23/12/2007

Des danses accompagnées de flûtes pour Papatte, les huîtres et Charlot

 

Nous entrons dans la période la plus chamarrée du calendrier liturgique, la plus pailletée, la plus aromatique: myrrhe et encens, vin chaud, cannelle, anis étoilé, etc. Demain, 24 décembre, s’entrouvrent les portes en carton triomphales de l’Avent, le point culminant de la semaine (pas son «point d’orgue», s.v.p.; à la rigueur son «pic») étant bien sûr le mardi 25. Les lumières et les parfums de la Nativité s’intensifieront encore, jusqu’à l’écœurement de certains, dont votre serviteur. Mais les chorals de Luther ou Bach, les cantiques, les chants populaires qui chaque hiver les accompagnent m’émeuvent jusqu’aux larmes: quand les choristes tristounets de l’Armée du Salut entonnent Blanc, plus blanc que neige au pied de la rue de Bourg, mon cœur chavire.

Même les X Mas carols américains dégagent un émerveillement qui nous fait oublier quelques instants tous les dégâts incommensurables que le gouvernement Bush a perpétrés dans l’humanité en six ans. En furetant sur Internet, j’ai d’ailleurs trouvé l’étymologie du mot anglo-saxon carol. J’ignorais qu’il provenait d’un jargon chorégraphique provençal, ou même qu’il aurait une origine hellénique:

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«Le mot "carol" vient du grec choraulien, qui signifie la danse (choros) et jouer de la flûte (aulien). En d'autres mots, le carol était une danse accompagnée de flûtes. Dans l'Antiquité, ce type de danse jouissait d'une grande popularité chez les Grecs et les Romains. Au Moyen Âge cependant, en Angleterre et en France, le carol consistait plutôt en une danse accompagnée de chants. Dans le Midi de la France, par exemple, "la carole" était une danse exécutée sous forme de ronde. Avec le temps, le mot "carol " changea de signification, ne désignant plus que certains types de chants. La tradition anglo-saxonne a favorisé les rassemblements de petits chœurs sur la place publique qui chantent.»

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Le concert de ce dimanche

 

- Occasion de se replonger dans une ferveur ancienne, plus nostalgique, un peu triste peut-être, car authentique: Noëls d’autrefois – hymnes retrouvés de la Vieille-France, de la Vieille-Suède, de la Vieille-Angleterre et de la Nouvelle…

Par le Quatuor Sine Nomine et l’ensemble vocal masculin Côte et Chœur, sous la direction de Dominique Gesseney-Rappo.

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Cet après-midi 23 décembre à 17 h., au Temple de Lutry (Tel 021. 791.47.65)

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Une Vahiné de Thurgovie

 

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Le jour de la naissance de Notre Seigneur nous fait oublier d’autres dates anniversaires qui l’entourent. Ce dimanche 23 décembre, par exemple, ma meilleure amie Patricia Gnasso, la célèbre chroniqueuse culturelle du Matin, fête ses soixante ans. Même si physiquement elle en présente quinze de moins et, au plan du cœur, elle est restée une jouvencelle espiègle inventée par Boccace pour son Décaméron.

En son casting médiéval d’historiettes, le maestro florentin les choisissait plutôt jeunettes, et peu lui importait qu’elles fussent de race septentrionale, originaires des berges du lac de Constance comme ma copine. Il savait les italianiser comme il faut.

Depuis, il n’y pas plus méridionale que la Papatte (c’est son surnom affectif universel). Elle aime rappeler que sa mère est très Française, que son Thurgovien de père fut un grand amoureux de l’Afrique subsaharienne, et qu’elle-même se sent un caractère îlien. Disons qu’entre une plage de Polynésie et une Oktoberfest munichoise, elle n’hésiterait pas.

Avec son regard candide mais rebelle de la Gelsomina de Fellini (alias Giulietta Masina qu’elle a d’ailleurs interviewée), Patricia Gnasso est une des filles adoptives préférées du soleil.

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Deux citations de Julien Gracq

 

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Décédé hier à 97 ans, Julien Gracq – Louis Poirier de son vrai nom – est un des rares écrivains publiés de son vivant dans la collection de la Pléiade. Auteur d’essais (La littérature à l’estomac, Lettrines, En lisant, en écrivant), et de récits (Au château d’Argol, Un balcon en forêt), il fut le lauréat du Goncourt en 1951 pour Le rivage des Syrtes, mais il refusa le prix.

 

- Quand on légifère dans la littérature, il faut avoir au moins la courtoisie et la prudence de dire aux œuvres «Après vous…»

 

- Quand il n’est pas songe, et, comme tel, parfaitement établi dans sa vérité, le roman est mensonge.

 

(Extraits de Lettrines)
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Méditations sur l’huître de Marennes

 

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On la vénère comme Jean Yanne, qui la préférait aux apôtres de l’Evangile. On peut la détester comme Woody Allen: «Je ne mange pas d’huîtres. Je veux que mes aliments soient morts. Ni malades, ni blessés, simplement morts.» En tout cas sa culture bat son plein ces jours-ci, et jusqu’en février, dans le bassin de Marennes-Oléron. On en remplit des milliers de bourriches sous la forme de «spéciales de claire», de «fines de claires» ou de «vertes de claire».

