27/01/2008

Du mimosa pour Angèle, Mozart, Berlioz et Voltaire

 

Un jalonnement de petites boules d’or duveteuses qui s’allument dans le gris des rues urbaines, ça ne peut pas faire de mal aux badauds. Si le départ ou le retour des hirondelles ne marquent plus les saisons - par la faute de quelque perturbation ozonosphérique ou de je ne sais quel chamboulement climatique – la vente du mimosa ne déroge pas aux agendas: c’est une fleur de janvier.

La culture de cette variété d’acacia, dont la fragrance évoque la poudre de riz de nos aïeules, s’est généralisée à partir du milieu du XIXe siècle, et son commerce prospère y est surveillé par des grossistes puissants, parfois susceptibles. Des amis de Roquebrune ont retrouvé un matin sur le trottoir le corps frêle et piétiné d’une voisine qui s’était hasardée à vendre au marché quelques rameaux à pompons de son modeste verger…

A propos des arbres du genre acacia, vous saurez qu’on en tire de la gomme arabique, des colorants, des tanins, bien sûr du miel, et des pastilles au cachou.

Si le nom acacia vient du grec, celui de mimosa est issu du latin mimus, «mime», parce que certaines espèces se contractent au toucher. D’où leur surnom de sensitives.

J’en ai acheté une gerbe bien fournie et radieuse afin d’écouter ce dimanche matin le deuxième mouvement du Concerto pour flûte et harpe, Köchel 297 – c’est le jour anniversaire de Mozart.

 

On en offrira aussi aux Angèle puisque le 27 janvier est leur fête liturgique. Sainte Angèle Merici (1474-1540) est une franciscaine italienne qui fonda à Brescia, en Lombardie, l'ordre des Ursulines (1535), des moniales se vouant à la contemplation et à l'enseignement. Certaines d’entre elles, au XVIIe siècle, avaient été les protagonistes d’une célèbre affaire de possession démoniaque dans la ville de Loudun. Elles étaient convaincues d'avoir été ensorcelées par le curé Urbain Grandier, brûlé sur le bûcher en août 1634.

 

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Un barbarisme exotique

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Dans le journal Le Temps du 25 janvier, son rédacteur en chef relate une rencontre à l’Open Forum de Davos entre un opposant alémanique aux minarets et l’ancien président iranien Mohammad Khatami. Mon excellent confrère Jean-Jacques Roth écrit: «L’allemand et le farsi permettant de ne pas entrer dans un dialogue frontal, la discussion est restée courtoise et surtout distante.»

Or l’usage – de plus en plus courant dans la presse francophone - du mot farsi a le don d’irriter souverainement les Iraniens eux-mêmes, quand ils savent le français. (Je pense à la dessinatrice lausannoise Haydé, créatrice du chat Milton, hélas décédé l’an passé; je pense aussi à Marjane Satrapi, dont le film «Persépolis» vient d’être nominé pour les Césars.)

Car farsi, c’est le nom qu’ils donnent à leur propre langue et que celle de Montesquieu désigne toujours par persan.

C’est comme si l’on disait que la langue maternelle de Tony Blair était l’english, celle de Romano Prodi l’italiano, ou que la polyglotte Condoleezza Rice avait de bonnes connaissances de rousski.

Dire que les Iraniens parlent farsi, ça fait évidemment plus exotique. Mais c’est une faute de français…

 

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Berlioz, l’invention de l’orchestre

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Vendredi prochain 1er février, les Concerts de Montbenon à Lausanne nous offrent une version originale des Nuits d’été d’Hector Berlioz, chantées par Philippe Huttenlocher, baryton, avec la grande Brigitte Meyer au piano. Je m’en réjouis, car je ne connaissais cet opus 7 composé en 1841, que sous sa forme traditionnelle: six mélodies pour mezzo-soprano et orchestre, sur des poèmes de Théophile Gautier (Villanelle, Le spectre de la rose, Au cimetière, l’Ile inconnue, etc.)

Faire exécuter une œuvre orchestrale par des chambristes de talent peut être du meilleur effet. Mais j’aimerais rappeler que Berlioz a été d’abord un génie des couleurs instrumentales, qu’il envisageait la composition d'une manière globale, syncrétique, lui rendant ainsi ses droits souverains. Sa connaissance approfondie, intime, de tous les instruments classiques s’agrémentait d’une curiosité avant-gardiste pour les sons nouveaux et insolites.
Il n’y a rien de très nouveau dans la combinaison de mélodies avec des bruits. Lorsque les soi-disant séditieux de la musique concrète crurent choquer - donc revivifier l’écoute humaine - avec des cliquetis de machine, des sifflets, des scies, des klaxons ou des enregistrements de ruches affolées, des musicologues plus âgés, leur rappelèrent qu’au XIXe siècle un Hector Berlioz avait déjà bouleversé la composition des timbres, en faisant monter sur la scène de ses concerts des timbales et des cloches, et même une enclume! Ce fut probablement lui l’inventeur de l’orchestre moderne.

