10/02/2008

Max Bill, genêts, courge rêveuse et gymnastique pandiculatoire

 

Ce dimanche, 10 février, on fête les très rares dames et demoiselles qui ont pour prénom Scholastique - mais qui sait? il deviendra un jour à la mode, supplantant les Jennifer, Wendy, Cindy, Britney et autres Sigourney qui, depuis vingt ans, donnent des cheveux blancs à nos fonctionnaires de l’état civil. Ce fut en tout cas celui d’une sainte italienne du VIe siècle, toujours vénérée à l’abbaye du Mont-Cassin, car elle avait pour frère saint Benoît en personne, le fondateur de l’ordre tentaculaire des bénédictins.

Scolastique (sans l’h) est le nom d’une école philosophique ancienne, dont le formalisme rigide, chitineux, a été condamné et critiqué par la pensée moderne, et par des physiologistes du XIXe, tel Claude Bernard, qui lui reprochait de vouloir "toujours un point de départ fixe et indubitable.".

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En terme moins abstrus: un socle, tel ceux en granit, ou en fonte, parfois en verre renforcé, d’où une sculpture hélicoïdale peut s’élever indéfiniment. (Ou en amorçant le mouvement de l’infini.) Certaines nuées lémaniques obéissent impunément à cette théorie décriée par les savants. Je pense à elles, mais surtout à Konstruktion in Messing, une œuvre en laiton gracieux et à tiges alternées que Max Bill réalisa en 1939.

On peut la contempler ces jours au Kunstmuseum de Winterthour*, la ville natale de ce très grand artiste suisse, où une expo rétrospective importante marque le centenaire de sa naissance en 1908: des sculptures, des schèmes, mais également des peintures abstraites où la couleur bouge tout autant.

Pour rappel, Max Bill fut l’architecte responsable de l’Exposition nationale de Lausanne, en 1964. Il y avait érigé un bâtiment qui fit alors scandale, que lui-même vouait à l’éphémère, mais qui dura: c’est notre actuel Théâtre de Vidy…

(Sur la photographie d’en haut, il visite la Fondation Gianadda de Martigny, quelques années avant sa mort en 1994, en compagnie du maître des lieux.)

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www.kmw.ch  Jusqu’au 12 mai 2008

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Tiré du Lexik des Cités* («parler jeune»)
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Mystic:
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Adjectif. 1) Bizarre, étrange, ex: Elle est mystic ta robe, y a des trous partout.
2) Dérangeant, ex: J’suis trop bien installé, et tu veux que je me lève, c’est mystic!
3) Risqué, ex: Ton plan, il est mystic, ça sent l’embrouille.
Etymologie. Au quartier, il y avait une fille un peu bizarre. Sans raison, elle clignait des yeux, tordait la bouche, tirait les cheveux, alors on l’a appelée Miss Tic, et ça la faisait rie. Depuis, c’est resté. Dès qu’il y a un truc bizarre, on dit que c’est mystic.

(*) Editions Fleuve-Noir

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Trois citations de Jean Genet

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 - M'inhumaniser est ma tendance profonde. (Notre-Dame-des-Fleurs).

- Créer n'est pas un jeu quelque peu frivole. Le créateur s'est engagé dans une aventure effrayante qui est d'assumer soi-même jusqu'au bout les périls risqués par ses créatures. (Journal du Voleur.)
- Mon orgueil s'est coloré avec la pourpre de ma honte. (ibidem)
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J’avais déjà parlé de Jean Genet sur mon blog. Le malaise avoué que m’inspire ce puissant écrivain que je n’aime plus avait suscité de nombreuses réactions de blogueurs qui lui sont attachés.
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Alors pourquoi y revenir ce matin avec des citations? Parce que sa personnalité troublante et son œuvre inspirent de plus en plus d’exégèses dont on parle sur France-Inter et France-Culture, des radios que j’écoute.
Et parce que son flamboiement stylistique continue de m’intriguer, ne serait-ce que par ses artifices, ses chausse-trappes sentimentales qui tiennent absolument à sentir le soufre.