La couleur arc-en-ciel de sa chair a inspiré aux grands peintres hollandais de belles natures mortes, voire certains fonds de ciel ou le grain laiteux d’une pénombre.

Mais qu’est-ce qui provoque le verdissement des huîtres?

- Sa contamination par une algue diatomée microscopique appelée navicule, à cause de ses valves en forme de carène?

Léon-Paul Fargue, lui, les adorait: «On a l’impression d’embrasser la mer sur la bouche.»

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Montée de larmes au quai Perdonnet

 

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S’ils conviennent que le fils du charpentier nazaréen Joseph et de son épouse Mariam est né dans une ferme de Bethléem, au sud de Jérusalem, les biographes «historicistes» de Jésus mettent en doute la date traditionnelle du 24 décembre de l’an zéro. Selon leurs dernières estimations scientifiques, Notre Seigneur aurait vu le jour en l’an VI ou VII avant lui-même.

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En revanche, aucune étude ne peut contester que ce même jour de l’année fût endeuillé, il y a exactement trente ans, par la mort à Corsier d’un autre enfant de l’errance et de la pauvreté – mais devenu riche: Charles Spencer, alias Charlie Chaplin, dont une statue grandeur nature (avec chapeau melon, veste étriquée et pantalon tombant) salue les badauds du quai Perdonnet, à Vevey. Avant de les quitter à 88 ans, l’irremplaçable Charlot avait réuni cette année-là ses huit enfants pour leur offrir un album de famille narrant l’histoire de la somptueuse, et surtout chaleureuse, demeure lémanique où ils habitaient depuis un quart de siècle. Il s’agissait bien sûr du fameux Manoir du Ban, que des financiers luxembourgeois viennent d’acquérir pour l’insérer au cœur d’un futur Musée Chaplin.

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Or, deux jours après la mort du Gentleman Vagabond, un autre grand poète lui adressa cet hommage, paru dans L’Humanité du 26 décembre 1977, et qui porte la signature de Louis Aragon:

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"Je ne sais pas s'il y a jamais eu d'homme qui ait eu des yeux comme les siens pour nous faire voir à la fois les pires âmes et les plus doux regards. Il y a tant à dire, et finalement il y a tant qu'on ne peut que taire. Les mots sont pauvres pour exprimer ce que mieux que tous les yeux ont pu voir… Chaplin, Matisse, Eluard, Picasso… gens inoubliables dont, longtemps après nous, continueront à rêver ceux-là dont les yeux s'ouvriront aux merveilles du monde, à qui, peut être mieux que par l'étude et la science, un vieux film oublié viendra encore donner aux enfants de plus tard, dans quelque salle de quartier, le frémissement du rire aussi bien que l'irrépressible montée des larmes".

 

Commentaires

Gracq: peut-être le plus grand romancier-paysagiste du XXe siècle. Et ses livres (je ne parle pas de la collection de la Pléaide) étaient beaux aussi parce qu'il fallait les couper avec un coupe-papier, comme des étrennes...

Écrit par : Xenius | 24/12/2007

Oui, Xenius, des livres rares et précieux :Gracq refusait d'être édité en poche. Il est resté fidèle à José Corti, un éditeur indépendant. Un grand écrivain chez un "petit" éditeur... Aujourd'hui, c'est malheureusement souvent l'inverse...
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Joyeux Noël à tous !
(des huîtres au réveillon ?)

Écrit par : Olivier Schopfer | 24/12/2007

Oui, Xenius, des livres rares et précieux :Gracq refusait d'être édité en poche. Il est resté fidèle à José Corti, un éditeur indépendant. Un grand écrivain chez un "petit" éditeur... Aujourd'hui, c'est malheureusement souvent l'inverse...
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Joyeux Noël à tous !
(des huîtres au réveillon ?)

Écrit par : Olivier Schopfer | 24/12/2007

Oui, Xenius, des livres rares et précieux :Gracq refusait d'être édité en poche. Il est resté fidèle à José Corti, un éditeur indépendant. Un grand écrivain chez un "petit" éditeur... Aujourd'hui, c'est malheureusement souvent l'inverse...
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Joyeux Noël à tous !
(des huîtres au réveillon ?)

Écrit par : Olivier Schopfer | 24/12/2007

Oui, Xenius, des livres rares et précieux :Gracq refusait d'être édité en poche. Il est resté fidèle à José Corti, un éditeur indépendant. Un grand écrivain chez un "petit" éditeur... Aujourd'hui, c'est malheureusement souvent l'inverse...
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Joyeux Noël à tous !
(des huîtres au réveillon ?)

Écrit par : Olivier Schopfer | 24/12/2007

Je suis tombée sur la description d'un Noël royal à Versailles sous Louis XV: le Dauphin et ses soeurs assistaient à la messe de minuit le 24 après avoir mangé maigre. La journée du 25: angelus, prieres, messes (plusieurs), vêpres, etc. repas pordinaires, pas d'échanges de cadeaux.

Écrit par : Cesaria | 25/12/2007

Tristan Bernard: "Le comble de l'optimisme, c'est de rentrer dans un grand restaurant et compter sur la perle qu'on trouvera dans une huître pour payer la note."

Écrit par : Ronald | 25/12/2007

Un grand écrivain chez un "petit" éditeur

Écrit par : encens | 28/12/2007

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