02/07/2008

Saint Théodule et l’épée de Charlemagne

revazz.jpgA partir de mardi prochain 9 juillet, et jusqu’en septembre, la colline sédunoise de Valère se déguisera chaque soir en île flottante, comme dans les aventures de Gulliver. Sur des textes de notre belle et talentueuse romancière romande Noëlle Revaz (photo), et une musique de Lee Maddeford, on assistera à une féerie versaillaise, à l’aune valaisanne. On a volé l’épée de la Régalie relatera avec des dialogues, des chansons, des mélodies et beaucoup de feux nocturnes, une légende qui remonte à saint Théodule, le saint patron des vignerons du Valais.

 

 

 

L’initiateur de cette manifestation ne pouvait être que  Daniel Rausis, associé à Sion en Lumières.

 

Mon ami Rausis est un déclencheur de fantasmagories. L’adjectif à la mode improbable, usité à l’intention des individus qui tiennent et de la carpe et du lapin lui va à merveille. Sauf que lui tiendrait du théologien de la Renaissance (façon Pic de la Mirandole) et de l’humoriste pataphysicien comme chaque auditeur de la Radio romande le sait. Il est à son cher Valais ce que la plupart des politiciens de ce canton – ou notables de tout poil – ne sont pas: un catalyseur d’humeurs, un pyrotechnicien des âmes.   DER_DANIEL_RAUSIS_01.jpg

Ce spectacle de Valère, il le fignolait depuis plusieurs mois, des années peut-être, mais il ne m’en a jamais dit mot, jusqu’au jour où j’ai reçu le carton d’invitation. Pour en savoir davantage, et pour en parler dans mon blog, j’ai dû insister un brin. Voici le résumé qu’il m’a finalement envoyé – il est de la plume de son assistante Rita Freda:

«Cet été, à Sion, le spectacle de sons et de lumières organisé sur la colline de Valère met à l’honneur les pouvoirs de la fable. Invités à se retrouver sous la voûte étoilée, petits et grands auront plaisir à découvrir On a volé l’épée de la Régalie, à se laisser emporter dans un univers où le fait divers s’habille de merveilleux. Ecrite par Noëlle Revaz, accompagnée d’une musique signée Lee Maddeford, l’histoire se compose d’une succession de monologues entrecroisés de dialogues et de chansons.

L’intrigue se noue et se dénoue, ainsi que le titre l’annonce, autour de l’épée qui, selon une légende du pays, a été offerte par Charlemagne à saint Théodule, premier évêque du Valais. Bien que d’aspect banal, cette épée attire la convoitise d’un jeune homme qui la dérobe parce qu’il aime à posséder pour lui seul les objets d’art qu’il admire.

Dans On a volé l’épée de la Régalie, au fil de pensées intimes, d’échanges, de confidences et vraisemblablement de dépositions livrées dans le cadre d’une enquête policière s’expriment tour à tour non seulement le gentleman cambrioleur, sa mère ainsi que le gardien et la directrice du musée volé, mais aussi Charlemagne, Saint Théodule et l’épée… Cette épée émerveille et fascine. Auprès d’elle, certains se souviennent des contes de leur enfance, d’autres se laissent aller aux rêveries les plus intimes. Omnisciente, l’épée n’ignore rien du sort qui lui est destiné et n’hésite pas à révéler à ceux qui se trouvent en sa présence cette part d’eux qui leur est inconnue ou qu’ils tentent parfois d’oublier. Au fil d’une action où le présent, le passé et l’avenir se télescopent, petites gens et grandes figures historiques se croisent. Au détour d’un mot, d’une phrase, d’une réflexion, chacun lève le voile sur ses sentiments, ses aspirations, ses ambitions, ses petites ou grandes fêlures.

Dans On a volé l’épée de la Régalie, Noëlle Revaz esquisse avec humour et tendresse des portraits truculents ou attachants. Et insensiblement à travers eux, elle traite de diverses thématiques. Parmi celles-ci: le difficile apprentissage de l’indépendance, l’amour dévorant d’une mère pour son fils, la téméraire désobéissance d’un employé, la solitude éprouvée par certaines femmes célibataires, les incongruités de l’Histoire sur lesquelles se fondent les mythes.»