 

 

 

(*) 20 h. Salle Paderewski

 

 

 

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Tiré du Lexik des Cités* («parler jeune»)
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Kéblo:
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Adjectif. 1) Retenu quelque part. 2) Etat d’esprit de quelqu’un d’inhibé, de maladroit.
Nom. Idiot, ex. ce mec-là, c’est un kéblo, il a vendu sa télé pour s’acheter un magnétoscope.
Synonyme: P4.
Etymologie: Bloqué a donné Québlo qui a donné Kéblo.

 

(*) Editions Fleuve-Noir
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Définitions de la beauté
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Extrait du Dictionnaire philosophique de Voltaire:
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Demandez à un crapaud ce que c’est que la beauté, le grand beau. Il vous répondra que c’est sa crapaude avec deux gros yeux ronds sortant de sa petite tête, une gueule large et plate, un ventre jaune, un dos brun.
Interrogez le diable; il vous dira que le beau est une paire de cornes, quatre griffes et une queue.
Consultez enfin les philosophes, ils vous répondront par du galimatias.

 

 

Commentaires

Tiens, Monsieur Gilbert, est-ce par "correction politique" que vous avez tronqué la citation de Voltaire? Entre le crapaud et le Diable, il me semble bien qu'il évoquait un certain "Nègre de Guinée"...

Écrit par : Serpent à Plumes | 27/01/2008

C'est le navigateur anglais James Cook qui a ramené en Europe le mimosa au débart une graine d'acacia.

Écrit par : Valentine | 27/01/2008

Je ne savais pas que les mimosistes du côté de Roquebrune avait des moeurs d'apaches. Mais je sais qu'à Marseille, au temps du muguet, il arrive de temps en temps de tomber sur le cadavre d'une vieille petite marchande non autorisée et maladroite...

Écrit par : David | 27/01/2008

Ai-je bien lu? Un Iranien se serait farci du suisse-allemand. Une langue "qu'Iran" des sons "persans" !

Écrit par : Bla-Blo-Gueur | 27/01/2008

plein de mimosas dans les rue de Bulle aujourd'hui... c'était comme des petites poignées de soleil qui disaient: "Prends-nous!" Quelle beauté!

Écrit par : cmj | 27/01/2008

Ce que je viens de lire à propos d'Angèle et de ses Angéliques ne m'étonne qu'à moitié; souvenez-vous ce qu'Elvis Presley, largement inspiré par cet événement, nous chantait sur le 45 tours Victor n°86310, sorti le 18 juin 1963:

"You look like an angel
Walk like an angel
Talk like an angel
But I got wise
You're the devil in disguise
Oh yes you are
The devil in disguise."

Écrit par : Rabbit | 28/01/2008

Il z a aussi la c;l[bre tante Ang;lique, dans Ange Pitou de Dumas, un amor de tentine m;chante et avare...

Écrit par : Tefilim | 29/01/2008

Persan/farsi. On pense aussi aux gens qui pour se montrer au courant ne parlent pas de Pékin ,amis de Beijing, pas de Bombay mais de Mumbay... Dorénavant nous n'irons plus à Florence mais à Firenze...

Écrit par : Thelma | 29/01/2008

Et plus en Moldavie mais en Moldova,
plus en Alpanie mais en Squiperi....

Écrit par : Xenius | 29/01/2008

C'est beaucoup plus compliqué.
En fait la romanisation du mandarin (pinyin ou 拼音) a utilisé plusieurs méthodes, comme le système Wade-Giles (1859 + 1912) ou le Bopomofo (resté confidentiel). Le premier des deux a permis de fixer la dénomination des villes (1906) pour faciliter le traffic postal. Insuffisant pour tout transcrire, un nouveau pinyin a été instauré en 1979 (après 20 ans de travaux) par le gouvernement chinois et adopté la même année par l'Organisation internationale de normalisation. C'est la transcription du chinois qui est maintenant répandue dans les ouvrages modernes.
En résumé: 拼音 qui se prononce Pei-ching ("Capitale du Nord" en français), a commencé par s'écrire Pei-King ou Peking, ensuite Pékin, et enfin Beijing, mais devrait continuer à se prononcer Pei-ching pour être compris des autochtones.
Vous avez une une question ? Sinon on passe à Mumbay et Yangon...

Écrit par : Rabbit | 30/01/2008

E R R A T U M

Vous l'aurez certainement détecté:
北京 = Beijing
拼音 = pinyin

Écrit par : Rabbit | 30/01/2008

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