07/05/2008

Josef Zisyadis et ses racines grecques

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En septembre prochain, notre Josef-le-Rouge servira donc de guide à  25 touristes de Kuoni pour leur faire découvrir les charmes du Dodécanèse. La nouvelle a paru le 24 avril dans notre journal à l’enseigne de l’insolite. Or dès le lendemain, le Blick lui donna de l’ampleur: car les Alémaniques sont friands de tous les faits et gestes du Lausannois Zisyadis, surtout depuis son coup d’éclat à Obwald, quand il s’y établit en janvier 2006 pour dénoncer une sous-enchère fiscale votée par le demi-canton. Ils l’ont même érigé  en petit roi de carnaval. En deçà de la Sarine, il l’est aussi, mais avec des nuances. De la tendresse aussi peut-être. Là-bas, il est une caricature, ici une énigme. Son destin est devenu encore plus énigmatique depuis qu’il a affirmé, l’an passé, qu’il ne briguerait plus son poste de secrétaire général du POP vaudois. Cela après vingt-cinq ans de militantisme farouche et théâtral, et de coups de gueule plus ou moins appréciés au parlement fédéral -  où il siège à nouveau depuis le 1er novembre 2007, dans un groupe de Verts qui lui octroient une indépendance politique et une liberté de parole qu’il se dit fier de n’avoir pas perdue. Contrairement à son gagne-pain de secrétaire de parti: n’est-il pas, à 52 ans, père de quatre enfants?

Devenir guide touristique en Grèce pour le compte d’une agence suisse importante, voilà une reconversion qui serait non seulement confortable, mais gratifiante pour l’esprit: Josef aime ses racines grecques autant que sa terre d’adoption. Il saura mieux que personne expliquer les les réalités de Patmos, où l’évangéliste Jean rédigea l’Apocalypse. Voilà vingt ans qu’il est passionné par le destin de cette île qui fut naguère viticole. Avec son ami Gilles Wannaz, le vigneron-encaveur de la Tour de Cheneaux, il y dirige un plan de réhabilitation de la viticulture à partir de cépages locaux méconnus en Europe occidentale.* C’est à ce projet insulaire qu’il entend consacrer ses activités futures, ainsi qu’à la perpétuation en Suisse de la Semaine du Goût qui, en sa huitième édition, a pris une envergure supra-cantonale. Et ce mandat de guide touristique? «Il est ponctuel. Y en aura-t-il d’autres? je ne le sais pas. C’est Kuoni qui est venu me chercher, de même qu’il lui arrive de faire appel à un André Charlet, à un Fabien Loizedda pour personnaliser des circuits. Pour l’instant, je suis accaparé par mon mandat de conseiller national qui ne s’achèvera qu’en 2011. D’autant plus que je fais partie de deux commissions parlementaires (celle des institutions politiques et celle de l’économie et redevances, n.d.l.r). Je veux aussi lancer l’idée d’un parti rassemblant les diverses gauches suisses, à l’instar de la Linke allemande. Dans l’immédiat, je me bats pour l’initiative du droit au salaire minimum, et contre la naturalisation par le peuple.»

Il y a juste trente ans, il s’était vu refuser la sienne par le Conseil communal de Lausanne, à cause de son adhésion au POP. Une violation des accords d’Helsinki qui fut aussitôt réparée par l’intervention du syndic d’alors, un certain Jean-Pascal Delamuraz. On oublie parfois qu’avant de devenir Suisse, Josef Zysiadis avait un passeport turc. Son grand-père faisait partie de ces Grecs qui rêvèrent de libérer Constantinople du joug ottoman en 1912. Il resta à Istanbul. Quant à son père, il dut quitter les rives du Bosphore après le grand exode de 1955, essaya d’implanter sa boutique de montres à Athènes, sans succès. C’est par ses relations commerciales avec des horlogers suisses qu’il s’installa finalement à Lausanne, en 1962. D’emblée, il décida que sa famille deviendrait protestante. Ainsi toute l’intégration de Josef au Pays de Vaud s’est faite par le protestantisme: école du dimanche, culte, chants accompagnés de guitare électrique, etc.  Mais c’est dans le quartier parisien de Belleville,

où il œuvrera de 1979 à 1983 comme pasteur de la Mission populaire évangélique de France, qu’il prendra goût à la politique sociale et aux coups d’éclat. Au métier de tribun. 

* www.apocave.com

BIO

1956. Naît à Istanbul, trois ans avant son frère Abraham, futur journaliste de la TSR.

1962. Après un séjour de 5 ans à Athènes, sa famille s’installe à Lausanne. Collège de Villamont. Gymnase de la Cité (matu latin-grec).

1979. Après des études de théologie inachevées à l’UNIL, il est pasteur dans le quartier de Belleville, à Paris.

1981. Naissance de sa fille Marika. Alekos verra le jour en 1986, Arthur en 1991, Aris en 2000.

1983. Secrétaire du POP vaudois. Il le restera jusqu’en 2008: «Vingt-cinq ans, ça suffit. A bas les bureaucrates!»

1989. Conseiller communal lausannois, il est député au Grand Conseil en 1990, au parlement suisse dès 1991, et conseiller d’Etat vaudois de 1996 à 1998.

2011. Fin de son mandat de conseiller national, entamé en 2007, après le retrait de marianne Huguenin.

13:39 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

oui...

Écrit par : Calu Schwab | 08/05/2008

Josef Zysiadis est celui qui s'arrête pour ramener à la maison une personne fatiguée et qui marche avec une canne. Sans même se faire connaître mais je l'avais reconnu. Et il le fait pour d'autres, je sais.
C'est vrai que, comme beaucoup, comme moi, son style de vie n'est pas conforme, il me semble, à celui des gens qu'il défend et qui sont sans sécurité, parfois sans toit.
C'est vrai que je ne n'aimerais pas me laisser piéger par KUONI pour être "guide touristique". N'importe où!

Mais c'est aussi vrai que c'était courageux de "dénoncer une sous-enchère fiscale votée par le demi-canton d'Obwald en janvier 2006", avec les moyens concrèts qui lui ont valu pas mal de quolibets et de moquerie. Cela il faut l'assumer.

Encourager publiquement "la pratique de la justice pour tous dans un pays où tout est gris", sans concession, ni langue de bois, ... sans compromis, est-ce possible?

Je voudrais espérer que OUI, et Josef Zysiadis montre qu'on peut toujours essayer.

Écrit par : cmj | 08/05/2008

Et qu'en pense Marianne Huguenin? Sacrifiée comme Iphigénie?

Écrit par : Homère Simpson | 10/05/2008

Josef Zysiadis un ami a colonel libyan kadhfi.

Écrit par : orfia | 14/02/2009

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