Rita Freda

Qui était saint Théodule?

saint theodule.jpg

 

Si vous voulez en savoir davantage sur ce saint Théodule, dont la figure apparaît dans plusieurs églises du Valais, y compris dans la chapelle de Ferret, près d’Orsières (la commune des Rausis…), voici un texte très historique d’Alessandro Iannelli, paru il y a trois ans à l’enseigne de Romanduvin.ch :

«Dans l’imagerie traditionnelle, on le représente une grappe de raisin à la main au côté d’une cloche. Patron des vignerons, saint Théodule fut le premier prélat de l’évêché d’Octodure (devenu Martigny) qui s’étendait en 379 sur tout le bassin du Rhône en amont du Léman jusqu’à Saint-Gingolph. Sous les ordres d’Ambroise, évêque de Milan, il christianisa les païens du Valais pour le compte de l’Empire romain d’Occident.

Sa célébrité lui vient de visions qui lui révélèrent le lieu où gisait la légion thébaine à Agaune, probablement massacrée par les Alamans. Théodule leva les corps et les exhuma dans un sanctuaire qui en 515 devint l’abbaye de Saint-Maurice. Mais autour de la figure de l’évêque fleurissent légendes et dictons qui lui attribuent l’origine de la vigne du Vieux Pays.

La mémoire populaire conte que lors d’un de ses nombreux voyages en Italie, Théodule conclut un marché avec un diablotin. Celui-ci, en échange de l’âme du premier humain rencontré au retour avant le chant du coq, le transporta sur son dos du Valais à Rome. Ils passèrent par le col qui porte encore aujourd’hui son nom : le col de Théodule.

En échange de son fidèle service, le Pape offrit à l’évêque une cloche et des sarments. Sur le chemin du retour, Théodule arrivé à Visperterminen, dans la vallée de Viège, distribua des sarments aux gens. Ainsi apparut le Païen que l’on boit encore de nos jours. A Géronde, les sarments de l’évêque donnèrent la Dôle de Géronde, la Dôle de Sierre et la Dôle de Salquenen. Et finalement, la Malvoisie fut plantée entre Valère et Tourbillon. C’est ainsi que naquit le vignoble valaisan.

Et notre compère, toujours à dos de diablotin, arriva donc à Valère où un coq blanc se mit à chanter. Instruit par Théodule, le coq attendit le retour du saint pour réveiller les hommes. Le diablotin ainsi abusé disparut sans avoir aucune âme à emporter.

Si la légende est fiction, une part de vérité historique s’infiltre dans ce récit. En effet, la cloche semble avoir vraiment existé. Après avoir sonné sur le beffroi de la cathédrale de Sion, elle se fendit et devint une relique. Il se pourrait également que la vigne ait bien été importée d’Italie par les nombreuses expéditions que les ecclésiastiques d’alors menaient à Rome.

De l’évêque missionnaire, chef spirituel et matériel de ses ouailles, chaque village semble disposer d’un récit, avec toujours pour trame de fond la vigne. Ainsi à Bovernier, on raconte que saint Théodule, de retour de Rome par le Mont-Joux, fut accompagné par le diable déguisé en marchand italien. Fatigué, notre pèlerin décida de s’arrêter aux abords d’une source d’eau chaude. Tandis qu’il s’assoupissait, Satan lui vola son bâton, symbole de sa fonction d’évêque, et s’enfuit par le village. Mais une femme de Bovernier, lavant les cuves et tonneaux que son mari emporterait à Fully pour la prochaine vendange, poussa le cuvier sur le chemin en direction des bruits. Le diable trébucha et perdit son bâton prestement récupéré par la paysanne. En signe de gratitude, saint Théodule promit alors du vin en abondance au village. Et Satan, des guêpes qui s’occuperaient du raisin mûr. Ainsi, Bovernier hérita du Goron, et des guêpes…

Discours savant et discours populaire s’entremêlent, comme bien souvent avec les personnages historiques devenus légendaires. Ce saint Théodule, toujours prêt à presser avec générosité des raisins bien mûrs dans les tonneaux vides des vignerons reste encore sous bien des aspects une énigme pour les historiens. Mais nul doute que ce cher évêque veille avec la plus grande attention et le plus sincère des amours sur les vignobles du Valais. Et aucun diablotin n’y pourra jamais rien. 

