06/07/2008

Chants de baleine pour Chaval et Nicolas Verdan

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Les nuits ont été bien chaudes, alors on a erré en insomniaque dans son jardin, parmi les rosiers odorants, le nez pointé vers les étoiles. Une des plus opulentes est Mira Ceti, au sud des constellations du Bélier et des Poissons, dans la nébuleuse équatoriale de la Baleine. On en profitera pour se rappeler que la baleine n’est justement pas un poisson, mais un  mammifère - comme l’éléphant, comme la souris, comme la modzonnette  de nos alpages, comme nous. Le citadin a très peu l’occasion de la rencontrer, sinon dans le Livre de Jonas, les romans de Melville, les films de Huston – jamais au zoo, ni au cirque. Ou alors au large des Açores, une zone tempétueuse où les baleiniers nippons adorent braconner.

En cette saison, on peut apercevoir la baleine bleue depuis les môles de Tadoussac, sur la rive gauche du Saint-Laurent, au Québec. Un petit saut de puce plus loin, au nord de Honolulu dans le Pacifique, ce sont les baleines à bosse (image du dessus) qui se donnent en spectacle: elles bondissent, font des cabrioles dans les embruns, s’attouchent et se chatouillent. Elles soufflent, sifflent et chantent.

Le chant des baleines est un phénomène qui passionne depuis toujours les zoologues, parce qu’il est un mode de communication, et qui préoccupe de plus en plus les écologistes à cause de sa raréfaction. La semaine passée, ils ont réunis 4500 acousticiens à Paris afin d’évaluer les risques de la pollution sonore des océans: les chercheurs de gisements pétroliers dans les abysses recourent trop souvent à des canons à air comprimé; les flottes militaires abusent au cours de leurs manœuvres d’explosifs et de sonars. Comme ça se passe dans l’eau, ça ne s’entend pas. Mais baleines, cachalots, dauphins et autres rorquals entendent, eux, et c’est un supplice. En tout cas une gabegie où les sons qu’ils émettent naturellement pour se repérer et se reconnaître - pour se marier et procréer – sont brouillés.

Mais je reviens au chant de la baleine, dont l’émission itérative et prévisible correspond à un langage. Son registre est varié. Toujours bouleversant. On peut l’écouter sur plusieurs sites d’Internet*. Quand elle siffle, on jurerait une bise sibérienne. Quand elle pleure, une sirène d’alarme dans une cité sinistrée. Quand elle mange, un éléphanteau de la ménagerie Knie. Et quand elle a le blues, c’est le tuba des funérailles et des requiems.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chant_des_baleines

http://baleines.etc.free.fr/chants.htm

www.linternaute.com/video/3847/le-chant-des-baleines

Trois hispanismes

Vous saurez qu’en Espagne, on ne met pas quelqu’un en boîte, «on lui prend les cheveux»: tomarle el pelo a alguien .

On ne jette pas le manche après la cognée, mais «la corde après le chaudron»: echar la soga tras el caldero.

On ne casse pas sa pipe, mais «on étire la patte» : estirar la pata

Le crayon noir d’un misanthrope bordelais

chaval.jpgDe ses dessins de presse, qui paraissaient dans Le Figaro, Le Nouvel Observateur ou Paris-Match, Chaval disait: «S’ils sont meilleurs que les autres, c’est qu’ils vont jusqu’au bout: ils détruisent tout parce que j’y vais moi-même et que je me détruis aussi.»

Yvan Le Louarn de son vrai nom, Chaval s’est suicidé il y a juste quarante ans à Paris, mais c’est à Bordeaux qu’il naquit en 1915, où 260 de ses œuvres originales sont actuellement exposées au Musée des Beaux-Arts*. Un  trait simple, une ligne très pure toujours incisive. Des silhouettes masculines tantôt chauves, tantôt exagérément ébouriffées. Il est considéré en France comme le plus grand des dessinateurs de la période 1950-1960 ; un précurseur de la vogue de Hara-Kiri, de Charlie-Hebdo. Le père spirituel peut-être (très involontairement) du génial Reiser, mais en plus cynique, plus sombre encore.

Les cibles favorites de Chaval étaient la bêtise humaine ordinaire, le comportement de ceux qu’on appelait alors «les petits bourgeois», l’orgueil des personnalités célèbres de son temps (dont André Gide).

Mon maître à penser Vialatte l’admirait beaucoup pour son humour ténébreux, décalé. Et pour le charme langagier insolite de ses légendes: «Un chien se retenant d’uriner devant un palais présidentiel.» «Un gendarme écrivant une lettre d’amour». «Releveur de compteurs relevant le moral d’un abonné.» «Un homme de génie achetant un paquet de lessive.» Ou «Pharmaciens fuyant l’orage.»

