24/08/2008

Une ramure d’abricots pour saint Louis

 

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A la fin d’août, les marchés de la Palud, de Vevey et Nyon changent d’éclairage. Les fleurs deviennent dahlias et bientôt chrysanthèmes; leur variété diminue au profit de l’exubérance des fruits – drupes indigo du prunellier, pommes hétérochromes et odorantes. Ah! les pommiers doux, rondes et ritournelles, fait la chanson. Et il y a cette ancienne comptine qui nous revient:

Pomme prune abricot, y en a une, y en a une,

Pomme prune abricot,

Y en a une de trop!

 

Cette année, les abricotiers suisses auront été particulièrement prolifiques, avec une production  de 6 mille tonnes de cette rosacée jaune orangée originaire d’Arménie (Prunus armeniaca), mais qui a trouvé dès 1838 sa terre d’élection en Valais. Cela dit, les experts en gastronomie jugent son édition 2008 plutôt pouette au goût. Elle n’est pas farineuse.  Elle conviendrait pour le gâteau du dimanche soir. Son apport en minéraux – cuivre, carotène, magnésium – n’est pas affaibli, mais croquée tout de suite, elle serait fadasse «comme de la courge crue»… On pourrait la conserver au cellier jusqu’à Halloween.

Arménien, l’abricot? Les Chinois le connaissaient sous sa forme sauvage depuis 4000 ans. Après avoir traversé l’Inde, il a emprunté la Route de la Soie pour s’arrêter un temps en Perse et se faire cultiver sous l’appellation œuf-du-soleil. En Europe, c’est grâce à Monsieur de la Quintinie, le maraîcher versaillais de Louis XIV, qu’il a trouvé ses lettres de noblesse, et le début de sa prodigieuse diversité qui se décline en plus de trente espèces: le bergeron, le bergarouge, l’orangé de Provence, le rouge du Roussillon. Et désormais l’Early Blush, le Tom Cot, le Kioto, le Goldrich…

En Suisse, la variété d’abricot la plus répandue porte le doux nom de luizet. Au féminin, il serait encore plus charmant: «O que je t’aime, ma rouquine, ma luizette, avec des bouclettes de feu et tes joues d’or!»

Les musiciens de la semaine

Jeudi et vendredi prochains, à 21h.30, le château de Chillon accueille La Mémoire des truites, des Nouveaux monstres. Un «concert-spectacle-multimédia» que Léon Francioli et Daniel Bourquin ont conçu pour l’été 2008, en y associant les claviers de François Lindemann, les instruments électroniques de Moreno Antognini, les «spatialsounds» d’Antoine Petroff et la vidéo ingénieuse de Carlo Chanez.

La forteresse médiévale répond à merveille à leurs exigences: «Ce spectacle, écrivent-ils dans leur site, s’adresse à des lieux aux architectures complexes, labyrinthiques, à plusieurs niveaux.»

Les fantômes de Bonivard et des ducs de Savoie en seront un peu tracassés. Mais les truites de Veytaux se sentiront très honorées.

www.lesnouveauxmonstres.ch

Le grand dessinateur de la semaine

steinberg_352.jpgC’est Saul Steinberg (1914-1999), un ironiste américain d’origine roumaine, au crayon rudimentaire, d’autant plus féroce qu’il était épuré, parfois astucieusement tremblé. Le New Yorker lui doit une fière chandelle, car il en a souvent illustré la première page en pleine Deuxième Guerre mondiale, contribuant à l’essor et au prestige de l’hebdomadaire, où signaient des écrivains comme John Updike et Truman Capote.

Pour la première fois en Suisse, le Kunsthaus de Zurich expose une rétrospective de ce caricaturiste caustique, qui se méfiait des autres arts contemporains (architecture, photographie, etc.). Mais qu’admirèrent Le Corbusier et Cartier-Bresson.

Saul Steinberg se riait de la civilisation étasunienne, comme d’ «une grande farce». Ses caricatures portent parfois des masques en carton. Elles sont alors sont figées ensemble dans un même tableau. Elles sont dépareillées. Elles ne se parlent pas. Elles n’en sont que plus tristes, et drôles.

www.kunsthaus.ch

 

 

 

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Louis IX, label archi-français

Demain, lundi 25 août, c’est la Saint-Louis. Une fête qui reste chère au cœur de tous les Français, même les plus républicains, même les plus farouches défenseurs de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. A Téhéran, ma ville natale, l’école française a été fondée plus d’un siècle après l’abolition de la monarchie capétienne, mais elle porte son nom par la volonté de la France. Mon frère aîné y a étudié.

