16/04/2008

Michel Voïta revenu du cynisme

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Visage anguleux, prestance ailée, une voix agréablement durcie par la trempe du métier: Michel Voïta est un des comédiens romands les plus actifs du moment, en Suisse comme en France. On le voit au théâtre, à la télé, au cinéma. Il joue, écrit, met en scène. Il était en train de tourner dans son 50e film au Luxembourg quand le réalisateur alémanique Micha Lewisnky révélait cet avril  le sien dans nos salles: Der Freund, que des jurys ont adulé mais que la critique éreinte pour sa «fadeur». Voïta y incarne le père de Larissa, la fausse amante défunte du héros central. «Ne parlant pas un mot d’allemand, je joue là phonétiquement», avoue-t-il avec une pudeur amusée de philosophe des Lumières (François Rochaix l’avait bien habillé en Rousseau pour sa Fête des Vignerons…). «Le tournage du film de Lewinsky fut une expérience de vie intéressante. J’étais entouré d’acteurs que je ne comprenais pas. J’étais en retrait, dans un rapport d’étrangeté. Mais c’est un film que je défends parce qu’il est en rupture avec un cynisme ambiant, devenu obligatoire au cinéma, et dont je suis un peu fatigué.»

Or ce cynisme-là  - de l’anticonformisme devenu conformisme - Voïta ne le pourfend pas. De même, il ne critique pas les revendications sociales des intermittents du spectacle en France, qu’il côtoie souvent. Il s’en détache. Aucun dédain non plus pour la cause des comédiens romands qui luttent pour l’emploi. Il les avait défendus en 1995, en fondant avec Michel Toman un programme d’occupation Galilée, agréé alors par l’OFIAMT, et qui n’existe plus. Le débat actuel sur la spécificité du cinéma suisse ne l’enflamme pas davantage: «Sa différence avec le cinéma français est d’ordre économique, c’est tout.»

Voilà donc à 51 ans, Michel Voïta revenu de tout cynisme et de tout militantisme associatif («à moins qu’un fasciste ne prenne le pouvoir en Suisse…») Mais ne le voyez pas comme un désenchanté aspirant au repos: ce jeune grand-père a un agenda chargé de projets de scène, d’écritures dramaturgiques et de films. Un jour, il en réalisera un lui-même, et cette perspective l’émoustille. En avant-goût, il a participé avec son épouse Laurence Voïta à une expérience filmique à plusieurs qui projetée à Vevey*.

 «A présent, j’ai l’impression de vivre cinq fois plus de choses avec cinq fois plus d’intensité. Comme à mes six ans. Une jubilation. Je crois que c’est la chance qui a guidé ma vie.»

Petit-fils d’un psychiatre russe débarqué en Suisse à la Révolution, Michel Voïta et son frère, l’artiste Bernard Voïta – désormais très coté à l’étranger - eurent une adolescence un peu terne à Cully. Leur seule échappatoire artistique était l’affection de leur tante Denise Voïta, peintre admirable qui  est décédée vendredi passé à 80 ans.

A 15 ans, Michel commençait un apprentissage de vigneron en Lavaux quand un premier hasard lui fit jouer dans une compagnie d’amateurs. Un deuxième, essentiel, fut son amitié avec un comédien professionnel au cœur de mentor: le regretté Bernard André, alias Bengloan, lui donna à lire des tragédies, des comédies, des essais d’Erwin Piscator, et l’encouragea dans la voie. Après une amorce de formation à l’Ecole romande d’art dramatique de Lausanne, rue Curtat, il est accepté dans celle, prestigieuse, de Strasbourg. De retour en Suisse, André Steiger l’embauche aussitôt pour le diriger en compagnie d’un Roger Jendly, d’une Martine Paschoud. Enfin, c’est fortuitement qu’il tombera sur Daniel Schmid, qui d’emblée s’éprend de son talent et lui offre le rôle de Jenatsch, dans un film où jouent aussi Jean Bouise et Carole Bouquet. C’était en 1986. Michel Voïta s’en souvient comme d’hier, même si son métier, dit-il, est celui de l’oubli: «Quand on joue, il faut être soi-même surpris par l’instant, sinon on anticipe, on ne réinvente pas. Et c’est devenu instinctif: au lendemain d’un rôle, j’en ai perdu le premier mot.»

(*) Qu’est-ce que t’en sais?  Du 29 avril au 3 mai à la Guinguette, à Vevey. www.nicephore-prod.com

BIO

1957. Naît à Cully (VD), d’un père pharmacien, d’un grand-père paternel psychiatre.

1977. Ecole supérieure d’art dramatique de Strasbourg. Il travaille avec André Engel, Jean-Louis Hourdin, Jean-Pierre Vincent.

1981. Premier grand rôle au théâtre, à Vidy, dans Victor ou les enfants au pouvoir, de Roger Vitrac. (Mise en scène d’André Steiger)

1983. Première mise en scène: Lenz, de Georg Büchner, au Théâtre de la Comédie, à Genève.

1986. Premier grand rôle au cinéma, dans Jenatsch, de Daniel Schmid.

1999. Incarne Jean-Jacques Rousseau, à la Fête des Vignerons de Vevey.

2001. Epouse Laurence, avec ses deux enfants pour témoins. Il a trois petits-enfants.

2008. Sortie du film Der Freund, de Micha Lewinsky.

12:35 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (12)

Commentaires

Merci du portrait du Michel Voïta et d'évoquer l'affection de Denise Voïta.

