18/05/2008

Le pourpier, la cheftaine et les contempteurs de Balzac

1030279428.jpgJeudi passé, Terre et Nature nous a fait cadeau d’un gigantesque «calendrier de culture». Un encart dépliant où se déclinent, se conjuguent, se traitent et peuvent même se manger une trentaine de légumes qu’on n’achète pas ordinairement à la Migros ou à la Coop. Le poireau perpétuel, l’épinard Bon-Henri ou la tétragone cornue sont d’étranges bestioles végétales que vous aurez plus de chances de trouver chez un maraîcher doué de mémoire; dans le potager d’une mère-grand, sinon dans le potager historique du Musée national de Prangins.

Ce calendrier nous apprend que les feuilles de l’amarante sont comestibles comme des épinards. Que les coquerets (ou alkékenges) du physalis – vous savez, ces boules rouges évoquant des lanternes japonaises – se croquent comme des tomates cerise à l’apéro. On y découvre les vertus médicinales du pourpier, cette annuelle aux tiges rampantes que l’on élimine à tort comme une mauvaise herbe. Ses folioles, agréablement acidulées, se consomment en salade, dans une soupe, en omelette, en gratin. Elles regorgent de vitamines A et C; mais aussi de fer, de sodium, de potassium, de magnésium, d’antioxydants. Le pourpier (image du dessus) constitue un des éléments de base de l’alimentation des Crétois, dont la santé cardio-vasculaire est, dit-on, exemplaire. Et il prospère dans les vallons humides qui ravinent leur île antique et solaire.

A ASSENS, LES CINQ SENS… PLUS CELUI DE L’ART

 

Après avoir rêvé à la mythologie minoenne de la Crète tout en humant les planches potagères de Prangins, on quittera La Côte pour mettre le cap sur le Gros-de-Vaud. L’Espace culturel d’Assens a tracé, pour son 10e anniversaire, un parcours ingénieux qui comblera nos appétits olfactifs d’une manière moins didactique. Moins historique et mythologique. Mais plus naturelle; en relation surtout avec nos autres facultés sensorielles – l’ouïe, la vue, le toucher, etc. La plus sacrée d’entre toutes – celle qui nous fait aimer les arts – y est en honneur: une quarantaine de sculptures réalisées par des créateurs affluant de 13 cantons jalonnent un sentier balisé de 4 kilomètres et demi. Elles s’érigent dans les sous-bois et dans les champs, sur les rives du Talent, ou à l’intérieur des villages.

www.espace-culturel.ch

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LE STABAT MATER, LE RAUSIS ET LA FETE-DIEU

On annonce deux édifiantes soirées musicales, les 21 et 22 mai, en la cathédrale de Lausanne. Henri Klopfenstein y dirigera à 20 h 30 l’ensemble vocal Horizons, le Chœur de l’Abbatiale de Romainmôtier, le ténor Valerio Contaldo et le baryton David-Alexandre Borloz.

Beaucoup de monde s’est d’ores et déjà inscrit, mais surtout pour la seconde partie du concert: elle est dévolue à Puccini et à sa Messa di Gloria - toute légère, gracieuse et vanillée. Je crois que la première partie sera plus intéressante, car on y entendra le Stabat Mater de Verdi, une des quatre pièces sacrées (Quattro Pezzi Sacri) qu’il écrivit deux ans avant sa mort en 1900, et qu’on joue rarement en public.

Pour rappel, le Stabat Mater est une hymne chrétienne qui évoque les souffrances de Marie au pied de la croix (Stabat Mater dolorosa = «debout la mère des douleurs»). Elle a été mise en musique par de nombreux compositeurs, dont Palestrina, Scarlatti, Haydn, Rossini, Schubert, Dvorák, et bien entendu Pergolèse.

Le 22 mai, c’est le jeudi de la Fête-Dieu, celle du Saint-Sacrement, instituée en 1264 par Urbain IV pour honorer la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie. Elle est restée, comme on sait, très populaire en Valais. Mon ami Daniel Rausis la célébrera tout seul, et à sa façon, à Martigny, rue de l’Ancienne-Pointe. Une performance durant laquelle le théologien-humoriste d’Espace 2 et la Première prononcera «une conférence citoyenne affirmant un credo politique». (21 h.)


 

FEMINISATION DES NOMS DE PROFESSION

C’est déjà un vieux serpent de mer, mais il m’exaspère et me met souvent aux prises avec des amies qui me savent féministe autant qu’elles. Je parle de la graphie du mot cheffe, dont l’usage en Romandie se régularise dans les actes administratifs et les journaux. Je la trouve particulièrement disgracieuse, lui préférant celle de chef. Oui, même au féminin: on dit bien une nef d’église, alors pourquoi pas une chef de bureau, une chef de projet, une chef de département fédéral?

Aux forcenées de la féminisation des noms de profession, un puriste avait naguère suggéré le recours à cheftaine, un terme homologué par nos dictionnaires depuis 1916. Mais elles regimbèrent parce qu’il faisait «trop scout» (scoute), comme si cette connotation avait quelque chose de dégradant.

