27/11/2007

Jean-Jacques Gauer, doge du Lausanne-Palace

 

Jean-Jacques Gauer n’a pas attendu Luminis pour festonner son établissement d’une parure de Noël. Dès son accession officielle à la direction du Lausanne Palace, ce réinventeur de palais enchantés a créé la surprise au centre-ville en faisant emballer le somptueux bâtiment de 1915 d’une résille de lampions rouges et blancs. En novembre 2002, ses décorateurs ont ajouté audacieusement sur la façade une gigantesque faveur chatoyante, délicieusement kitsch, «tape-à-l’œil mais juste ce qu’il faut», aux dires du badaud vaudois moyen, un peu bousculé dans ses ataviques austérités. 
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L’idée fit mouche, au grand plaisir de Gauer, qui souhaitait que le cœur de sa ville d’adoption s’égaie pour les fêtes, à l’instar de Gstaad, ou de Flims, aux Grisons. «Les autres commerçants du quartier du Grand Chêne s’y sont mis à leur tour; suivis par plusieurs, au point que la Municipalité nous a exprimé sa gratitude en réduisant un tantinet (et la première fois) notre facture d’électricité. Mais cette année, pour changer, la façade de l’hôtel est tendue de rideaux lumineux et de couronnes torsadées. Après trois ans de loyaux services, notre gros ruban est à vendre!»
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Tel est l’esprit vif  (scintillant lui aussi) de cet enfant de prestigieux hôteliers bernois, qui lui-même a codirigé le Schweizerhof familial durant 17 ans avant de renflouer le cinq-étoiles lausannois en 1996 pour en tripler le chiffre d’affaires en une décennie. Avec un même sérieux,  mâtiné de badinerie, il accorde de l’importance à des détails de décoration éphémère. Parce qu’elle est bien plus qu’un signe extérieur d’opulence : un lien moral, quasiment viscéral avec Lausanne. «C’est une ville qui a pour atours principaux non seulement  le Léman, qui m’est très cher depuis mes années de formation à l’Ecole hôtelière, mais elle est latine. Elle a le charme, la douceur de vivre des pays où l’on n’est pas obligé de se prendre au sérieux, ou, comme en Suisse alémanique, d’entasser des tomates carrées dans des cageots.»
Lors de ses fréquents voyages à l’étranger, en tant que président d’un réseau tentaculaire d’hôtels de luxe, Gauer affriande sa clientèle étrangère en faisant valoir ce génie latin et solaire qui caractérise la capitale vaudoise. Il vante le panorama lémanique, mais aussi les grandes écoles, l’excellence des hôpitaux, la proximité de l’aéroport de Genève… « Je leur dis aussi que si Genève est une cité où l’on apprécie de vivre durant trois ou quatre ans, Lausanne, elle, est une ville où l’on reste.»
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Onze ans après qu’il eut repris le timon du Lausanne-Palace, pour le déséchouer non seulement d’un marasme financier, d’une désorientation économique mais de ce qu’il appelle une «difficile situation humaine», Jean-Jacques Gauer a doublé le nombre de ses employés. Car il a fallu entretemps embaucher du personnel spécialisé : 230 âmes (contre 96 en 1996) ne sont pas de trop pour assurer le service de six restaurants, un centre de bien-être cinq-étoiles – lui aussi pionnier en Romandie, et sur le point d’être modernisé. Et la gestion d’ établissements annexes tels que l’Hôtel des Trois-Couronnes, à Vevey ou, dès juin 2008, celui du Château d’Ouchy, loué à la Loterie romande – «ce sera un établissement de charme, avec bar lounge, piscine et transats».
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Gauer prend à tâche d’administrer toute cette famille en la ralliant, dit-il, à une même vision. Après avoir eu une expérience regrettable avec des clandestins équatoriens, il s’efforce d’intégrer du personnel étranger qualifié, notamment pour un bar à sushis qui s’est ouvert dernièrement: mais leur obtenir un permis en bonne et due forme est parfois une gageure. «Je ne vais quand même pas confier la gastronomie japonaise à un cuisinier uranais!»
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Vous saurez enfin que  Jean-Jacques Gauer est lui-même un gastronome. Il aime mitonner pour ses amis des rougets grillés ou un  beau gigot d’agneau. Un épicurien qui apprécie de joyeuses libations avec son client fidèle et ami, Jacques Dutronc. «Lorsque Jacques débarque à Lausanne, il dit que c’est pour une cure d’intoxication… »
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BIO
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1953. Naît à Berne dans une famille de cinq enfants, une dynastie d’«aubergistes» qui gère le prestigieux Schweizerhof de la capitale fédérale depuis 1937. Perd son père à 14 ans.

