03/08/2008

Catholique, vieille bourrique!

 

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Résumé d’un épisode précédent: printemps 1920, dans un atelier de la place Chauderon à Lausanne, Philippe Saunier vient d’apprendre du libraire-imprimeur Salésy Henchoz, qu’il avait dû se séparer cruellement d’un chien appelé Abraham. Le même vieillard, goitreux et bossu, lui révèle qu’il a une maîtresse appartenant à ce qu’on appelait déjà «la bonne société». Une certaine veuve Pisani que le jeune historien parisien avait déjà rencontrée au début de son séjour dans la capitale vaudoise.

- Votre protectrice est un peu superstitieuse? Je la croyais très catholique. Avec son crucifix, son rosaire, ses invocations à la Vierge Marie…

- Et ses pèlerinages à Lourdes. Oui, elle est à la fois bigote, papiste comme une nonne, ce qui fait désordre, comme on aime bien dire chez nous, car Lausanne est un pays très protestant. D’ailleurs ses voisines de la rue Chaucrau la surnomment la Vieille Bourrique. Cela vient d’un quolibet de préau, que les écoliers adressent généralement à leurs camarades originaires de Fribourg. Qui, eux, sont catholiques… «Catholique, vieille bourrique!»

- Madame Pisani n’est pas très appréciée par les gens de son quartier; je m’en suis rendu compte en cherchant sa demeure. C’est à cause de sa confession religieuse?

- D’abord à cause de son défunt, qui fut un homme d’affaires très actif, bavard, brillant. En installant son commerce de denrées coloniales au meilleur passage de la venelle, il rafla la mise en moins de deux ans, après l’avoir doublée. Un magnifique personnage, ce Guglielmo Pisani. Un pur Florentin, à la fois cultivé, madré, généreux. Oui généreux, machiavéliquement généreux. Il est décédé l’hiver dernier d’un accident stupide de la circulation, place Saint-François, alors qu’il sortait de la banque avec un chèque d’importance pour une association de philanthropes.

- Qu’y a-t-il de machiavélique à soutenir la philanthropie?

- La société qui reçut le chèque se nomme Salva Lousonna. Elle se compose d’une dizaine de veuves de la plus respectable bourgeoisie de notre cité. Imaginez un aréopage de rombières influentes en crêpe noir. Elles embaument la violette fanée; elles se réunissent les lundis dans un salon de la Pension Mansfeld, celle-là même qui jouxte mon petit jardin et qu’annonce une rangée de lampadaires jaunes.

» D’un côté, ces vieilles luttent contre le paupérisme et l’insalubrité de nos rues foraines, dont une, la sente de Saint-Roch, se trouve un peu en amont d’ici. D’un autre côté, elles militent avec éclat pour la sauvegarde de l’aspect historique du centre de la ville. Plusieurs bâtiments des rues Chaucrau et Haldimand se situent dans le périmètre qu’elles s’acharnent à protéger. Or ils sont d’ores et déjà convoités par des commerçants, concurrents locaux de feu Pisani, qui entendent les remplacer par du neuf, ou en tout cas en rénover des parties.

Avant de signer son ordre charitable et de tomber sous les roues d’un taximètre, le vieux singe s’était d’abord bien assuré que sa propre maison, héritée par mariage, aurait juste le temps de ravaler sa façade, agrandir ses vitrines et en moderniser l’éclairage nocturne. Quatre mois se sont écoulés depuis sa mort; des mesures municipales viennent d’être appliquées pour garder l’extérieur de sa rue en l’état, mais toutes les modifications que Pisani avait envisagées sont faites, y compris les plus extravagantes…

Les travaux ont été réalisés, très fidèlement, sur des ordres signés par sa veuve, Mme Victorine Pisani, que vous avez rencontrée tout à l’heure. Oui, la Vieille Bourrique, ma chère bienfaitrice liseuse de cartes qui empeste le jasmin.

Commentaires

L'étymologie du nom de la rue Chaucrau à Lausanne. J'ai longtemps cherché, coryant d'abord que c'était le nom d'un personnage, notable d'origine alémanique, mais non: ce devait être qqch comme Creux de chaux, soit le four à chaux.

Écrit par : Muguet | 03/08/2008

Le pèlerinage à Lourdes attire 5000 visiteurs par an, dont 2000 pélerins. La première basilisque a été construite en 1876, et la deuxième, dont on a célébré le 50e anniversaire, en 1958 qui est souterraine. Et il y a juste vingt ans, en 1988, une troisième. L'aéroport de Lourdes est aussi une destination les plus fréquentée de la compagnie nationale irlandaise Air Lingus.

Écrit par : Fides | 03/08/2008

@Fides Je ne sais d'où vous tirez vos chiffres...

Pour 2008, le chiffre de 10 millions de pèlerins sera certainement atteint...

Écrit par : albert | 04/08/2008

Je crois qu'Albert a raison, cher Fides. J'ai pour ma part trouvé cette information de la Dépêche, datée du 1er août:


Lourdes. Un cru exceptionnel
Fréquentation. Les groupes organisés en augmentation d'environ 50 %.

De l'avis de tous, l'année 2008, à Lourdes, qui marque le 150e anniversaire des Apparitions de la Vierge à Bernadette, est exceptionnelle sur le plan de la fréquentation. Secrétaire général des sanctuaires, Jean-François Monnory affiche « une augmentation de 50 % des groupes organisés » depuis le 1er janvier « et de 56, 17 % pour le seul mois de juin ».

« Une forte augmentation aussi des fidèles sur l'ensemble des célébrations » des sanctuaires, laissant penser que « le chiffre de 8 millions de pèlerins » évoqué par Mgr Perrier sera atteint.

« Par rapport à une année normale, le mois de juillet est exceptionnel. Les pèlerins de tous les continents sont en forte augmentation », souligne le directeur de la promotion de l'office de tourisme, Franck Delahaye.

Écrit par : Gilbert | 04/08/2008

Les marchands du temple vont donc se remplir les poches!

Écrit par : gilles | 05/08/2008

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