Ou comme si cheftaine était une contraction triviale de chef et turlutaine

Il n’en est rien. Ce mot nous est venu de l’anglais chieftain au début du siècle passé, effectivement avec la vague du mouvement scout créé par Robert Baden-Powell en 1908, mais il est une déformation du français médiéval chevetaine, soit capitaine de croisés. Or sous Philippe-Auguste, Richard-Cœur-de-Lion et Saint-Louis, on parlait d’un chevetaine…

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BALZAC CHEZ SES CONTEMPORAINS

C’est un 20 mai, comme mardi, qu’Honoré de Balzac naquit à Tours en 1799, après avoir laissé une œuvre colossale et tentaculaire, dont on n’a pas fini de décoder les enchevêtrements sociopsychologiques, mais qui en son temps irrita, car l’homme était impertinent, terriblement imbu de sa supériorité. En 1840, Sainte-Beuve écrivait: «Il a tout l’air d’être occupé à finir comme il a commencé… par cent volumes que personne ne lira.» Et Louis Reybaud: «Un des plus grands défauts de M. de Balzac, c’est de s’être créé un monde imaginaire, qu’il a pris au sérieux et qu’il s’obstine à considérer comme réel… La vogue qui l’a soutenu déjà le délaisse.»

Dix-neuf ans après la mort de Balzac, Pierre Larousse notait dans le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, «il peut être taxé hautement et très justement d’immoralité. C’est là un des caractères généraux des œuvres de Balzac qui sont, quoi qu’en disent ses enthousiastes, une lecture malsaine et corruptrice».

Et Gustave Flaubert, en 1852: «Quel homme aurait été Balzac s’il eût su écrire!»

Commentaires

C'est comme le mot autrice qui serait plus commode qu'auteure ( il y a déjà directrice n'est-ce pas). Mais elles trouvent que "ça fait autiste"...

Écrit par : Sallin | 18/05/2008

Et comme quel'quun l'avait fait remarquer: on pourrait dire une auteur, sans un muet à la fin. On écrit bien une fleur, une soeur, une couleur...

Écrit par : Xénius | 18/05/2008

"Assens, les sens en tous les sens": je vous recommande tout particulièrement les "Préliminaires "de Véronique Chuard en amont de la rivière et "La haie sonore" d'une autre Véronique, Véronique favre: y en a pour les yeux et pour les ouiïes...

Écrit par : Simone | 18/05/2008

J'attire votre attention sur la parution en Pléiade des oeuvres de Claude Lévy-Strauss, qui justement s'inspira énormément de la Comédie humaine de Balzac pour décoder l'organisation des constellations sociales et familiales.

Écrit par : Suren | 19/05/2008

La longévité des pouplations crétoises tient en effet à leur alimentation autarcique: beaucoup de légumes, peu de viande (agneau, mouton, cabris), poissons de mer, et surtout thy, romarin, sauge et laurier, sans oublier le pourpier et autres épices naturelles qui poussent chez eux. Presque pas de produits importés.

Écrit par : Chobert | 19/05/2008

Si j'ai compris, il faut se nourrir seulement de ce qu'on trouve à manger dans son propre pays pour rester en bonne santé et vieillir... Tiens voilà un nouveau slogan pour l'UDC.

Écrit par : James | 19/05/2008

Il vaut évidemment mieux avoir raison avec Sartre et se bourrer de fraises espagnoles sans saveur et sans goût...

Écrit par : Géo | 19/05/2008

"C'est comme le mot autrice qui serait plus commode qu'auteure ( il y a déjà directrice n'est-ce pas). Mais elles trouvent que "ça fait autiste"...

Ca m'a toujours frappé. Et je trouve aussi qu'écrivaine, fait surtout -vaine... C'est d'autant plus stupide qu'il existe des termes féminins ou neutres parfaitement acceptables, commme romancière, historienne, essayiste, dramaturge, philosophe...

Écrit par : Scipion | 19/05/2008

J'ai voulu aborder écrivaine mais j'y ai renoncé. Comment on dit pour une femme médecin ? Une médecine ?

Écrit par : Géo | 19/05/2008

C'est tellement ridicule de se nommer "autrice" ou "écrivaine"! Ne serait-ce que pour des raisons esthétiques, je refuse d'utiliser ces mots.

Écrit par : Inma Abbet | 19/05/2008

Oublions un peu les noms de métiers féminins et venons-en aux jurons:

On dit "une pouffiasse", jamais un "pouffias"
Une "pétasse", jamais "un pétas"...
etc, etc.

Écrit par : Sonia | 20/05/2008

Une gourgandine, jamais un gourgandin...

Écrit par : Alma | 20/05/2008

Ce ne sont pas des jurons mais des insultes, et le problème, ce n'est pas qu'il existe des injures strictement féminines, c'est d'insulter...

Écrit par : Géo | 20/05/2008

Un médecin m'avait dit:

"Quand j'écris à un médecin, je lui dis: "Cher confrère". Quand le médecin est une femme, est-ce que je peux dire: "Chère consœur?" Ou dois-je lui dire aussi: "Cher confrère?".
Merci de nous aider.

Écrit par : cmj | 20/05/2008

Mais pourquoi pas chère consoeur ? Oû donc est le problème ? Par contre, mme la médecine...

Écrit par : Géo | 20/05/2008

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