Alessandro Iannelli

Commentaires

je suis vraiment fascinée. Il existe je pense en ce légendaire Valais un Daniel Rausis et un Olivier Rausis, ce dernier présentait la charmante conteuse Laurence Mizel alias la sorcière Ratafia pour Le Nouvelliste, 3 avril 2007. Laurence propose des Brico-contes pour les enfants à la Maison des Contes et Légendes de Dorénaz. Sûrement que la légende de Saint Théodule, du diablotin qui laisse filer les âmes et du coq blanc qui réveille les hommes y ont leur place à la Maison des contes et légendes d'Outre-Rhône. C'est par hasard que j'ai connu cette Maison des contes. Je travaillais à Lausanne et j'essayais d'acquérir l'art de conter. Pour plus tard! Raconter. J'ai découvert Dorénaz et m'y suis rendue presque tous les mercredi après-midi; tout une randonnée en train et en bus et le chauffeur du bus fut mon premier maître conteur! A Dorénaz, j'ai exploré ce magnifique petit village et suis restée muette de surprise face à la Maison des Contes! A 14h00 le responsable a ouvert la porte et je suis entrée au Unterwelt, Mittelwelt et j'ai grimpé l'escalier jusque sous le toit près du paradis avec des enfants, des mamans; comme eux, j'ai enfilé un longue tunique, j'ai mis une jolie toque-flamme sur mes cheveux blancs, et nous tous, nous avons dégusté les réalités, les vraies, celles qui font frémir, rêver, aimer les diablotins, les anges, les fourmis, les lions, les fantômes et les ravissantes sorcières à cheval sur un balais volant...C'est à Dorénaz. L'adresse du site est: www.conteslegendes.ch . Je ne peux plus m'y rendre, à moins qu'un jour un balai volant m'invite au voyage! Ou même le dos d'un angélique diablotin. Je ne dirais pas non.

Écrit par : cmj | 02/07/2008

La légion thébaine, selon la légende, a été décimée sur ordre de l'empereur Dioclétien, parce qu'elle refusait de châtier des chrétiens présents dans les parages. Les historiens peuvent parler des Alamans, mais ce n'est pas dans la légende, et le problème est qu'on ne sait même pas si cette légion thébaine a vraiment existé ; cela peut s'agir aussi d'une sorte de symbole de dieux archaïques et égyptiens adorés dans le Valais primitif.

Par ailleurs, saint Théodule vivait plusieurs siècles avant Charlemagne, et il a été en réalité en contact avec le roi burgonde saint Sigismond, qui a fondé officiellement l'abbaye de Saint-Maurice. Saint Maurice est devenu le patron de son royaume, en même temps qu'il se convertissait au catholicisme, lui-même. Saint Maurice est resté le patron de la Savoie, et la croix de saint Maurice, c'est l'écu de Savoie, ou le drapeau, si vous voulez : de gueules à croix d'argent.

Le symbole de saint Maurice, plus qu'une épée, est une célèbre lance.

Enfin, si j'habitais plus près, j'irais certainement voir ce spectacle !

Écrit par : R.M. | 03/07/2008

Saint Théodule en est tout retourné.
Le barde Rausis et sa belle amie Noëlle Revaz dans leurs récits d'antan ont chagriné une noble âme de Bovernier, Dame Noëlle Ribordy, "ce serait son chevalier Adolphe Ribordy qui rédige les romans de Madame".
Ce sera gente merveille d'avouer leur erreur.
Elle a pitié d'eux, mais elle comprend que le goron, nectar des Dieux, leur a bouleversé l'esprit.
Quelle guêpe les a piqués!

Écrit par : oceane | 04/07/2008

Océane fait allusion à une oeuvre ancienne, fort rare et qui vaut aujourd'hui une fortune.

