26/12/2007

J.-M. Brandt dans l'antre du Grand-Saint-Bernard

 

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Ex-banquier, ex-administrateur du fisc, cet érudit pulliéran préside les paroisses catholiques vaudoises. Son polar métaphysique se déroule dans l’hospice mythique de ses chanoines préférés.

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Jean-Marie Brandt inspire la sympathie, autant par sa prestance de sexagénaire athlétique, par l’intelligence de ses yeux clairs, que par sa modestie vraie devant sa nouvelle vocation d’écrivain. On se souvient d’un premier roman écrit sous un pseudonyme en 2002, et qu’il avait pétri de symboles de l’Egypte pharaonique, dont le plus grand était l’animal emblématique de la déesse Bastet, le chat. Dans un deuxième, paru cette année cette fois sous son vrai nom, Brandt renoue avec une symbolique, et surtout une mystique philosophique qui lui sont familières depuis ses années de collège à Champittet, au temps où cette prestigieuse institution de Pully était encore dirigée par des chanoines du Grand-Saint-Bernard: la majesté ténébreuse de leur hospice originel situé à 2473 m d’altitude (où l’on vit «la tête au ciel et les pieds sur terre»), les rituels de fidélité qui y sont observés depuis mille ans, le message chrétien – d’obédience romaine – qu’on y dispense sans faillir à la tradition.

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Depuis le haut Moyen Age, les religieux du col guidaient les voyageurs pèlerins à travers les intempéries, leur offraient le gîte et les accueillaient dans leurs prières. La règle les autorisait à les héberger durant trois jours. Davantage, si le mauvais temps se prolongeait. Le roman à énigmes de Jean-Marie Brandt imagine part de ce postulat: et si l’on était condamné à rester enfermé plusieurs jours, à cause d’une tempête qui s’éternise, dans le ventre secret de l’hospice, qu’y verrait-on? Il s’agit d’une pure fiction donc, mais pour l’élaboration de laquelle l’auteur a dépensé de longues heures à compulser des livres et des archives: ainsi les lieux et les rituels sont décrits avec exactitude. «Seule la trame est imaginaire, précise Jean-Marie Brandt, de même que la présence d’une femme et d’un chat»… Par honnêteté intellectuelle, et par fidélité à ses anciennes maîtres, il a même soumis son manuscrit aux chanoines avant de le livrer à son éditeur. Ténèbres sur le Grand-Saint-Bernard noue une intrigue presque policière, s’interrogeant sur la mission des moines et des prêtres dans le contexte d’un IIIe millénaire mondialisé. Belle prose résolument classique, trame serrée et captivante. Une suite romanesque et d’ores et déjà annoncée, qui aura pour décor le Vatican…

Né à Genève en 1946, docteur en sciences économiques, ancien administrateur à la BCV, puis à la direction des impôts de d’Etat de Vaud, Jean-Marie Brandt ne regrette pour rien au monde d’avoir opté il y a deux ans pour une préretraite, qui lui permet de se replonger dans ses réelles passions: l’étude des civilisations anciennes, l’écriture littéraire, la méditation sur le fait religieux. Parallèlement, il préside la Fédération des paroisses catholiques du canton de Vaud; ce qui ne l’empêche pas de travailler actuellement à une thèse en théologie dans le cadre éminemment protestant de la Faculté de Lausanne.

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Ténèbres sur le Grand-Saint-Bernard, I Le Grand-Saint Bernard des ténèbres. Ed. Slatkine, 290 p.

 

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