16/01/2008

Osez-vous encore prononcer le mot tabac?

(Carte blanche à Olivier Schopfer qui revient sur les usages courants d’un mot devenu tabou).

 

Depuis le début de l’année, il est interdit de fumer dans tous les lieux publics fermés en France et en Allemagne. Le 24 février prochain, l’initiative sur la fumée passive conduira les Genevois aux urnes. Le tabac n’a définitivement plus la cote! À croire qu’une loi nous interdira aussi bientôt l’usage de certaines expressions courantes comme «passer à tabac» ou «faire un tabac». Mais rassurez-vous, ce tabac-là n’est pas celui qu’on croit.
.
                      ***
.
1/ «Passer à tabac»: frapper quelqu’un avec violence et de manière répétitive.
Le «tabac» en question est à comprendre dans le sens d’une «série de coups». Ce mot vient du verbe «tabasser», un synonyme familier de «frapper». Logiquement il aurait dû s’écrire «tabas», mais un « c » est venu remplacer le prévisible « s ». Et cela crée naturellement une confusion avec le «tabac» que l’on fume, mot qui vient de l’espagnol «tabaco».
«Passer à tabac» possède une origine historique.
Cette origine est controversée parce qu’elle joue sur les deux sens du mot «tabac» et qu’elle augmente ainsi la confusion.
Au 19ème siècle,  le chef de la brigade de sûreté de la police parisienne était un certain François Vidocq.
Les aventures de ce bagnard devenu policier ont été racontées à la télévision dans les années 70.
Les inspecteurs de cette brigade avaient mauvaise réputation. Selon les rumeurs qui circulaient à l’époque, ils n’hésitaient pas à aller jusqu’à frapper les suspects qu’ils interrogeaient pour leur faire avouer leurs crimes. Et lorsqu’un policier avait réussi à faire craquer un suspect de cette façon bien peu recommandable, l’histoire dit qu’on lui mettait discrètement dans la poche un paquet de tabac pour le féliciter. De là serait née l’expression «passer à tabac», qui aurait donné «tabasser».
Se baser sur l'étymologie du verbe me paraît plus fiable.
Au 13ème siècle, on disait «tabaster». Puis au 15ème siècle est apparu le mot «tabust» signifiant «bruit», «tumulte». «Tabaster» s’est alors transformé en «tabuster» : «frapper en faisant du bruit».
C’est au début du 19ème siècle que «tabuster» est finalement devenu «tabasser».
.
                      ***
.
2/ Un «coup de tabac» : dans le langage marin, orage violent et soudain.
L’expression met l’accent sur les vagues de la mer déchaînée qui cognent contre la coque du bateau.
                      ***
3/ «Faire un tabac »: avoir beaucoup de succès, en parlant généralement d’une pièce de théâtre.
Le «tabac» désigne les applaudissements qui retentissent à la fin d’une représentation. On peut aussi penser aux spectateurs qui tapent des pieds tout en applaudissant pour montrer leur enthousiasme.
                      ***
Vous voyez, tout cela n’a rien à voir avec la cigarette ! Des expressions à consommer sans modération, donc…
.

OLIVIER SCHOPFER

 

Commentaires

Ne sachant pas si ce poème de Jules Laforgue passera la censure après le 24 février, je le sors une dernière fois du paquet.

La cigarette
Oui, ce monde est bien plat ; quant à l’autre, sornettes.
Moi, je vais résigné, sans espoir, à mon sort,
Et pour tuer le temps, en attendant la mort,
Je fume au nez des dieux de fines cigarettes.
Allez, vivants, luttez, pauvres futures squelettes.
Moi, le méandre bleu qui vers le ciel se tord
Me plonge en une extase infinie et m’endort
Comme aux parfums mourants de mille cassolettes.
Et j’entre au paradis, fleuri de rêves clairs
Où l’on voit se mêler en valses fantastiques
Des éléphants en rut à des chœurs de moustiques.
Et puis, quand je m’éveille en songeant à mes vers,
Je contemple, le cœur plein d’une douce joie,
Mon cher pouce rôti comme une cuisse d’oie.

Écrit par : Rabbit | 16/01/2008

Merci, Rabbit. À mon tour je sors du paquet la tirade suivante:
"Il n'est rien d'égal au tabac: c'est la passion des honnêtes gens; et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre."
Molière, Dom Juan (1665).

Écrit par : Olivier Schopfer | 16/01/2008

"Où l’on voit se mêler en valses fantastiques
Des éléphants en rut à des chœurs de moustiques."
Euh, euh, vous nous parlez réellement de tabac ? alors il a du bien changer depuis l'époque où j'en fumais...