De même, comme je n’aime plus Sartre, je trouve étrange mon attachement au livre qu’il a consacré justement à Jean Genet. En fait, une monumentale préface marxisto-freudienne commandée par leur éditeur commun Gallimard en 195: Saint Genet, comédien et martyr. C’est factice aussi, mais d’une manière éblouissante.

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 En fait, je reste séduit surtout par le patronyme de ce truand bien-aimé des littératures, puisque, avec un circonflexe sur la seconde voyelle, il évoque une fleur champêtre dont l’ange du Mal lui-même s’émerveilla dans ses écrits. Mais avec une résipiscence étudiée et ampoulée, un remords trop baroque pour être convaincant: genêt est le nom commun à 70 espèces d'arbustes (papilionacées) touffus, épineux ou non, à fleurs jaunes, d'Europe, d'Asie occidentale et d'Afrique du Nord. La tige est flexible, mais moins fragile qu’il ne paraît. Les feuilles sont petites et ont trois folioles. Le jaune des corolles est mièvre, mais il fait scintiller d’or des prés entiers.

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L’effet coquelicot de Romanens

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Au milieu de cette prairie blonde des belles saisons jaillit une tache de sang. C’est celle du pavot baudelairien, du coquelicot persan d’Omar Khayyam. Une couleur qui maintenant s’associe, chez mon ami le musicien-chanteur et poète Thierry Romanens, à celle des échaudoirs et équarissoirs de ses campagnes ataviques.

Habile souvent du vers classique et de la rime, il vient de s’initier avec bonheur à la prose libre du slam. Voilà pour lui un langage neuf, élastique à souhait (mais hérissé quand même de subtilités techniques). Il l’inaugure cette année dans un spectacle musical. Petit extrait:

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«L’autre nuit j’ai fait un de ces rêves…
Je me suis réveillé avec l’image d’une courge dans un potager… C’était moi.
Il y avait une dame qui se baissait pour me ramasser, et j’avais une vue incroyable sur sa gorge.
Elle se penchait sur moi, c’était magnifique.
J’étais une courge heureuse…
J’aurais pu m’endormir dans ces bras… mais je me disais tu dors déjà puisque tu es en train de rêver!
C’est pas con une courge.»
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Après été bien applaudi à Yverdon, L’effet coquelicot, ou la perspective de l’abattoir est joué durant cinq jours au Théâtre 2-21 de Lausanne. Le texte est donc de Romanens, la mise en scène d’Olivier Périat. L’acteur principal est Lionel Frésard.

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L’effet coquelicot, ou la perspective de l’abattoir. Du 13 au 17 février

www.theatre221.ch

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La curiosité verbale de la semaine

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Voilà un verbe qui n’est pas facile à placer dans une conversation. Il renvoie pourtant à un exercice familier et spontané qui nous apparente un peu à notre chat domestique:

Pandiculation: du latin pandiculari, s'étendre).

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Mouvement du corps qui consiste à étirer les bras vers le haut, à renverser la tête et le tronc en arrière et à étendre les jambes, qui s'accompagne souvent de bâillements et qui se produit au réveil, en cas de fatigue, d'ennui ou d'envie de dormir.


Commentaires

Mon père avait connu Max Bill quand il était le graphiste officiel de la firme Suchard. Un crâne rasé, de caractère sauvage, pas forclément méchant-méchant...

Écrit par : Serpico | 10/02/2008

Et hop! maître Gilbert, vous revoilà tourmenté par l'énigme littéraire de Genet... Mais bon, vous vous en expliquez plus ou moins clairement. je crois imaginer que le Marquis de Sade, ou georges Bataille, ne sont pas non plus votre tasse de thé...

Écrit par : Xenius | 10/02/2008

Bonjour Xenius, mon "frère en Constellation", mon jumeau Dioscure comme l'avait laissé entendre jadis (sur Superlocal) notre patriarche à tous Maître Rabbit (oh, pardon Maître Gilbert...). Je vois que vous réagissez encore au quart de tour dès qu'on touche à votre petit panthéon littéraire personnel. Et si, effectivement, les corolles jaunes des champs de genêts étaient plus intéressantes que vos prises de tête? Amicalement, mon frère....

