28/11/2007

Virelangues et autres jeux de mots

Carte blanche à Olivier Schopfer, intarissable sur la gymnastique des mots.

 

Un «virelangue» est une phrase qui se caractérise par sa difficulté de prononciation ou de compréhension orale.
Le mot est une traduction littérale de l’anglais «tongue twister» : «qui tord la langue» (cf le graphique).
On peut également utiliser le mot «fourchelangue», formé d’après l’expression «la langue m’a fourché» (Claude Hagège, «L’Homme de paroles», Éditions Fayard, 1985).
Ou encore le terme imagé «trompe-oreilles» pour parler d’une phrase difficile à comprendre.
Attention : ne pas confondre «virelangue» avec «virelai», qui désigne un poème du Moyen Âge.
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Deux virelangues bien connus:
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1. «Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches? Archisèches.»
2. «Combien coûtent ces six saucissons-ci ? Ces six saucissons-ci sont à six sous.»
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Les virelangues peuvent servir d’exercices de phonétique dans l’apprentissage du français comme langue étrangère ou dans des cours de diction pour les gens qui désirent améliorer leur prononciation.
Les professeurs de théâtre font aussi souvent répéter des virelangues à leurs élèves au début de leurs cours pour les détendre.
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Le virelangue est une forme de jeu de mots qui s’appuie sur les sonorités : répétition d’une consonne
(allitération) ou d’une voyelle (assonance).
Ce jeu de mots a inspiré de véritables histoires que l’on peut raconter à ses amis pour épater la galerie.
Connaissez-vous celle de Kiki la cocotte?
Et répétez après moi, s’il vous plaît:
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« Kiki était cocotte, et Koko concasseur de cacao.
Kiki la cocotte aimait beaucoup Koko le concasseur de cacao.
Mais Kiki la cocotte convoitait un coquet caraco kaki à col de caracul.
Koko le concasseur de cacao ne pouvait offrir à Kiki la cocotte qu’un coquet caraco kaki, mais sans col de caracul.
Un marquis caracolant, caduque et cacochyme, conquis par les coquins quinquets de Kiki la cocotte, offrit à Kiki la cocotte un coquet caraco kaki à col de caracul.
Quand Koko le concasseur de cacao l’apprit, il conclut
:je clos mon caquet, car je suis cocu!»
(Le caracul est une variété de mouton originaire d'Asie centrale, dont les agneaux nouveau-nés ont une toison bouclée. Le mot vient de la ville de Karakoul. Il peut aussi s'écrire «karakul».)
                       
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Il existe une grande variété de jeux de mots.
En voici quelques-uns (la liste n’est de loin pas
exhaustive):
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1. L’anacyclique: un mot qui peut être lu de droite à gauche avec un sens différent.
---« Casser » : « Ressac ».
---« Recaler » : « Relacer ».
---« Tracé » : « Écart ».
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2. Le palindrome : un mot qui peut être lu de droite à gauche, mais qui garde son sens initial.
---« Kayak ».
---« Radar ».
---« Rotor ».
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3. L’anagramme : on déplace les lettres d’un mot pour forger un nouveau mot.
---« Baignade » : « Badinage ».
---« Imaginer » : « Migraine ».
---« Opéra » : « Apéro ».
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4. La contrepèterie : on décale les sons d’une phrase pour créer un double sens (cela donne la plupart du temps une phrase à tendance subversive et humoristique).
---« Glisser dans la piscine » : « Pisser dans la glycine ».
---« Femme folle à la messe » : « Femme molle à la fesse » (phrase tirée de Rabelais)
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5. Le « shiritori »: jeu de mots japonais.
Quelqu’un dit un mot, et la personne suivante doit trouver un mot qui commence avec le même son que la fin du mot précédent.
Exemple:
« Délit » = « Lithographie » = « Firmament », etc.
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6. Le jeu du « cadavre exquis » : différentes personnes ajoutent des mots au fur et à mesure sur une feuille de papier, mais sans voir ceux qui ont déjà été écrits. On aboutit généralement à une phrase complètement surréaliste et pleine de poésie.
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OLIVIER SCHOPFER

