25/11/2007

Des roses blanches de Noël pour Swift et Schubert

 

Le premier jour de l’Avent, c’est samedi prochain. Mais voilà déjà plusieurs semaines que les commerçants décorent leurs vitrines aux couleurs de son calendrier. En mélangeant les symboles: traîneaux de Père Noël tirés par le bœuf et l’âne, groupes de rennes soufflant sur le Divin Enfant, sapins Nordmann ruisselants de bimbeloterie népalaise, de talismans chamaniques sénégalais, de grigris incas…

Les couleurs dominantes ne sont plus le vert et le rouge, mais l’argent et l’or. Pour ne pas se sentir désassorties, les plus jeunes badaudes s’habillent en «rappeuses dorées» - T-shirt hamburger et legging gris métal, veste à capuche chromée, bracelets à profusion et sac Clockhouse. Les brunes à peau mate la «joueront oriental» en se poudrant de safran; les blondes aux yeux bleus la «joueront poupée» en se faisant la bouche très rouge dans un visage de porcelaine blanche. Pour elles, la mode est au teint chlorotique.

Ce qui les rapproche de l’hellébore, qu’on appelle aussi rose de Noël, dont la corolle blanche tire au verdâtres et dégage un parfum désagréable qui ne plaît qu’aux fourmis, car elle facilite la dissémination. L’hellébore est pourtant si gracieux dans sa fragilité qu’on le met en pots. Son évanescence diaphane évoque la tristesse des princesses délaissées d’autrefois.

 

.

«Coiffer sainte Catherine»

.

Ce dimanche 25 novembre est justement le jour dédié à Catherine d’Alexandrie, vierge et martyre, patronne des filles à marier… (Mais aussi des barbiers, des charrons, des cordiers, des plombiers!) Dans l’ancien temps, les jeunes femmes encore célibataires à 25 ans, couronnaient d’une guirlande de roses la statue de la sainte dans les églises, et lui adressaient cette prière oubliée:

.

- Aide-moi, ne me laissez pas mourir célibataire. Un mari, un bon, mais plutôt un que pas du tout.
.

De ce rituel découlait l’expression «coiffer sainte Catherine», soit franchir son premier quart de siècle sans avoir trouvé d’époux.

 

.


.

Le chant de la sœur de Moïse

.

Le même soir à 20 h, l’excellent Chœur d’hommes du Brassus, dirigé par Jean-François Monot, et le Chœur Pro Arte, dirigé par François Margot, exécutent des œuvres de Jean-Jacques Rousseau et de Gustave Doret, précédées par deux pièces magnifiques de Franz Schubert, très rarement jouées: Rosamunde, et surtout Mirjam Siegesgesang – soit le chant de triomphe de Myriam.

Qui est cette Myriam biblique, inspirée par un poème de Franz Grillparzer, et qui sera incarnée à la Salle Paderewski par la voix du soprano Charlotte Müller Perrier? La sœur du patriarche Moïse en personne, après que le peuple des Hébreux eut vaincu miraculeusement l'obstacle de la mer Rouge.

.

Le raout littéraire de la semaine
.

Ce mardi 27 novembre, les Editions Xenia à Vevey, organisent dès 17h. une tea party pour la parution du Candidat, un texte inédit de Jean Cau, préfacé par Alain Delon… Pour rappel, Jean Cau (1925 - 1993), avait été le secrétaire de Jean-Paul Sartre, écrit des romans (les Paroissiens, 1958 ; la Pitié de Dieu, 1961 ; Nouvelles du paradis, 1980 ; les Culottes courtes, 1988). Il se campait volontiers comme un critique de la «décadence du monde occidental» (Lettre ouverte aux têtes de chiens occidentaux, 1967). Des exemplaires du Candidat seront disponibles au siège de l’éditeur, rue de la Madeleine 17. (Tel 021 921 05 07)

.


.

L’inventeur de l’humour noir
.

