30/01/2008

Capilotade, marmelade ou tapenade?

(Carte blanche à notre ami philologue genevois Olivier Schopfer. Aujourd’hui, son investigation langagière nous fait tanguer entre le royaume des saveurs et celui des douleurs)
 
En cuisine, une «capilotade» est un ragoût composé de restes de viande découpés en petits morceaux et déjà cuits, que l’on remet à mijoter jusqu’à ce qu’ils s’effilochent. On sert généralement ce plat accompagné d’une sauce épaisse et relevée.
Le mot «capilotade» nous vient de l’espagnol «capirotada», désignant une sauce composée d’herbes aromatiques, d’œufs et d’ail. «Capirotada» dérive par métaphore de «capirote» signifiant «capuchon» car la sauce recouvre les aliments qu’elle accompagne.
Au Mexique, la «capirotada» est une sorte de pain perdu à base de cannelle, de raisins secs, de noix de muscade et de fromage que l’on passe à la friteuse.
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Quelqu’un qui nous donne un coup de poing peut mettre notre nez «en capilotade».
Et en cas de lumbago et de migraine, ce sont le dos et la tête qui partent «en capilotade».
Littéralement: «réduire en menus morceaux». La douleur nous broie comme de la viande émincée!
-Si vous êtes végétarien et/ou que vous préférez les choses sucrées, vous pouvez également dire :
«Suite à mon tour de reins, j’ai le dos en marmelade».
-Si vous n’aimez pas la confiture:
«J’ai trop marché, j’ai les jambes en compote».
-Enfin, si le sucre n’est pas votre tasse de thé, il vous reste «en charpie » ou «en miettes».
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Il ne faut pas confondre la capilotade avec la tapenade, spécialité provençale que l’on obtient en broyant au mortier un mélange d’olives noires, d’anchois, de câpres, d’huile d’olive, de jus de citron et de poivre. Les recettes varient : selon vos goûts et votre inspiration, vous pouvez ajouter de l’ail, du thon mariné ou différentes herbes comme du thym ou des feuilles de laurier.
Le mot nous vient de «tapeno»: «câpre», en provençal.
On consomme la tapenade en l’étalant sur des tranches de pain grillé à la manière du caviar, soit en hors-d’œuvre, soit pour accompagner une salade ou une soupe.
En italien, la tapenade s’appelle «pâté di ulive»:
«pâté d’olives».
Mais la consistance de la tapenade reste unique: à mi-chemin entre une sauce et quelque chose de plus solide, sans toutefois atteindre la fermeté du pâté.
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OLIVIER SCHOPFER

Commentaires

Pour sortir enfin du chinois, signalons que les mots composés avec le suffixe -ade proviennent de l’espagnol (-ada), de l’italien (-ata) ou du provençal (-ado); ce suffixe sert à former des noms collectifs, des noms indiquant un produit, exprimant une action ou le résultat d’une action. Exception: les mots issus du grec, comme myriade, triade, pléiade, etc.
Toutefois, en français, cette tournure se trouve rattachée à des noms féminins sur base verbale (promenade, noyade), nominale (orangeade, colonnade) et patronymique (lapalissade, mazarinade); les noms d'action en -ade se rapportent le plus souvent à des événements et à des choses accomplies de façon discrète: oeillade, parade, dérobade, ruade.


Écrit par : Rabbit | 30/01/2008

Aubade, algarade, pétarade (?), salade...

Écrit par : Sonia | 30/01/2008

Cagade : du verbe caguer, qui vient du provençal cagado, et désigne un raté monumental et ridicule.

Écrit par : Rabbit | 31/01/2008

Dictionnaire de l'Académie, 1832-35:
"ESTOUFFADE. s. f. T. de Cuisine. Façon d'accommoder les viandes en les faisant cuire dans un vase bien fermé. Veau, perdrix à l'estouffade. On dit aussi quelquefois, Étouffade."

Écrit par : Rabbit | 31/01/2008

rabbit... montre moi ta bouille... très excitant de te lire... envie de te voir...

Écrit par : natacha | 31/01/2008

oopst... la non-rime est tout à fait innocente...