 

27/11/2007

Jean-Jacques Gauer, doge du Lausanne-Palace

 

Jean-Jacques Gauer n’a pas attendu Luminis pour festonner son établissement d’une parure de Noël. Dès son accession officielle à la direction du Lausanne Palace, ce réinventeur de palais enchantés a créé la surprise au centre-ville en faisant emballer le somptueux bâtiment de 1915 d’une résille de lampions rouges et blancs. En novembre 2002, ses décorateurs ont ajouté audacieusement sur la façade une gigantesque faveur chatoyante, délicieusement kitsch, «tape-à-l’œil mais juste ce qu’il faut», aux dires du badaud vaudois moyen, un peu bousculé dans ses ataviques austérités. 
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L’idée fit mouche, au grand plaisir de Gauer, qui souhaitait que le cœur de sa ville d’adoption s’égaie pour les fêtes, à l’instar de Gstaad, ou de Flims, aux Grisons. «Les autres commerçants du quartier du Grand Chêne s’y sont mis à leur tour; suivis par plusieurs, au point que la Municipalité nous a exprimé sa gratitude en réduisant un tantinet (et la première fois) notre facture d’électricité. Mais cette année, pour changer, la façade de l’hôtel est tendue de rideaux lumineux et de couronnes torsadées. Après trois ans de loyaux services, notre gros ruban est à vendre!»
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Tel est l’esprit vif  (scintillant lui aussi) de cet enfant de prestigieux hôteliers bernois, qui lui-même a codirigé le Schweizerhof familial durant 17 ans avant de renflouer le cinq-étoiles lausannois en 1996 pour en tripler le chiffre d’affaires en une décennie. Avec un même sérieux,  mâtiné de badinerie, il accorde de l’importance à des détails de décoration éphémère. Parce qu’elle est bien plus qu’un signe extérieur d’opulence : un lien moral, quasiment viscéral avec Lausanne. «C’est une ville qui a pour atours principaux non seulement  le Léman, qui m’est très cher depuis mes années de formation à l’Ecole hôtelière, mais elle est latine. Elle a le charme, la douceur de vivre des pays où l’on n’est pas obligé de se prendre au sérieux, ou, comme en Suisse alémanique, d’entasser des tomates carrées dans des cageots.»
Lors de ses fréquents voyages à l’étranger, en tant que président d’un réseau tentaculaire d’hôtels de luxe, Gauer affriande sa clientèle étrangère en faisant valoir ce génie latin et solaire qui caractérise la capitale vaudoise. Il vante le panorama lémanique, mais aussi les grandes écoles, l’excellence des hôpitaux, la proximité de l’aéroport de Genève… « Je leur dis aussi que si Genève est une cité où l’on apprécie de vivre durant trois ou quatre ans, Lausanne, elle, est une ville où l’on reste.»
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Onze ans après qu’il eut repris le timon du Lausanne-Palace, pour le déséchouer non seulement d’un marasme financier, d’une désorientation économique mais de ce qu’il appelle une «difficile situation humaine», Jean-Jacques Gauer a doublé le nombre de ses employés. Car il a fallu entretemps embaucher du personnel spécialisé : 230 âmes (contre 96 en 1996) ne sont pas de trop pour assurer le service de six restaurants, un centre de bien-être cinq-étoiles – lui aussi pionnier en Romandie, et sur le point d’être modernisé. Et la gestion d’ établissements annexes tels que l’Hôtel des Trois-Couronnes, à Vevey ou, dès juin 2008, celui du Château d’Ouchy, loué à la Loterie romande – «ce sera un établissement de charme, avec bar lounge, piscine et transats».
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Gauer prend à tâche d’administrer toute cette famille en la ralliant, dit-il, à une même vision. Après avoir eu une expérience regrettable avec des clandestins équatoriens, il s’efforce d’intégrer du personnel étranger qualifié, notamment pour un bar à sushis qui s’est ouvert dernièrement: mais leur obtenir un permis en bonne et due forme est parfois une gageure. «Je ne vais quand même pas confier la gastronomie japonaise à un cuisinier uranais!»
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Vous saurez enfin que  Jean-Jacques Gauer est lui-même un gastronome. Il aime mitonner pour ses amis des rougets grillés ou un  beau gigot d’agneau. Un épicurien qui apprécie de joyeuses libations avec son client fidèle et ami, Jacques Dutronc. «Lorsque Jacques débarque à Lausanne, il dit que c’est pour une cure d’intoxication… »
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BIO
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1953. Naît à Berne dans une famille de cinq enfants, une dynastie d’«aubergistes» qui gère le prestigieux Schweizerhof de la capitale fédérale depuis 1937. Perd son père à 14 ans.

