29/06/2008

Fleurs cacaotées, escalier-moustache et lapin marial

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Elle est revenue la saison des campanules! avec leur foisonnement de clochettes mauves ou bleues ou blanches. Louis Aragon les confondait par griserie avec les fleurs de la passion (rappelez-vous l’Etrangère, chantée par Ferré ou Ogeret), dont l’autre nom est passiflores. Dans son appartement de l’avenue des Alpes, ma tante Gladys leur verse à boire deux fois par jour en les traitant affectueusement de «vilaines pochardes». Mais, rassurez-vous, ces élégantes buveuses falbalesques à volants ne s’enivrent que d’eau fraîche. Aussi leurs corolles bulbeuses ne répandent-t-elles d’autre fragrance que l’acidité végétale ordinaire. Une odeur de pelouse fraîchement tondue.

Plus féminine, plus gitane, et bien plus coquette est la berlanderia lyrata, aux pétales chamarrés de safran. Son parfum n’est pas safrané. Il est celui d’«un bol de cacao fumant». Je la découvre grâce à Isabelle Erne, de Terre & Nature. Son écriture colettienne et synesthétique me révèle une autre rareté à la fois florale et cacaotée, et dont la couleur se rapproche plus de l’objet de toutes mes gourmandises: c’est le cosmos atrosanguineus (donc à «sang noir»), originaire du Mexique, comme le cacaoyer, mais c’est une vivace tubéreuse qui se cultive à la manière du dahlia. La feuille est vert foncé, la tige brun rouge, la fleur d’un velours couleur de prune.

En Europe, on l’appelle plus familièrement cosmos chocolat. Il suffit de le respirer pour prendre des calories. Mais ça ne se mange qu’avec les yeux: la photo d’en haut vous est offerte en friandise.

Tiré du Dictionnaire amoureux des chats*

chtaamoureux.jpgLe grand naturaliste Buffon consacra une bonne cinquantaine de pages au chat dans le tome VI de son Histoire naturelle, publié en 1756. Mais ce n’est pas pour en dire beaucoup de bien. On y entend comme un règlement de comptes:

«Quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la gentillesse, ils ont en même temps une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers, que l’âge augmente encore et que l’éducation ne fait que masquer.

» De voleurs déterminés, ils deviennent seulement, lorsqu’ils sont bien élevés, souples et flatteurs comme les fripons; ils ont la même adresse, la même subtilité, le même goût pour faire le mal, le même penchant à la petite rapine; comme eux, ils savent couvrir leur marche, dissimuler leur dessein, épier les occasions, se dérober ensuite au châtiment, fuir et demeurer éloignés jusqu’à ce qu’on les rappelle.»

De Frédéric Vitoux, Ed. Plon/Fayard

Un Petit précis patrimonial

Il en a de la chance, Gaëtan Cassina, professeur d’histoire de l’art monumental régional à l’Université de Lausanne. Et du mérite certainement: alors qu’il s’apprête à quitter ses fonctions académiques, ses collègues, amis et anciens étudiants ont peaufiné pour lui rendre hommage un recueil de 23 études sur les beaux mystères du patrimoine romand.

A tirage limité, Petit précis patrimonial, est en souscription jusqu’au 30 septembre prochain chez Edimento, Lausanne. La table des matières est bien alléchante pour qui est féru de curiosités architecturales:

Qu’est-ce que l’escalier-moustache de l’Université de Fribourg? Qui est l’auteur de la tour-lanterne de la cathédrale de Lausanne? Sait-on que cette dernière ville a été au XVe siècle un centre important de production de ferronneries gothiques? De quand date précisément la fameuse Maison des Etats de Moudon? La ville de Rolle a été fondée en quelques jours seulement: pourquoi?

La Vierge au lapin

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Ma consœur Françoise Jaunin a annoncé vendredi dans 24 heures l’importante exposition bergamasque qui vient de s’ouvrir à l’Hermitage* de Lausanne, pour faire resplendir tout un été sur la butte des œuvres de Raphaël, Carpaccio, Pisanello, Canaletto, Lorenzo Lotto, Gian Francesco Guardi, etc.

Parmi la septantaine de tableaux (du XVe au XVIIIe siècles) rassemblés, on s’arrêtera devant une Vierge à l’Enfant de Giovanni Bellini - tempera sur bois -, et devant une autre Vierge à l’Enfant signée Titien, qui est bouleversante aussi par le paysage (veduta) aux bleus et verts contrastés qui s’éploie en arrière-plan. Le peintre vénitien la réalisa vers 1510, alors qu’il avait 22 ans.

Vingt ans plus tard, alors que sa renommée européenne était au zénith, le maestro Tiziano Vecellio en peignit une très différente, de petit format, mais aux détails plus étudiés-léchés (image ci-dessus). La Madone et Jésus y sont entourés de deux nouveaux personnages: une accorte et plantureuse sainte Catherine et un duveteux lapereau blanc qui s’est blotti sous la main gauche de Marie.

A croire que l’Enfant-Dieu, comme tous les enfants de la création, avait droit Lui aussi à une peluche – mais celle-là est très vivante, grâce au pinceau de l’artiste!

Cette exaltante Vierge au lapin ne figure pas dans les trésors de Bergame exposés à l’Hermitage. Elle est au Louvre.

Commentaires

La Madone (ou Vierge à l'Enfant) en français s'écrit avec un seul n. Alors que l'italien en prend 2: Madonna, pour désigner le personnage seul de Marie. L'expression consacrée est Madonna col Bambino.

Écrit par : Vlad | 29/06/2008

La main de marie, oui, mais les doigts du bébé font toujours l'objet d'un attention particulière dans ces tableaux de la Vierge à l'Enfant, de même que l'axe des regards entre lui et sa mère. Idem dans les ensemble sculptés sur le même thème.

Écrit par : Frédéricque | 29/06/2008

Voilà, j'ai collé mon nez sur l'écran au niveau de la fleur, j'ai respiré un beaucoup et j'ai pris deux kilos... Maic c'était vachement bon, merci.

Au fait que veur dire l'expression "Etre chocolat"? D'où vient-elle?

Écrit par : Fanny | 30/06/2008

Etre chocolat= être éberlué, être dépité en se rendant compte qu'on a été berné.
D'Après Alain Rey, l'expression date du XIXe siècle, à l'époque des clowns Footit et Chocolat du Nouveau Cirque de Paris. Le petit Footit mettait en difficulté son grand compère, lui jouant des tours pendables. Quand ce dernier (de couleur noire) se sentait berné, il s'exclamait "Je suis Chocolat"...

Écrit par : Xénius | 30/06/2008

oui, l'Enfant-Dieu comme tous les enfants a droit à une peluche, surtout quand c'est une petit lapin vivant. Ils se regardent, ils ne demandent que la liberté de jouer dans l'herbe...laissant Catherine et Marie à leurs pensées, à elles

Écrit par : cmj | 30/06/2008

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