Écrit par : cmj | 18/04/2008

Michel est super beau en plus, j'envie sa femme!

Écrit par : CmJ | 12/03/2010

Bonjour. Eh eh! Chère Claire-Marie, vous voilà envieuse...et pour l'amour d'un homme! Magnifique. Merci d'avouer en public votre faible pour ce comédien. L'amour est l'arme la plus résistante pour combattre le cynisme. Bonne journée à vous deux.

Écrit par : pachakmac | 12/03/2010

En plus il cuisine très bien et sait merveilleusement bricoler !

Écrit par : Aleppo | 24/06/2010

Bonjour,

Bravo Michel pour votre rôle dans RIS, enfin c'est vous qui donnez du relief et de l'ampleur à cette série,dommage que Babara soit partie car je pense que vos deux jeux d'acteurs auraient fait sensation, vous donnez au personnage de Vermon une simplicité et une justesse appréciable avec une profonde sensibilité doublée de votre charme qui efface désormais le coté aseptisé de la série trop copié sur les séries américaines. Merci beaucoup

Écrit par : Doré | 11/03/2012

Bonjour,

Bravo Michel pour votre rôle dans RIS, enfin c'est vous qui donnez du relief et de l'ampleur à cette série,dommage que Babara soit partie car je pense que vos deux jeux d'acteurs auraient fait sensation, vous donnez au personnage de Vermon une simplicité et une justesse appréciable avec une profonde sensibilité doublée de votre charme qui efface désormais le coté aseptisé de la série trop copié sur les séries américaines. Merci beaucoup

Écrit par : Doré | 11/03/2012

J'ai vu cet acteur dans un court-métrage en avant-première (en 2004): "Marée noire" :
http://www.injam.com/fiche-an-mareenoire-fr.html
de Yves Pouliquen (encore un breton qui aime la Suisse (0_0)):
http://www.lesfilmsduguerzit.ch/LFG_profils_presentation.html

Biographie plus complète de Michel Voita ici :
http://www.comedien.ch/f/4218/michelvoita/fiche_comedien.php

(C'était... ma pige du dimanche:))

Juste une question tout de même : Je lis dans Wikipédia (bourré bien souvent d'erreurs) que Michel Voita serait né en 1961 à Berne?!?
Et, coïncidence encore, j'entendais l'autre jour sur France Culture parler de "Victor ou les enfants au pouvoir" qui se joue en ce moment à Paris mais sans Michel Voïta cette fois.
Et là, c'est juste pour "mon" plaisir et peut-être le vôtre (lecteurs) ce lien sur le théâtre d'Antonin Artaud, magnifique où l'on peut voir entre autres, une belle affiche de la pièce en 1928, mise en scène par Artaud.
http://classes.bnf.fr/classes/pages/pdf/artaud1.pdf

"Artaud avait prévu pour Victor une mise en scène déconcertante :
cadres vides suspendus, gâteau d’anniversaire aux bougies
démesurées, gestes et expressions outrés, autant d’éléments
susceptibles de provoquer l’étonnement et le malaise du
spectateur. Avec ce décor et cette mise en scène, Artaud crée
la seule entreprise de théâtre surréaliste qui ait vraiment vu le jour
et pose les bases de son théâtre de la Cruauté. Dans le programme
du spectacle, on pouvait lire : « On a voulu épuiser ici ce côté
tremblant et qui s’effrite, non seulement du sentiment, mais
de la pensée humaine » (Lettre à Ida Mortemart, alias Domenica,
décembre 1928)."

Cette fois j'arrête, je pourrais y passer la journée... quand un billet me fait rebondir d'un sujet à un autre. (Je hais les dimanches).

Écrit par : Ambre | 11/03/2012

Non, les Voïta sont de Cully. Parents pharmaciens. Frère Bernard plasticien.

Écrit par : Rabbit | 12/03/2012

Merci Rabbit!
On ne peut vraiment pas se fier à Wiki!

Écrit par : Ambre | 12/03/2012

Wiki ment, Wiki est défaillant.

Écrit par : Rabbit | 12/03/2012

Bonjour Monsieur Michel Vöita !

Etant une inconditionnelle admiratrice, je vous félicite pour votre rôle dans R.I.S. Je suis très fâchée et triste que les producteurs aient tout simplement annulé votre personnage joué tout en finesse. Heureusement, vous êtes philosophe et votre vie tant professionnelle que privée est bien remplie et pleine de projets.
Tous mes vœux pour l'avenir.

Écrit par : mésange | 30/05/2013

Bonjour Monsieur Michel Vöita.
Je suis désolée qu'on vous ait préféré une femme pour ensuite arrêter la série ( R.I.S). Vous avez donné de l'humanité au héro. D'autre part je trouve que vous êtes un excellent comédien.
Je vous verrais bien en arsène Lupin, revisité et dirigé par Julien Zidi.
En espérant vous revoir bientôt sur nos écrans.
Je vous souhaite bonne chance.

Écrit par : joséphine | 18/02/2015

Les commentaires sont fermés.