27/08/2008

Jérémie Kisling, le plaisir des mots

 

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Il a le menton, les sourcils et regard de Laurent de Médicis peint par le Bronzino. En moins ténébreux quand même: l’ambre fin des yeux de Jérémie Kisling est en osmose avec son timbre de ténorino subtilement fragilisé, et si sincère! Toutes ses admiratrices amoureuses vous le diront. Et si au physique il fend les cœurs, c’est qu’il s’est un peu identifié avec le Ours, protagoniste éponyme de son deuxième album, paru il y a trois ans pour un succès durable. Un nounours qui n’a rien de minaudier. Qui n’est pas sérieux non plus: «L’enfance y est présente, mais avec une manière ludique de se tourner vers elle.» Dans son prochain double CD qui sort cet automne, elle revient en force et le chanteur vaudois lui pose cette fois des questions plus importantes. Ce sera une confrontation. «De toute manière, quand on fait un métier créatif, je ne crois pas qu’on puisse se couper de l’enfance.»

 La sienne a fleuri dans l’arrière-pays morgien. Dans la maison de Reverolle, son père architecte  y joue le soir de la guitare, on écoute des disques de Félix Leclerc et de Georges Brassens. Ce foyer - où règne aussi une maman charismatique au cœur de yogi - est un giron  de belles mélodies et de poésie vigoureuse: la versification la plus juste est dans l’air, le génie du rythme aussi. Kisling s’y forge une sensibilité littéraire et musicale. A neuf ans, il découvre les notes sur le piano paternel. A dix-sept, il a sa première guitare, mais il ne chante pas. Il déteste chanter – surtout en public, à l’école –, et cette réticence ligaturera ses cordes vocales jusqu’à passé vingt ans! «Avant que j’en eus vingt-cinq, je ne m’autorisais pas de croire qu’un jour je ferais de la musique. Je n’ai jamais aimé les études.» Premières écoles à Apples, puis au Collège de Morges. «Je remercie mes profs de cinquième de ne pas m’avoir orienté vers des classes scientifiques ou économiques. Mais vers une instruction gréco-latine au Gymnase des Chamblandes, à Pully, où l’apprentissage de la scansion a formé mon ouïe». Pour rappel, la scansion est un exercice de voltige qui consiste à un énoncer un vers, grec ou latin, en le rythmant. En marquant l’alternance des longues et des brèves, et en insistant sur les temps forts. On est à la fois chez Sophocle, Virgile et Brassens… Les Anciens y apprenaient à libérer leur esprit des contraintes du corps par la maîtrise de la cadence et du souffle. Jérémie Kisling aussi - le yoga maternel n’est pas loin.

 

Pourtant les études de lettres à l’UNIL ne l’emballeront pas, même s’il aime Albert Cohen, pour son humanisme et son écriture, s’il se régale de Boris Vian pour sa liberté, sa fantaisie. Et même s’il écrit lui-même beaucoup, «sans barrières mais pour le plaisir des mots». Des lettres à des amis notamment, ses premiers, ses meilleurs lecteurs, puis auditeurs. Kisling a une vision élevée de l’amitié – d’ailleurs il en parle peu. Certains achèvent leurs études, lui les sèche. Mais ce n’est pas du tout une sinécure: « Je m’angoissais de me voir sans avenir professionnel. Je ne dormais plus, je ne parlais de ça à personne, j’étais agressif, négatif en tout.» Puis, en 1997, il y a comme un déclic, favorisé par une ouverture vers la spiritualité et les conseils d’un kinésiologue qui lui suggère de se lancer quand même dans la chanson. Pour avoir travaillé dans le bureau de son père, il a mis de l’argent de côté, ce qui lui permet en 2002 de fabriquer et enregistrer de toute pièce un disque. Une bouteille qu’il a le courage de lancer dans la mer des médias et le marigot du showbiz. Elle lui revient triomphalement: pleines pages dans les journaux sur Monsieur Obsolète, qui sera repris en 2003 par Naïve, à Paris, où Carla Bruni, qui est de la maison, l’accueille avec effusion. Elle n’est pas la seule du sérail. Mais autant ses potes de Reverolle ou de Colombier-sur-Morges tressaillissent de joie, autant le Kisling reste grisounet. Comme aux jours de sa mélancolie. «Je ne suis pas un désabusé. Ce doit être de la retenue, de la réserve, de la pudeur. Mais j’avais été très content de faire plaisir à ma mère. »

 www.myspace.com/therealjeremiekisling

Prochain concert : samedi 30 août, Festival Terre des Hommes, Massongex.

 

www.tdh-valais.ch

BIO

1976. Naît à Lausanne, enfance à Revereolle. Il vit chez ses parents jusqu’à 22 ans.

2002. Son premier disque: Monsieur Obsolete. Une autoproduction.

2003. Monsieur Obsolete est repris par Naive, à Paris.

2004. Grande année des premières tournées de Jérémie Kisling en France. Il se produit en première partie d’un récital de Carla Bruni, qui l’apprécie. Deux ans plus tard, il est adulé é la Cigale ( Paris, 2006)

2005. Sortie de son deuxième album, Le Ours.

2008. Son double CD, riche d’une vingtaine de nouvelles chanson, paraîtra en automne sous le titre Antimatière.

11:36 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

«De toute manière, quand on fait un métier créatif, je ne crois pas qu’on puisse se couper de l’enfance.»

Il a l'air de chanter une mélodie très simple et belle comme la chante un enfant!

Écrit par : cmj | 27/08/2008

El profesor y el sonido de la vida.

Recuerdo el
mágico tiempo
del amor melodioso,
y dulce e silente
el sueño regresa
en la tímida mente
que transforma
la vida en el
canto del sol:
espero la noche,
la siesta infinita.

Francesco Sinibaldi

Écrit par : Francesco Sinibaldi | 01/09/2008

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