28/12/2007

Porter un toast


(Carte blanche à notre ami linguiste genevois Olivier Schopfer qui vous explique aujourd’hui comment faire tchin-tchin en bon français.)

  


 

On dit qu’on « porte un toast » quand on trinque avec des amis. Un événement indissociable des fêtes de fin d’année ! Cela consiste à cogner doucement son verre contre celui des autres personnes avec lesquelles on s’apprête à boire. Dans ce genre d’occasion, on boit généralement de l’alcool.

On « porte un toast » pour fêter un événement heureux ou pour formuler un vœu ou un engagement.

On peut aussi dire qu’on « fait santé » ou qu’on fait « tchin-tchin ».

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L’expression vient d’une coutume du 11ème siècle : on mettait une tranche de pain grillé au fond d’une coupe de vin lorsqu’on voulait rendre hommage à quelqu’un pendant une fête. Cette tranche de pain était appelée une « toastée ». Chacun des convives buvait à tour de rôle, et la dernière personne à qui on tendait la coupe de vin était celle qu’on célébrait : elle avait l’honneur de vider la coupe et de manger la « toastée » imbibée d’alcool.

Au 12ème siècle, cette pratique a émigré en Grande-Bretagne, où elle est également devenue un rituel. Mais les Anglais ne disaient pas qu’ils mettaient une « toastée » dans leur coupe de vin. Ils employaient le mot « toast ». C’est ainsi que la « toastée » s’est anglicisée, avant de revenir en France dans l’expression « porter un toast ».

Cette expression est apparue dans la langue française seulement au 18ème siècle. Sa longue histoire et son long parcours géographique expliquent pourquoi elle a mis tant de temps à être utilisée dans notre langage courant. Au 18ème siècle, la coutume de mettre du pain grillé dans une coupe de vin avait disparue depuis longtemps, mais l’expression est restée pour parvenir jusqu’à nous.

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Ce geste qui consiste à entrechoquer nos verres vient du Moyen Age. Mais lorsqu’on trinquait à cette époque-là, cela n’avait rien à voir avec la convivialité ! Au Moyen Age, il existait un moyen redoutable et très efficace pour éliminer un adversaire : le poison. Très souvent, le poison se trouvait dans la nourriture ou dans la boisson. Pour s’assurer qu’il n’y avait aucun danger, l’usage voulait que les seigneurs entrechoquent leurs verres de manière à ce que quelques gouttes du liquide débordent et se déversent dans le verre de leurs compagnons de table. Échanger un peu de sa boisson était un signe de confiance mutuelle. On faisait cela deux fois. C’est d’ailleurs ce double cognement de verre qui est à l’origine de l’expression « tchin-tchin ! », basée sur une onomatopée. L’un des deux buveurs cognait son verre contre celui de son acolyte pour qu’une partie du liquide gicle dans l’autre verre : tchin ! Et le second buveur, bien sûr, répétait l’opération : tchin !

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À l’origine, on trinquait pour des raisons de méfiance. Aujourd’hui, pour faire la fête. Autres temps, autres mœurs…

OLIVIER SCHOPFER

 

 

Commentaires

"Autres temps, autres mœurs…" tant mieux et merci Olivier, et pour l'an 2008 et au-delà; tchin! tchin!

Écrit par : cmj | 30/12/2007

Merci, cmj. À vous aussi, un chaleureux tchin-tchin pour 2008 !

Écrit par : Olivier Schopfer | 31/12/2007

J'ai reconnu le bras droit de Carla Bruni, avec un bijou que je lui ai offert à Noël 2006. Doit-on supposer que la poigne virile d'en face est celle de.......

Écrit par : Rabbit | 04/01/2008

Mais cette poigne virile ne porte pas de montre Patek Philippe...
Ètes-vous sûr de vos infos, Rabbit ?

Écrit par : Olivier Schopfer | 07/01/2008

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