Saint Louis, alias Louix IX (1214 - 1270, couronné en 1226), demeure avec sa couronne de lis, son chêne légendaire et sa piété, un emblème intouchable pour le prestige international de l’Hexagone, car il est vendeur. A l’instar de Jeanne d’Arc, Bernadette Soubirous, Marie-Antoinette et Edith Piaf (Mireille Matthieu aussi…).

Saint Louis, un beau label dont doit se parer en rêve le président Sarkozy, puisque lui aussi a fait ses premières classes dans une Ecole Saint-Louis, à Monceau.

L’icône du petit-fils de Philippe-Auguste et du grand-père de Philippe le Bel ne s’est jamais dédorée, même après que les historiens eurent démontré que sa canonisation, en 1297, était un fait politique, et que ce roi de France avait été aussi un abominable persécuteur de juifs. Mais bon, ils conviennent qu’il avait été célèbre dans l’Europe entière pour sa justice et son équité. Le fer de lance de la chrétienté. Un croisé tragique. Il prit la croix en mars 1267, s’embarqua pour Tunis le 1er juillet 1270, persuadé que l'émir al-Mustansir Bi-llah serait disposé à se convertir en échange d’une aide militaire contre l'Égypte. Or la nouvelle était fausse, la région de Carthage pestilentielle. Son armée décimée, Louis IX fut contaminé, et il succomba sur l’autre rive de la Grande Bleue le 25 août 1270. Il y a exactement 730 ans.
  Dans les manuels scolaires d’histoire (même ceux qu’on nous donnait à la fin des années soixante au Collège de Champittet, à Pully), le saint roi était représenté sous son aspect le plus angélique, le plus blond, le plus serein. Celui des statuaires médiévales et des enluminures.

Aujourd’hui, je reconnais mieux le personnage angoissé et anguleux qu’il a dû être par son portrait imaginaire, composé au XVIe siècle, (image ci-dessus), par le Greco.

 Il peignait les saints et les rois comme des hommes.

 

Commentaires

Retour de Tunisie justement. J'ai visité à Carthage une cathédrale qui porte aussi le nom de Saint-Louis. Puisqu'il y est mort en 1270. Elle a été édifiée en 1830.
À cette occasion, des restes de Saint Louis conservés en Sicile sont ramenés par l'archevêque de Palerme car, lors du retour du corps de Saint Louis en France, des problèmes de conservation ont nécessité de laisser ses entrailles en Sicile.
Ces reliques sont ramenées en France, lors de l'indépendance de la Tunisie, et déposées à la Sainte-Chapelle.

Écrit par : Xénius | 24/08/2008

Hello mon frère-gémeau, vous avez passé de bonnes vacances? A propos de reliques, Saint Louis acheta pour la Sainte Chapelle une sainte Couronne intacte... alors que se vendirent au cours des siècles tant d'épines de cette même sainte Couronne (saint Louis en distribua en remerciements de services rendus).

Écrit par : Cyberprince | 24/08/2008

Merci Cyberprince, ça m'a donné l'idée de chercher dans wikipédia sous reliques:
il existerait 10 crânes de saint Jean-Baptiste, 18 bras de l'apôtre Jacques et suffisamment d'ossements pour reconstituer une vingtaine de squelettes de saint Georges. Les lieux abritant un ou plusieurs fragments de la sainte Croix seraient légions, pas moins de 1150...

Écrit par : Serpent à Plumes | 24/08/2008

L'étymologie voyageuse du mot abricot est aussi remarquable et controversée : les romains l'appelaient praecoquum, de praecox (fruit précoce). Les grecs l'ont transformé en πραικόκιον. Les arabes ont écrit al-barqwuq أَلْبَرْقُوق à partir du grec, mot qui a été adapté en espagnol sous la forme abaricoque, avant de devenir abricot en français, vers 1512, d'après le catalan albercoc. Cependant, pour certains, le périple du mot aurait été effectué en sens inverse, et il aurait été introduit en Grèce et en Italie par le biais de l'Arménie.
Je crois que j'ai écrit le mot grec de façon juste. Pour le mot arabe, je l'ai trouvé sur le net et je l'ai simplement copié, je ne sais pas s'il y a des erreurs.

Écrit par : Inma Abbet | 24/08/2008

albaricoque, en espagnol.

Écrit par : Inma Abbet | 24/08/2008

J'admire toujours votre réelle et naturelle érudition, Inma. Elle est jouissive et communicative. bravo

Écrit par : Alexis | 25/08/2008

http://tunisie-harakati.mylivepage.com

A voir et à revoir, un exemple de la justice en Tunisie.

Écrit par : Jeanne Guerroi | 26/08/2008

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