Si l’humour noir – incompréhensible en France jusqu’au XIXe siècle – est un produit d’outre-Manche, il n’est pas de facture anglaise mais irlandaise. Son inventeur Jonathan Swift (1667-1745), dont on fête le 340e anniversaire ce vendredi 30 novembre, était un pasteur protestant de Dublin. Et il en aura fallu du caractère, de l’imagination, au père de Gulliver, pour s’affirmer en écrivain-philosophe parpaillot dans une terre viscéralement catholique. Les voyages de son héros au pays des Lilliputiens et des Houyhnnhnms (monde des chevaux) ont eu pourtant un succès immédiat. En dehors de ce chef-d’œuvre de satire fine rehaussée de fantastique et d’allégorie féroce, son esprit coruscant rayonne notamment dans ses Introductions aux domestiques, ou dans sa Méditation sur un manche à balai:

.

 

- Mais un balai, me direz-vous peut-être, représente un arbre se tenant sur la tête; et s'il vous plaît, comment définirez-vous l'homme, sinon une créature à l'envers, ses instincts animaux dominant perpétuellement sa raison, sa tête là où ses talons devraient se trouver, se vautrant par terre?

.

 

Voici quelques autres maximes tirées de la sagesse swiftienne:
.

 

- Nous avons tout juste assez de religion pour nous haïr, mais pas assez pour nous aimer les uns les autres.

 

- Le bœuf est la reine des viandes; le bœuf possède, incluse en lui, la quintessence de la perdrix, de la caille, de la venaison, du faisan, du plum-pudding et de la crème aux œufs.

 

- La satire est une sorte de miroir dans lequel les spectateurs découvrent généralement le visage de tout le monde, mais pas le leur.

 

- A condition de se poster aux bons endroits, le touriste est plus facile à exterminer que la vipère.

 

- Celui qui observe en marchant dans les rues, verra, je crois, les visages les plus gais dans les voitures de deuil.

Commentaires

Un texte de Jonathan Swift particulièrement représentatif de son humour noir s'appelle en anglais "A Modest Proposal". Ce texte a été écrit en 1729.
Afin d'éviter que les enfants de parents pauvres en Irelande ne deviennent une charge non seulement pour leurs parents mais aussi pour leur pays, J.Swift fait la proposition suivante: le corps de tous ces enfants pourrait être utilisé comme nourriture "bouillie, rôtie, en fricassée ou en ragoût". Et tout ça dans une argumentation sans faille !

Écrit par : Olivier Schopfer | 25/11/2007

Il semble qu'il y ait deux sortes d'(h)ellébore: la blanche appelée rose de Noël et la fétide à fleurs verdâtres bordées de rouge. Elle passait pour soigner la folie: "Ma commère, il vous faut purger - Avec quatre grains d'ellébore" (Le lièvre à la tortue, dans la fable).

Écrit par : Vanille-Mocca | 25/11/2007

Les héros (et les doubles) de John Irving séjournent volontiers à la pension Grillparzer de Vienne. Existe-t-elle vraiment ou vaut-il mieux descendre au Sacher (pour la tourte) ?
Il me semble que notre hôte avait consacré un billet à l'ellébore, il y a quelques mois (ou années).

Écrit par : Rabbit | 26/11/2007

C'est aussi à Swift que l'on doit le titre d'un des plus grands romans américains: The Confederacy of Dunces, ou La conjuration des imbéciles. La phrase complète est la suivante: "When a true genius appears in the world, you may know him by this sign, that the dunces are all in confederacy against him." Il parlait d'expérience.

Écrit par : david laufer | 26/11/2007

"Il me semble que notre hôte avait consacré un billet à l'ellébore, il y a quelques mois (ou années)."
Et aussi sur Swift...

Écrit par : Géo | 26/11/2007

Géo, vous êtes plus que la mémoire de ce blog, vous en êtes la conscience claire.
Vous allez voir que notre hôte va saluer votre retour, parce qu'il a -comme nous tous d'ailleurs et sans vraiment savoir pourquoi - le sentiment que vous y êtes indispensable.
Vous allez passer les fêtes à NKC ou à DKR ?

Écrit par : Rabbit | 27/11/2007

Les commentaires sont fermés.