuation de son prix, les modalités de son élevage, les étapes de sa transformation en saucisse, son utilité en médecine, sa symbolique astrologique chez les Chinois (qui le vénèrent mais le mangent comme nous). Et Puis sa généalogie, ses relations ambiguës avec l’homo sapiens, sa représentation dans la peinture, etc.

Vous saurez encore que la date du 11 novembre (qui ironiquement coïncide avec un armistice qui mit fin à une boucherie humaine épouvantable en 1918, et, en 2007, avec la fin d’un marathon électoral sans précédent en Suisse…) correspondait au Moyen Age «à la césure des travaux des champs, à la pause de l’hiver, à l’échéance du paiement des baux». Après une année de travaux laborieux et de privations, le paysan se farcissait le plus beau de ses cochons.

Un peu comme ses aïeux des Saintes-Ecritures tuaient le veau gras.

 

.

Parlez-vous sanglier?

.

S’intéressant au cousin du cochon, le sanglier – qui aussi son ancêtre! – Marjorie Siegrist, de Terre et Nature, a fait le point sur le vocabulaire imagé qui lui est généralement affecté par les chasseurs:

.

«Sa tête est appelée la hure, le groin boutoir, les yeux mirettes et les oreilles écoutes.

Bauge: cavité sèche, grattée à même le sol où le sanglier se repose.

Souille: mare ou endroit fangeux où il prend son bain de boue.

Boutis: traces qu’il fait dans le sol avec son boutoir.

Muloter: gratter le sol à la recherche de mulots.

Laissées: ses excréments.

Houssures: marques de boue déposées sur les troncs lorsqu’il s’y frotte.»

.


.

Apothéose de Ferdinand Hodler
.

Sursum corda, hauts les cœurs, élevons nos pensées vers nos plus belles cimes qu’une neige inespérée vient de recommencer à honorer – pour faire un peu mentir tous les oiseaux de mauvais augure qui ne jurent que par la fonte inéluctable des glaces…

De mon balcon du quartier de Georgette-Florimont, je perçois entre deux pans de smog lausannois les Alpes de France; leurs sommets et flancs enfin blanchis, et l’esprit hivernal délicieusement prématuré qu’ils confèrent au paysage lémanique. Or c’est un autre massif alpin qui me revient en pensée: celui de l’Aar-Gothard, qui fut pour le peintre bernois Ferdinand Hodler (1853-1918) le plus inspirateur des modèles en relief, le granit suprême. Tandis que notre Léman devait devenir pour lui le creuset des émotions liquides, le laboratoire alchimique de tous les bleus.

Du bleu lémanique, il en a même badigeonné les épaules et la gorge de la Jungfrau.

Du 13 novembre prochain au 3 février 2008, Ferdinand Hodler sera en honneur au Musée d’Orsay, à Paris, pour une importante rétrospective. www.musee-orsay.fr

 

.

 

.

G. Lenotre, père de la petite Histoire
.

Il a été un des auteurs les plus lus de la première moitié du XXe siècle, mais le début du XXIe l’a quasiment oublié. Le nom de G. Lenotre (1855-1935) a même disparu de l’Encyclopédie Larousse et, hormis deux ou trois recueils de ses historiettes encore rééditées en format poche dans les Cahiers Rouges de Grasset, ses œuvres ne sont disponibles que dans les bibliothèques ou alors chez les meilleurs bouquinistes – qui tous le chérissent comme moi.
Son vrai nom était Théodore Gosselin. Journaliste à la Revue des Deux-Mondes et au Figaro, il s’est spécialisé dans l’histoire de la Révolution française, écrivant dans un style narratif, souvent enjoué, admirablement coloré, privilégiant l’anecdote. Ou plutôt la part de l’ombre de la grande Histoire. Dans ses milliers d’articles rassemblés en recueils devenus populaires, ou dans une cinquantaine de livres historiques (toujours méticuleusement, et sérieusement annotés) il s’intéresse plus aux comparses qu’aux grands personnages: qui était la sœur de Robespierre? la femme de Marat? de Jean-Jacques Rousseau? Qui furent les gardiens du petit Louis XVII au Temple?
De la femme du grand Jean-Jacques, Thérèse Levasseur, il a laissé le portrait pittoresque et inédit d’une «épave»*. Celui d’une femme sotte, inculte et surtout cupide qui, une fois veuve, profita de la renommée du philosophe pour gruger les deniers de la jeune République afin d’assouvir les caprices d’un jeune aventurier sans foi ni loi qui fut son amant… Cet épisode, qui ressortit à la petite histoire, éclaire la grande depuis le bas: qui l’eût cru? Les apôtres des Lumières, et même les inquisiteurs les plus féroces de la Terreur pouvaient se laisser aveugler (et abuser) par des escrocs ordinaires. Du menu fretin pour les grands historiens.
.

 

(*Vieilles maisons, vieux papiers, quatrième série, 1930).

Commentaires

Très intéressant, ce "parler sanglier" !
J'ignorais que les "mirettes" venaient de là.
Du coup, l'expression "avoir de belles mirettes" devient beaucoup moins attrayante...
Trois autres mots imagés concernant le sanglier:
---Les "suites" = ses testicules (sans doute parce qu'elles vont toujours par deux).
---Les "soies" = ses poils (le pelage du sanglier est pourtant très rêche, est-ce par ironie ?)
---Le "chaudron" = le nid dans lequel la femelle du sanglier va mettre bas (par allusion à la casserole où l'animal abattu par les chasseurs finira mitonné ?)

Écrit par : Olivier Schopfer | 11/11/2007

Est-ce parce que je suis d'origine genevoise? j'au un fabile tout particuéier pour les tableaux que Hodler a réalisés à Genève, pour son "Chant du lointain" et sa femme en bleu aux gestes gracieux.

Écrit par : Geneu | 12/11/2007

Beaucoup plus célèbres que cette Jungrfau de Hodeler est L'Eiger, le Mönch et la Jungrfrau au Clair de lune"... Peint en en 1900, il séjournait alors à la Schnyddige Platte

Écrit par : Xenius | 12/11/2007

Les commentaires sont fermés.