En 1996 est parue une Anthologie Serge Sierro, préparée par Noëlle Revaz présentée à François Marin par Daniel Rausis et parue chez Monographic à Sierre. C'est un livre de pastiches littéraires en hommage au président du gouvernement valaisan Serge Sierro. Ce livre contient aussi un dessin animé de Claude Dussex dans lequel Serge Sierro explique aux enfants l'art du brossage de dents. Il avait été l'occasion d'un spectacle intitulé "Serge Sierro fait du camping", spectacle auquel le président du gouvernement avait participé lui-même.
On soupçonne les auteurs d'avoir voulu gagner la sympathie de Serge Sierro par cette oeuvre. François Marin a reçu le prix de l'Etat du Valais en 2000, des mains de Serge Sierro. Noëlle Revaz l'a reçu en 2004 des mains de Claude Roch. Dans les deux cas c'est Daniel Rausis qui officiait comme maître de cérémonie. Ce livre a été prétendument postfacé par le président de Martigny Pascal Couchepin. Nous le citons ici in extenso (p.101)

"Mes chers,
Vous savez que j'aime aussi les livres brefs. Ils sont lus rapidement. Les giratoires remplacent les feux rouges. Le temps presse.
Déjà j'avais ri de bon cran pour votre premier opuscule "La Suisse romande coule-t-elle?" que vous m'aviez attribué. L'imitation était presque parfaite.
Je suis moi-même plus prolixe. J'en veux pour preuve le livre sur Martigny que j'ai écrit comme nègre d'Edouard Morand, trop occupé à corriger les édioriaux d'Adolphe Ribordy qui rédigeait les romans de madame.
Vous êtes déjà les fils à qui? Je vous serre la main.
Pascal Couchepin"

En résumé:

Un sketch au milieu de cent autres, prétend en 1996 que Daniel Rausis est le nègre de Pascal Couchepin, parce que Pascal Couchepin est le nègre d'Edouard Morand, parce qu'Edouard Morand est le nègre d'Adolphe Ribordy parce qu'il est le nègre de madame.

Et jusqu'à l'intervention d'Océane, personne n'avait dénoncé cette erreur. Merci d'avoir rétabli la vérité. Les historiographes de ce canton vous seront reconnaissants.

Et comme concluait déjà l'ouvrage:
Hunc librum curaverunt edendum non solum inter leones Rausis, inter bovem et asinum Revaz, inter aves Marin, sed etiam in Laterano Daniel, inter latrones Noëlle et in latrinis François.

Paul Petchi, observateur des lettres romandes.

Écrit par : Paul Petchi | 05/07/2008

Résumé : le Valais est un grand panier de crabes aux dents longues. Le CICR et la TSR en savent quelque chose...

Écrit par : Géo | 05/07/2008

Ce dernier message est un troll. Il y a des gens qui sont vraiment spécialistes pour faire déraper les débats! Mon cher Gilbert, je pense qu'il faudrait un peu modérer!

http://fr.wikipedia.org/wiki/Troll_(Internet_et_Usenet)

Écrit par : Paul Petchi | 01/08/2008

On dit comment semer le petchi aujourd'hui : faire du trolling ?

Écrit par : Géo | 01/08/2008

Je cherchais une image de saint Théodule, et je m'étonne de trouver le vitrail de saint Vincent de Yoki qui est à l'église de Cressier (Neuchâtel). Saint Vincent est le patron de vignerons, ce qui apparait bien sur ce vitrail. Il y a aussi de la vigne en Valais, mais de là à s'approprier saint Vincent pour le faire passer pour saint Théodule... il y a de quoi en perdre son latin! Sacré farceur! Tu dicodes avec Daniel Rausis au déci... à l'hectolitre, même! Mais il fait bon rire dans ce monde où il y a assez de fous furieux qui font pleurer.
Pour preuve : presque le même saint Vincent au-delà de nos frontières suisses! Le style Yoki est reconnaissable même par un néophyte.
http://lesamisdudardon.blogspot.ch/2013/03/patrimoine-meconnu.html

Écrit par : Jean-Marie Oberson | 14/11/2014

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