Écrit par : Cyberprince | 10/02/2008

J'ai de l'admiration pour Bataille, Sade m'ennuie, mais ce qui m'avait longtems énervé, c'était l'approche "structuraliste" de leurs oeuvres. Je vous recommande ce lundi la lecture du billet d'Anna Lietti en dernière page du Temps... C'est bien de ça qu'elle parle.

Écrit par : Gilbert Salem | 11/02/2008

Voilà, je vien de lire la Dame Lietti, excelllente et drôle comme tjours. Mais de son Todorov j'avais lu en son temps une très intéressante Grammaire du Décaméron de Boccace.

Écrit par : Xenius | 11/02/2008

Pandiculi, pandicula: voilà les jumeaux de retour pour leurs six mois terrestres.
A propos de botanique, on peut évoquer l'étrange attraction mutuelle entre Violette Leduc et Jean Genet.
Mon Dictionnaire des sciences, des lettres et des arts (Bouillet, 1855), indique que le genet peut aussi être "une espèce particulière de chevaux d'Espagne, petits & bien conformés; on en trouve aussi en Sardaigne & au Portugal".
En ce qui concerne Sade, l'opinion d'une femme vaut mieux que toutes les divagations des maîtres ès linguisteries; voici un extrait d'une lettre que Mlle de Rosset écrivait au marquis en 1778 : "Vous impatienteriez, Monsieur, un capucin de bois par vos boutades et votre mauvaise humeur. Que les femmes sont folles de s'attacher à un bouvier tel que vous !".

Écrit par : Rabbit | 11/02/2008

Sur le site de l'église catholique de France, je découvre que Scholastique et Benoît étaient jumaux et qu'ils s'aimaient bien. Elle devint moniale et lui moine. Les deux monastères n'étaient pas très éloignés l'un de l'autre. Les jumaux se rencontraient une fois l'an, dans une petite maison située à mi-chemin. Et de quoi s'entretenaient-ils tout en partageant un repas? De leurs expériences de vie...aussi, mais pas seulement!.
Trois jours avant sa mort, elle voulut rester le plus longtemps possible avec son frère. Jouir de quelques heures précieuses avant de se séparer pour toujours. Mais Benoît voulait partir... Scholastique ne dit rien... elle pria et un orage si violent éclata que Benoît fut bien content de rester avec sa jumelle... l'Amour fraternel avait été plus fort que l'obéissance à une règle...

Écrit par : cmj | 11/02/2008

Merci de cette information ! Mon chat et moi pandiculons de concert, selon l'envie et le moment..
Une précision toutefois: Pandiculation est un substantif et non un verbe..

Écrit par : ddr | 12/02/2008

Et comment s'appelle l'excercice inverse à la pandiculation? C'est-à-dire quand le chat ou autre bestiole fait le dos creux?

Écrit par : Inma Abbet | 12/02/2008

Ce qui m'amuse (je m'amuse d'un rien) c'est que dans mon dico "pandiculation" se trouve directement après pandémonium.

Tous les matins, je frôle donc l'endroit où certains me voudraient voir tout le jour !
J'AI O-mis volontairement de dire de qui je parle.

Écrit par : Père Siffleur | 12/02/2008

Pandiculation à l'envers... je n'en sais rien chère Inma, mais je me permets de vous envoyer cette petite histoire sans parole:

http://www.youtube.com/watch?v=0xZe59A7znI

Écrit par : Gilbert Salem | 12/02/2008

Sensible à dissiper tout malentendu concernant la disparition de Géo, et couper court à l'amalgame tendancieux que certains malfaisants (Michel Audiard) pourraient tirer par rapport à l'escamotage successif de plusieurs tableaux de grand prix de collections helvétiques, je vous annonce que Géo et sa caravane de chameaux devraient bientôt sortir du Taklamakan.
Après une prise de bec sévère (vous connaisssez son caractère) au Séminaire Sayyed Hasan al-Shirazi de Qom, il a été amené manu militari à la frontière du Turkmenistan, d'où il compte gagner sa nouvelle affectation au Xingjian. Pour ce faire, il a choisi un mode de locomotion solidaire, citoyen et durable, mais au demeurant très onéreux. Dans le dernier message que j'ai pu capter sur la TSF, et tout en rappelant son militantisme de longue date, il insiste sur ce double aspect de son engagement en appelant à la conscience fraternelle des bloggeurs. D'ici quelques jours, je ferai parvenir à chacun un bulletin de versement pour y verser votre obole.
Ceux qui souhaitent que ce soit le dernier voyage, peuvent verser davantage.

Écrit par : Rabbit | 12/02/2008

Pour en revenir à ce que disait le patron, Cindy étant déjà le diminutif du prénom Cynthia (God bless America !), quel petit nom doit-on alors donner aux Cindy ?

Écrit par : Rabbit | 13/02/2008

Cette nuit, en allant aux souris, Mocca a été tuée par une voiture. Quand nous l'avons retrouvée, son beau pelage noir soyeux était couvert de givre. Finies les pandiculations, coups de langue et folles gambades. Les maîtres et moi, nous avons l'âme à la vague.

Écrit par : Vanille | 15/02/2008

Bien triste façon d'entamer le week-end, mais il faut que la vie continue.
Maintenant, si pour quelque raison que ce soit, vous avez l'impression que vos maître pourraient être tenus pour responsables de ce tragique événement, n'hésitez pas à recourir aux compétences d'un avocat pour animaux. Ca ne la remplacera pas, mais justice sera faite pour toutes les autres Mocca qui ont souffert.
Votre dévoué Rabbit.

Écrit par : Rabbit | 15/02/2008

Pauvre Mocca!

Écrit par : Inma Abbet | 16/02/2008

Cindy est le diminutif de Cynthia, on pourrait le raccourcir, selon les langues, en Cin ou Cinita ou Cinon. Jennifer peut être une variante de Guinevere (Guenièvre), sous Britney se cache probablement Brittany, prénom assez courant. Il y a aussi des Amanda et des Mandy, tous des prénoms anciens qui évoluent comme il arrive à pas mal de mots, ou qui permettent un grand nombre de variantes, comme Isabelle, Isabella, Isabel, Isobel etc, ou comme Alexandra, Sandra ou Sandrine. Il y a aussi Peggy, diminutif de Margaret, et Maude, petit-nom de Mathilda, parfois c'est le prénom originel qui est à la mode, parfois le diminutif.

Écrit par : Inma Abbet | 17/02/2008

Inma@ totalement hors sujet, mais cette question doit être posée à vous : j'ai fort imprudemment répondu à BBG que "implementation" était un mot d'origine latine que les Anglo-saxons nous renvoient comme blue jeans et bleu de Gênes. Or pas du tout. Je ne disposais pas de mon vieux Gaffiot quand j'ai écrit cela, pas trace de "implementare" en latin. En espagnol ou en portugais, on le trouve selon les dictionnaires...
Que savez-vous de ce mot fantôme ?

Écrit par : Géo | 17/02/2008

Vous étiez dans le vrai, pourtant, il s'agit bien d'un mot latin, mais l'étymologie est "implere" qui a donné "remplir". J'ai trouvé cela dans la définition, en allemand de "Implement", dans le Wahrig, "implementieren" existe aussi mais il s'agit d'un verbe dérivé de "Implement".

Écrit par : Inma Abbet | 17/02/2008

Merci...

Écrit par : Géo | 18/02/2008

Et le charmant mot "discrépance", oublié en fançais et qu'on pourrait croire adapté de l'anglais "discrepancy", où il fait encore carrière, alors qu'il proviennent tous deux du latin "discrepantia".

Écrit par : Rabbit | 18/02/2008

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