 

1972. Entre à l’Ecole hôtelière de Lausanne, après une scolarité au Rosey, à Rolle, et une matu à Neuchâtel. Stages dans divers pays.

 

1978. Se marie. Il aura «trois fils» : l’aîné a fait HEC, le puîné se tâte dans l’hôtellerie, le cadet est un chien – un labrador de 14 ans…

 

1990. Quitte Berne, où depuis 17 ans il coadministre l’entreprise familiale du Schweizerhof, pour s’établir en Romandie et y restructurer le Lausanne-Palace. La même année, il devient président de The Leading Hotels of the World. Depuis, il est réélu régulièrement à ce poste qui chapeaute un réseau de 420 hôtels luxueux répartis dans le monde.

 

2007. Le Lausanne-Palace & Spa a triplé son chiffre d’affaires, doublé le nombre de ses employés. Trois après qu’il a repris la gestion des Trois-Couronnes, à Vevey, il obtient le droit d’exploiter l’Hôtel du Château d’Ouchy dès juin 2008.

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25/11/2007

Des roses blanches de Noël pour Swift et Schubert

 

Le premier jour de l’Avent, c’est samedi prochain. Mais voilà déjà plusieurs semaines que les commerçants décorent leurs vitrines aux couleurs de son calendrier. En mélangeant les symboles: traîneaux de Père Noël tirés par le bœuf et l’âne, groupes de rennes soufflant sur le Divin Enfant, sapins Nordmann ruisselants de bimbeloterie népalaise, de talismans chamaniques sénégalais, de grigris incas…

Les couleurs dominantes ne sont plus le vert et le rouge, mais l’argent et l’or. Pour ne pas se sentir désassorties, les plus jeunes badaudes s’habillent en «rappeuses dorées» - T-shirt hamburger et legging gris métal, veste à capuche chromée, bracelets à profusion et sac Clockhouse. Les brunes à peau mate la «joueront oriental» en se poudrant de safran; les blondes aux yeux bleus la «joueront poupée» en se faisant la bouche très rouge dans un visage de porcelaine blanche. Pour elles, la mode est au teint chlorotique.

Ce qui les rapproche de l’hellébore, qu’on appelle aussi rose de Noël, dont la corolle blanche tire au verdâtres et dégage un parfum désagréable qui ne plaît qu’aux fourmis, car elle facilite la dissémination. L’hellébore est pourtant si gracieux dans sa fragilité qu’on le met en pots. Son évanescence diaphane évoque la tristesse des princesses délaissées d’autrefois.

 

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«Coiffer sainte Catherine»

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Ce dimanche 25 novembre est justement le jour dédié à Catherine d’Alexandrie, vierge et martyre, patronne des filles à marier… (Mais aussi des barbiers, des charrons, des cordiers, des plombiers!) Dans l’ancien temps, les jeunes femmes encore célibataires à 25 ans, couronnaient d’une guirlande de roses la statue de la sainte dans les églises, et lui adressaient cette prière oubliée:

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- Aide-moi, ne me laissez pas mourir célibataire. Un mari, un bon, mais plutôt un que pas du tout.
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De ce rituel découlait l’expression «coiffer sainte Catherine», soit franchir son premier quart de siècle sans avoir trouvé d’époux.