Écrit par : Géo | 16/01/2008

24 Février - La Dictature en Suisse
Le destin de l'être humain, dès sa naissance est de mourir. De quoi, peu importe, mais on doit tous mourir.
Alors, je préfère continuer de fumer, tant qu'il y aura de socialistes, de communistes, des gens qui veulent à tout prix interdire aux autres leurs plaisirs et de manière totalitaire imposer aux fumeurs d'arrêter de fumer.
Merci à Christian Luscher, d'avoir été présent sur le plateau d'"Infrarouge", le mardi 15 janvier 2008, pour défendre la LIBERTE.

Et si on interdisait les socialistes d'abord ?
La famille Rielle aussi, Laurence ( les alcolos ), Jean ( CIPRET Genève, les fumeurs ) et tous ceux qui veulent interdire quoi que ce soit.
IL EST INTERDIT D'INTERDIRE...que fait-on 40 ans après ????

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 16/01/2008

Géo, je ne puis pas entrer dans les hallucinations de ce Monsieur Jules, mais moi, la dernière fois que j'ai essayé de fumer un cigare, j'ai senti la poigne de la Grande Faucheuse sur les coronaires.
Et comme dit Monsieur Victor, on a le choix...

Écrit par : Rabbit | 16/01/2008

Géo, je ne puis pas entrer dans les hallucinations de Monsieur Jules, mais moi, la dernière fois que j'ai essayé de fumer un cigare, j'ai senti la poigne de la Grande Faucheuse sur les coronaires.
Et comme dit Monsieur Victor, on doit respecter la liberté qui va de paire avec la responsabilité.

Écrit par : Rabbit | 16/01/2008

lArrêtez de vous faire un tel souci !!!!! Mourir malade ou en bonne santé !? ...nous allons tous y passer tôt ou tard ! HI HI HI HI.....ainsi est faite la vie ! Alors détendez-vous, réconciliez-vous, laisser les libertés en respectant celles des autres et tout ira bien ! A force de vous prendre la tête avec ces conneries, vous risquez d'être distrait par ces préoccupations et d'avoir un accident mortel ! HI HI HI HI.....

Écrit par : coucou | 16/01/2008

Mourir malade ou en bonne santé !?... faudrait demander aux gaillards qui se retrouvent alités à cause d'un cancer pendant des mois, agonisants et sûrement pour la majorité (tous?) regrettant de ne pas avoir arrêté de fumer plus tôt.

La fumée pour un non-fumeur ca pue et c'est dégueulasse.

Écrit par : Interloqué | 16/01/2008

Postulat de Géo : dans tous les blogs sur tous les sujets, il y a toujours un gros lourd qui coupe court au débat avec une grosse connerie.
merci, interloqué.

Écrit par : Géo | 16/01/2008

Histoire de relancer le débat, savez-vous que "donner du tabac" veut dire "se battre"... ?

Écrit par : Olivier Schopfer | 16/01/2008

J'ai du bon tabac dans ma tabatière... jusque vers 1740, ce mot s'écrivait tabaquiere.
Et si tabac vient probablement d'Haïti, la même plante au Brésil s'appelait pétun. "Ca, Monsieur, lorsque vous pétunez / la vapeur du tabac vous sort-elle du nez / sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée ?"

Écrit par : Vanille-Mocca | 17/01/2008

Oui, Vanille-Mocca, après quelques recherches j'ai découvert que le mot espagnol "tabaco" serait emprunté de la langue des Indiens Arouaks d'Haïti. Mais j'ignore si ce peuple existe toujours...

Écrit par : Olivier Schopfer | 17/01/2008

Autre hypothèse, " tabac" pourrait aussi venir de l’arabe "tabbâq" ou "tubbâq". Ce nom était donné à des plantes médicinales que l’on fumait, dont certaines avaient des effets soporifiques.

Écrit par : Olivier Schopfer | 17/01/2008

Les indigènes de l'île d'Hispaniola (aujourd'hui Haïti + St Domingue) ont été décimés par la variole après l'arrivée des espagnols en 1492. Un quart de siècle plus tard, ils avaient complètement disparu. Le mot génocide n'existait pas encore.

Écrit par : Vanille-Mocca | 18/01/2008

J'ai deux pots à tabac anciens hollandais. Sur l'un est peint le mot "Havana" et sur l'autre "Varinas". J'ai cherché ce que pouvaient être des "Varinas" et j'ai trouvé qu'il s'agissait de tabac vénézuélien apprécié autrefois autant que le premier nommé.

Écrit par : Rabbit | 18/01/2008

Vivement l'après 24 février....que le fond de l'air se purifie à Genève
Merci pour cette belle chronique

Écrit par : Pierre-François | 25/01/2008

Les commentaires sont fermés.