20/02/2008

Jean Chollet joue et pile et face

 

Le Théâtre du Jorat aura cent ans en juin, tout le canton le sait et le village de Mézières s’y prépare depuis longtemps. A commencer par l’effervescent quinqua au front de pèlerin médiéval qui le dirige depuis vingt-deux ans, l’ouvrant aussi à la chanson, au one-man-show, au ballet. S’évertuant à en bigarrer le répertoire pour qu’il ne soit ni élitaire ni trop populaire. Car Jean Chollet – qui s’est fait un honneur pareil de moderniser le chauffage, d’assouplir les sièges – ne jure que par le brassage des publics. Avant lui, la programmation était tissée comme une étoffe avec un côté satin et un côté taffetas. Il l’a enrichie en l’effilochant: «Le théâtre, c’est comme les églises ou les bistrots: ça sert à accueillir des spectateurs de toutes catégories.»

A propos d’églises, le même Chollet en occupe deux vraies. Pas en squatter: en directeur d’espace culturel tout ce qu’il y a de plus agréé: il anime l’ancien temple protestant des Terreaux, que fréquentent des Lausannois de plus en plus jeunes, et où, depuis quatre ans, une ligne sociale, éthique, spirituelle paraît faire bon ménage avec des spectacles ludiques, un oratorio de Bach ou le flamenco. En Avignon, il a insufflé l’été dernier une ferveur artistique de même aloi dans une chapelle Saint-Martial désaffectée, et qui a intrigué les festivaliers. En juillet prochain, on y invoquera l’œcuménisme de Taizé et pour la première fois depuis longtemps Jean Chollet endossera un habit de comédien.

Tout infatigable qu’il soit, il admet qu’entre ces deux activités annexes et la direction du Théâtre du Jorat, il y a un phénomène de «tuilage», d’enchevêtrement de fonctions. Il sera bientôt résorbé, quans Anne-Catherine Sutermeister - la fille du compositeur morgien qui fut un disciple d’Arthur Honegger - reprendra de ses mains la torche olympienne de Mézières. «C’est une femme que j’admire beaucoup ».

D’ici là, c’est à Chollet qu’incombe tous les préparatifs du centenaire. Les festivités démarreront le 31 mai par un week-end plutôt solennel, en présence des autorités. Après quoi, on verra Monsieur René et le Roi Arthur. La dernière pièce que Jean Chollet signe et met en scène à la Grange sublime. Il y a mis tout son cœur, en parle avec l’allégresse d’un héritier respectueux, mais enjoué. Avec la malice d’un enfant un tantinet farceur: sera un spectacle pour de nombreux comédiens amateurs et quelques professionnels, ainsi que soixante choristes qui chanteront surtout du Gustave Doret et du Honegger, les deux compositeurs phares de l’aventure méziéroise. Ce dernier, qui écrivit la partition du Roi David en 1921,  deviendra un des deux protagonistes principaux de la pièce: le «Roi Arthur» justement – le fringant Zurichois n’aimant rouler qu’en voiture de sport. Tandis que l’autre incarnera le distingué et compassé René Morax, fondateur du Théâtre du Jorat, qu’on avait failli oublier d’inviter aux cérémonies du 50e anniversaire de son œuvre, en 1958…

«Il s’agira ainsi de rendre à César ce qui est à César, en enchaînant des allusions aux moments théâtraux les plus grandioses. Mais j’ai voulu raconter aussi le contexte particulier qui régnait dans cette contrée entre 1908 et  les années trente: l’attitude hostile de quelques pasteurs, la coexistence entre les paysans et ces artistes couche-tard et bohèmes.»

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Fils d’agriculteurs de la commune de Vucherens, dont le clocher se trouve à une poignée de kilomètres de Mézières, Chollet ne se prédestinait pas au théâtre. Il est venu petit à petit, en suivant à côté de ses études universitaires les cours de l’Ecole romande d’art dramatique, l’ERAD de la Curtat. Et c’est rue Montmartre, au Conservatoire de Paris, que le grand Michel Bouquet eut la formidable intuition que son jeune élève vaudois avait une graine de metteur en scène, pas de comédien. Toutefois les nœuds de la destinée sont imprévisibles: la première passion de Jean Chollet pour la théologie ne l’a pas quitté. «Devenir pasteur sur le tard? Un jour, qui sait?»

Mais ce serait une fraîcheur nouvelle, pas une routine.

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Théâtre du Jorat : www.theatredujorat.ch

Espace culturel des Terreaux. www.terreaux.org

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BIO

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1954. Naît à Vucherens, dans le Jorat. Licence en théologie à l’UNIL. Suit les cours de l’Ecole romande d’art dramatique, à Lausanne, puis entre au Conservatoire de Paris.

1982. Metteur en scène, il fonde la Compagnie de la Marelle, dont il est directeur artistique. Parallèlement, travaillera pendant 15 ans au Service des émissions dramatiques de la Radio romande en tant qu’adaptateur, puis réalisateur, producteur et enfin chef des émissions.

1985. Directeur pour trois ans du Théâtre du Peuple de Bussang, dans les Vosges.

1988. Nommé directeur du Théâtre de Mézières.

2004. Avec le pasteur Serge Molla, crée l’Espace culturel des Terreaux, qu’il dirige depuis.

2007. Crée à Avignon, l’Espace culturel Saint-Martial.

09:12 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Dans le livret de la Fête des Vignerons de 1905, dû à René Morax, nous trouvons ce couplet qui exprime, tout aussi bien qu'un autre, ce contexte Joratois si particuler:
«Une femme qu’on bat
Holà!
Devient toujours plus tendre.
Car cet argument-là
Est facile à comprendre.
Quel grand mal
Voyez-vous là?»

Écrit par : Rabbit | 21/02/2008

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