Écrit par : natacha | 31/01/2008

Pas si innocente que ça....

Écrit par : Olivier Schopfer | 31/01/2008

C'est dans Psychopathologie de la vie quotidienne que S. Freud détaille le plus précisément le fonctionnement du lapsus tel qu'il le comprend. Pour lui, les lapsus ne sont pas une simple contamination sonore mais trouvent leur origine dans «une source en dehors du discours» et cet élément perturbateur est constitué soit par une idée unique, restée inconsciente, mais qui se manifeste par le lapsus et ne peut le plus souvent être amenée à la conscience qu'à la suite d'une analyse approfondie, soit par un mobile psychique plus général qui s'oppose à tout l'ensemble du discours.»
(Wiki dixit)

Écrit par : Rabbouille | 31/01/2008

C'est donc juste... J'avais bien lu autre chose...

Écrit par : Olivier Schopfer | 31/01/2008

Après Wallace & Gromit, voici Horace & Rabbit:

"Je hais, enfant, les apprêts Persiques;
Les couronnes enlacées de tilleul me déplaisent;
Ne cherche pas en quel lieu se rencontre la rose tardive.
Par un soin inutile n'ajoute rien au simple myrte.
Le myrte ne messied ni à toi qui me sers ni à moi buvant
sous la vigne recourbée.
Mais ce que je hais par dessus tout, enfant,
ce sont les rimes en "ouille"".

Écrit par : Rabbit | 31/01/2008

Après Wallace & Gromit, voici Horace & Rabbit:

"Je hais, enfant, les apprêts Persiques;
Les couronnes enlacées de tilleul me déplaisent;
Ne cherche pas en quel lieu se rencontre la rose tardive.
Par un soin inutile n'ajoute rien au simple myrte.
Le myrte ne messied ni à toi qui me sers ni à moi buvant
sous la vigne recourbée.
Mais ce que je hais par dessus tout, enfant,
ce sont les rimes en "ouille"".

Écrit par : Rabbit | 31/01/2008

il s'agissait d'une rime en 'it'... d'où la mention de non-rime...
tant qu'il y'aura des flammes....

Écrit par : natacha | 31/01/2008

Même si elle n'attacha que le minimum de voiles suffisant pour éviter l'évocation crue, nous ne sommes point dupe des licences où elle a voulu entraîner les lecteurs du blog de Maître Gilbert.
Monsieur Schopfer, nous devons mieux surveiller notre sérail.

Écrit par : Rabbit | 31/01/2008

Qui sème le vent récolte le succès auprès des dames qui ne savent le chercher ailleurs. Proverbe des gens des signes de terre...
Cela vous pendait au nez, Rabbit. J'espère que votre tigresse asiatique ne consulte pas les mêmes blogs que vous, pour la bonne santé de vos yeux qu'elle vous arrachera au cas où...

Écrit par : Géo | 31/01/2008

Monsieur Géo, je suis l'Indiana Jones de la Carte du Tendre globalisée et mon corps porte les balafres de mes intrépides explorations. On ne peut pas apprivoiser une tigresse asiatique sans d'abord lui rogner les griffes et lui limer les canines. Après, toutes les excentricités sont permises. Et mes expériences passées sur d'autres continents m'ont apporté l'expérience indispensable pour affronter le sommet du danger: la femme chinoise nourrie au lait de la Révolution Culturelle, à l'ombre du Grand Timonier. Fort d'une telle épreuve, il ne me restera plus qu'à aller draguer dans d'autres galaxies pour connaître les mêmes sensations.

Écrit par : Rabbit | 01/02/2008

Les autres galaxies n'ont qu'à bien se tenir...
Mais je suis tout de même un peu déçu : rogner les griffes, limer les canines, ce sont des procédés d'homme de peu de foi en lui-même. Pourquoi pas les oreilles en pointe, pendant que vous y êtes ?

Écrit par : Géo | 01/02/2008

C'est vrai et j'en suis navré. Mais je ne suis plus tout jeune et jamais la lionne africaine, la pumette américaine ou la panthère arabe ne se sont montrées aussi rétives que cette tigresse-là.

Écrit par : Rabbit | 01/02/2008

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