 

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Le chant de la sœur de Moïse

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Le même soir à 20 h, l’excellent Chœur d’hommes du Brassus, dirigé par Jean-François Monot, et le Chœur Pro Arte, dirigé par François Margot, exécutent des œuvres de Jean-Jacques Rousseau et de Gustave Doret, précédées par deux pièces magnifiques de Franz Schubert, très rarement jouées: Rosamunde, et surtout Mirjam Siegesgesang – soit le chant de triomphe de Myriam.

Qui est cette Myriam biblique, inspirée par un poème de Franz Grillparzer, et qui sera incarnée à la Salle Paderewski par la voix du soprano Charlotte Müller Perrier? La sœur du patriarche Moïse en personne, après que le peuple des Hébreux eut vaincu miraculeusement l'obstacle de la mer Rouge.

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Le raout littéraire de la semaine
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Ce mardi 27 novembre, les Editions Xenia à Vevey, organisent dès 17h. une tea party pour la parution du Candidat, un texte inédit de Jean Cau, préfacé par Alain Delon… Pour rappel, Jean Cau (1925 - 1993), avait été le secrétaire de Jean-Paul Sartre, écrit des romans (les Paroissiens, 1958 ; la Pitié de Dieu, 1961 ; Nouvelles du paradis, 1980 ; les Culottes courtes, 1988). Il se campait volontiers comme un critique de la «décadence du monde occidental» (Lettre ouverte aux têtes de chiens occidentaux, 1967). Des exemplaires du Candidat seront disponibles au siège de l’éditeur, rue de la Madeleine 17. (Tel 021 921 05 07)

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L’inventeur de l’humour noir
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Si l’humour noir – incompréhensible en France jusqu’au XIXe siècle – est un produit d’outre-Manche, il n’est pas de facture anglaise mais irlandaise. Son inventeur Jonathan Swift (1667-1745), dont on fête le 340e anniversaire ce vendredi 30 novembre, était un pasteur protestant de Dublin. Et il en aura fallu du caractère, de l’imagination, au père de Gulliver, pour s’affirmer en écrivain-philosophe parpaillot dans une terre viscéralement catholique. Les voyages de son héros au pays des Lilliputiens et des Houyhnnhnms (monde des chevaux) ont eu pourtant un succès immédiat. En dehors de ce chef-d’œuvre de satire fine rehaussée de fantastique et d’allégorie féroce, son esprit coruscant rayonne notamment dans ses Introductions aux domestiques, ou dans sa Méditation sur un manche à balai:

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- Mais un balai, me direz-vous peut-être, représente un arbre se tenant sur la tête; et s'il vous plaît, comment définirez-vous l'homme, sinon une créature à l'envers, ses instincts animaux dominant perpétuellement sa raison, sa tête là où ses talons devraient se trouver, se vautrant par terre?

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Voici quelques autres maximes tirées de la sagesse swiftienne:
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- Nous avons tout juste assez de religion pour nous haïr, mais pas assez pour nous aimer les uns les autres.

 

- Le bœuf est la reine des viandes; le bœuf possède, incluse en lui, la quintessence de la perdrix, de la caille, de la venaison, du faisan, du plum-pudding et de la crème aux œufs.

 

- La satire est une sorte de miroir dans lequel les spectateurs découvrent généralement le visage de tout le monde, mais pas le leur.

 

- A condition de se poster aux bons endroits, le touriste est plus facile à exterminer que la vipère.

 

- Celui qui observe en marchant dans les rues, verra, je crois, les visages les plus gais dans les voitures de deuil.