Chaval, humour libre, Bordeaux, jusqu’au 21 septembre. 20, cours d’Albret.

www.bordeaux.fr

«Chromosome 68»

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Dans le déferlement des bouquins qui ont paru à l’occasion du quarantenaire de Mai 68, c’est bien le seul qui m’a attiré, et que j’ai lu avec plaisir jusqu’au bout. Le fait que son auteur soit un ami a dû être pour quelque chose, je n’en disconviens pas: Nicolas Verdan, actuellement rédacteur en chef régional de 24 heures pour Lausanne, est mon confrère en journalisme depuis plus de dix ans, et mon compère en littérature depuis 2005 -  année de parution de son premier roman Le rendez-vous de Thessalonique (Prix Bibliorama Suisse).

Chromosome 68, auquel Jean-Louis Kuffer a consacré en avril dernier une critique dans 24 Heures, a le mérite d’être aussi un roman. Pas un essai sociopolitique, ni un témoignage, ni un pamphlet sur cette mouvance qui m’avait déjà bassiné en son temps – j’avais alors l’infatuation et les acnés de mes quatorze ans, et je trouvais ces vieillards qui en avaient six ou huit de plus trop nerveux-crispés dans ce qu’ils appelaient leur liberté, et trop intellectualisants pour être sincèrement euphoriques. Bref, j’étais trop jeune pour le Grand Soir et l’amour libre. Un décalé.

Nicolas Verdan l’est encore davantage, puisqu’il est né en 1971, soit trois ans après les événements, mais le nombre des années et des générations ne compte guère dans le mépris, ou la compassion, dans lequel certains vrais acteurs de Mai 68 ont tenu ceux qui n’en étaient pas. Héros d’une révolution culturelle qu’ils avaient faite – un peu comme les grognards de Napoléon avaient fait Arcole ou Austerlitz – ils se sont arrogé le droit exclusif de la désavouer plus tard, ou de continuer de la glorifier. Un autre décalé, Nicolas Sarkozy (un décalé «grave» celui-là, car très mal informé) s’est salement amoché en voulant donner un coup de pied dans la fourmilière.

Aucune acrimonie revancharde chez Nicolas Verdan. Il a eu la sagesse d’agir en écrivain. Il a commencé par plonger en lui-même, et dans le contexte de son temps, dans les eaux encore plus troublées du début du XXIe siècle. Refusant d’être lui-même le sujet de son livre, il promène celui-ci comme un miroir sur l’évolution chaotique de l’altermondialisme, déjà en décrépitude. Il forge de toutes pièces des caractères qui n’appartiennent qu’à aujourd’hui, nés comme souvent de familles décomposées ou tronquées, ruminant des quêtes identitaires qui sont finalement dissemblables.

J’aime l’écriture déliée de Nicolas Verdan, ses métaphores modulées, sa verve descriptive qui devient gouleyante lorsqu’elle s’attache au corps de la femme et à ses attitudes. J’aime beaucoup le personnage de Laura, cette doctoresse génoise qui, à 33 ans, s’habille comme une ado, se coiffe à la manga, a des seins replets comme des mangues, et ne rit jamais.  Elle est riante de vérité.

Chromosome 68, Bernard Campiche Editeur, 152 pages.

Commentaires

Chez les baleines odontocètes, celles à dents, les sons sont de basse fréquence, cliquetis, ou alors de haute fréquence (sifflements) - qui se produisent par le passage de l'air à travers ce qu'on appellele museau du singe.

Écrit par : Dorian | 06/07/2008

Je l'ai lu Chromosome 68, et l'ai bien aimé malgré une légère préférence pour Le rendez-vous à Salonique. On y reconnaît la silhouette d'un Serge July. A ce propos, je suis tombé sur un site "satirique et iconoclaste" L'ORGANE, qui égrène 10 raisons d'insulter Serge July: www.lorgane.com

Écrit par : Xénius | 06/07/2008

Elle est chouette la vidéo sur les baleines chantantes (joli trucage sonore). J'ai gardé un numéro de New Scientist de décembre 2004: une baleine suivie dans le Pacific Nord pendant 12 ans. Elle chantait à 52 Hz...

Écrit par : Fergy | 06/07/2008

Hispanismes félins :

Dar gato por liebre (donner un chat au lieu d'un lièvre) : tromper quelqu'un
Buscar tres pies al gato (chercher trois pieds au chat) : chercher midi à quatorze heures.
Aquí hay gato encerrado (ici, il y a un chat enfermé) : Ici, il y a anguille sous roche.

Écrit par : Inma Abbet | 06/07/2008

Vous lire est toujours un plaisir, chère Inma. Et votre blog?

Écrit par : Gilbert | 07/07/2008

Je recommence à bloguer bientôt...

Écrit par : Inma Abbet | 08/07/2008

Faire leprocès de July est un travail delongue haleine,car il a le cuir dur le rhinocéros... Cohn-Bendit est un peuplus franc. Leplus blet de tous est le pauvre Glucksmann. Car après avoir tenu compagnie à Sarko avec Macias et Mireille Matthieu,il est tout autant ridicule en lui expliquant maintenant (et avec son fils) les vrais acquis de 68. 2 fois tocard...

Écrit par : KIM | 08/07/2008

C'est qu'entre-temps, la nouvelle philosophie est passée par là. Et comme personne,ni lui-même, ni BHL,ne sait ce que ça veut dire.....

Écrit par : Cyberprince | 08/07/2008

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