17/07/2008

Standing ovations et offrande de brebis

 

 

 

brebis%20sardi.jpg

 

Naguère, on disait d’un bon orateur qu’«il a fait un tabac à l’applaudimètre». L’expression a été retenue par nos dictionnaires en 1955. Elle s’est fait depuis enfoncer par un américanisme qui émaille désormais des comptes-rendus de conférence ou de séances parlementaires:

«Le président de la République (ou le syndic de Boufflens-sur-Arnex) a eu droit a une standig ovation.

De quoi s’agit-il?

D’un tonnerre d’applaudissements effectués par des auditeurs qui se lèvent ensemble de leurs sièges. On préférerait le français acclamation debout, mais ça sonne moins prestigieusement. C’est pouette à l’oreille, diraient les Vaudois d’autrefois. Une chtandingg-ouvéïchonne - comme leurs descendants prononcent parfois - c’est quand même plus moderne, plus mondialisé…

Petite gymnastique étymologique:

Le mot anglais ovation vient du mot français ovation, qui lui-même descend du latin ovatio «petit triomphe», dérivé d’ovis, la brebis… Mais qu’est-ce qu’une brebis vient faire dans cette galère aux gloires et glorioles?

Dans la Rome antique, l’ovatio s’accordait aux généraux qui avaient battu des adversaires de peu d’importance, avaient vaincu sans faire trop couler de sang. Ou, comme écrivait Plutarque, «par le seul pouvoir de la persuasion, par le seul charme de l’éloquence».

Ces demi-vainqueurs s’avançaient à pied ou à cheval, et non sur un char comme pour un triomphe (plus sanglant). Précédés du Sénat et de la cavalerie, ils étaient couronnés de myrte et vêtus d’une robe blanche ourlée de pourpre. Ainsi conduits jusqu’au Capitole, ils n’y sacrifiaient qu’une modeste brebis.

Les généraux romains plus historiques, car plus expéditifs et plus cruels -  ceux qui écrabouillaient l’ennemi - avaient droit eux à un cérémonial plus grandiose au retour de leurs carnages: des lauriers d’or au front, un cortège claironnant digne de leur «grand triomphe», et l’immolation de tout un taureau sur le si énigmatique mont capitolin.

Commentaires

BRAVO !

Écrit par : annie bardaine | 21/07/2008

Les commentaires sont fermés.