 

1972. Entre à l’Ecole hôtelière de Lausanne, après une scolarité au Rosey, à Rolle, et une matu à Neuchâtel. Stages dans divers pays.

 

1978. Se marie. Il aura «trois fils» : l’aîné a fait HEC, le puîné se tâte dans l’hôtellerie, le cadet est un chien – un labrador de 14 ans…

 

1990. Quitte Berne, où depuis 17 ans il coadministre l’entreprise familiale du Schweizerhof, pour s’établir en Romandie et y restructurer le Lausanne-Palace. La même année, il devient président de The Leading Hotels of the World. Depuis, il est réélu régulièrement à ce poste qui chapeaute un réseau de 420 hôtels luxueux répartis dans le monde.

 

2007. Le Lausanne-Palace & Spa a triplé son chiffre d’affaires, doublé le nombre de ses employés. Trois après qu’il a repris la gestion des Trois-Couronnes, à Vevey, il obtient le droit d’exploiter l’Hôtel du Château d’Ouchy dès juin 2008.

09:53 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Je crois qu'il ne faut pas exagérer tout ces hôtels ne sont pas rentables. C'est connu!
Ils permettent d'abord à leurs propriètaire (Mme Ute Funke pour le Lausanne Palace) de capitaliser sur l'investissement et de payer moins d'impôts.
Tout le reste n'est que du marketing. Ce qui ne veut pas dire que M. Gauer avec son équipe n'est pas compétent et que le Lausanne Palace est un Hôtel magnifique!

C'est la même chose pour le Beau-Rivage à Lausanne! Avec la Fondation Sandoz.

Beaucoup de propriétaires d'hôtel en Suisse se défoncent beaucoup plus au travail avec moins de moyens et moins de résultats bien sûr!

A voir:

http://largeur.com/expArt.asp?artID=1694

Écrit par : Leutenegger Marc | 27/11/2007

Bonjour,

serait-il possible de demander à Mr Jean-Jacques Gauer si il est le même Jean-Jacques Gauer musicien ayant participé à l'enregistrement d'un album du groupe suisse HAND "Everybody's Own" ??

si cela est le cas merci de lui transmettre mon mail, j'ai de nombreuses questions à lui poser.

cordialement

Quentin
email: philspector@laposte.net

Écrit par : quentin | 29/06/2010

En 1972, il avait 16 ans et plus probablement incarcéré au Rosey qu'en train de goûter aux joies de l'acide folk avec des potes musicos.

Écrit par : Rabbit | 29/06/2010

En 1972, il avait 16 ans et plus probablement incarcéré au Rosey qu'en train de goûter aux joies de l'acide folk avec des potes musicos.

Écrit par : Rabbit | 29/06/2010

"C’est une ville qui a pour atours principaux non seulement le Léman, qui m’est très cher depuis mes années de formation à l’Ecole hôtelière, mais elle est latine."
Ahem. Lausannne, latine ? Ich kann nur lachen. Se donne de la peine à suivre le concert "multiculturel" et en a, disons. Aussi latine que le conservateur du Musée de Vidy, avec son nom en éternuement.

Écrit par : Géo | 29/06/2010

Genève aussi est une ville latine. Pourtant, quand il m'arrive de prendre le bus n° 3 entre Cornavin et le Petit-Sacconnex, je suis le seul Blanc de chez Bonux.

Écrit par : Rabbit | 29/06/2010

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