13/11/2007

Les taupinières d'Olivier Français

 

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Sur les affiches électorales, c’est le grand svelte aux sourcils circonflexes. Olivier Français, que le peuple vaudois vient de porter au Conseil national, s’apprête non sans appréhension à découvrir Berne, une ville qu’il connaît mal, tout en restant le patron des Travaux publics d’une ville qu’il connaît bien. Et c’est fou comme Lausanne lui est devenu familière après sept années de magistrature! C’est beaucoup grâce à lui qu’elle est désormais un des chantiers nationaux les plus importants de ce début de siècle, et il ne le cache pas. Mais il vous la fait visiter comme un petit jardin personnel, avec une fierté rentrée, une gourmandise enfantine: «C’est bien, je vois que le trottoir de Rovéréaz a été élargi. Celui de l’avenue de Béthusy existe enfin, je l’avais réclamé.» Puis, son Audi grise débouchant sur Saint-François: «Ce sera la place de tous nos projets à venir.» Car autant Olivier Français peut bichonner ce qui ressemble à des plates-bandes de pépinière, autant il s’enflamme pour les chantiers grandioses - le M2, Tridel, projets de funiculaire, etc. En gros, il préfère le long terme au petit: «J’appartiens à une famille d’industriels français, ma vocation d’ingénieur me fait pencher pour les grandes options urbanistiques. Je sais, quand je parle, je suis un peu brouillon, mais mes idées sont claires.»

Ironie des destins croisés: son père avait eu des fonctions importantes dans la Compagnie générale d'électricité (CGE) avant qu’elle ne se fonde dans la société Alstom, celle-là même qui construit le métro M2. «Les négociations n’en sont pas moins serrées, bien que courtoises: notre métro a des atouts intéressants, mais nous restons des Suisses.» Lui, l’est devenu, même s’il reste attaché aux origines alsaciennes de son père, à celles de sa mère, issue d’une famille de notables grenoblois très gaullistes.
C’est dans le Jura français qu’il fera ses écoles. «Je n’étais pas un bon élève». Le bac obtenu de haute lutte, il opte pour le génie civil, s’initie au dessin technique à Paris puis, lors d’un séjour en Romandie, passe un examen d’entrée à l’EPFL où il se spécialise dans les sciences de la terre, la géotechnique. Il y fait de la recherche appliquée auprès du prof. Edouard Recordon, le père d’un certain Luc…
Quartier de Montchoisi, puis Chailly. Le jeune diplômé s’immisce peu à peu dans le tissu social vaudois, s’y affirmant comme un ingénieur expert en situation de catastrophe naturelle (Veytaux en 1995, le Pissot, à Villeneuve, en 1996), puis comme chef d’entreprise. Le démon de la politique le happera au cap des années nonante et ne le lâchera plus.

Tout est devenu politique chez Olivier Français: sa stature élancée, toujours droite dans ses mocassins, sa cravate de soie brodée d’une souris (réplique au fameux chat du syndic Brélaz), et jusqu’à la façon d’attaquer la choucroute de Madame Pelet, en son stamm de Vers-chez-les-Blanc: il mange vite mais avec méthode – contrôlant sa nervosité. Et toutes les conversations aboutissent inéluctablement sur le terrain politique. Au chapitre des sports, il se montre intarissable, car il s’est voué à plusieurs disciplines : handball, équitation, voile, varappe jusqu’aux 4000, ski… Le ski surtout. Or dans le réseau neutre, mais complexement enchevêtré des ski-clubs, il fait souvent des rencontres providentielles pour dénouer une question administrative ou nourrir des projets qui ressortissent à son dicastère. Oui, même le ski le ramène à la politique.

Et la culture? Olivier Français devient mystérieusement modeste et peu disert sur ce chapitre, évoquant de lointaines lectures de jeunesse. Et pourtant même ses adversaires politiques affirment que de tous les municipaux lausannois il est le plus farouche défenseur des musées, des projets audacieux (telle que l’animation des arches du Grand-Pont), de l’opéra…

 «C’est un instinctif, dit un socialiste. Mais il a certainement la passion des arts.»

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BIO

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1955. Naît à Metz, en Lorraine, d’un père originaire de l’Alsace, d’une mère grenobloise. Ils ont cinq enfants.

1976. Débarque à Lausanne, après une scolarité à Dole, dans le Jura français.

1981. Diplômé de l’EPFL. C’est aussi l’année de son mariage. Caroline naîtra en 1984, Nicolas en 1985, Rémi en 1989. Les trois sont passionnés de sport, comme leurs parents.

1994. Entre au Conseil communal de Lausanne, six ans après avoir adhéré au Parti radical.

1998. Entre au Grand Conseil.

2000. Elu à la Municipalité de Lausanne, il se voit confier la direction des Travaux publics.

2007. Elu au Conseil national.

12:45 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0)

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