24/09/2008

Le vrai Monsieur M2, c’est Marc Badoux

 

 

 

 

 

Dans cette quasi mythologique épopée du M2, il est resté le plus discret des Argonautes. Marc Badoux est pourtant l’ingénieur principal, le chef du projet. De même qu’on sait maintenant que ce n’est pas Louis XIV qui a bâti Versailles mais son architecte Louis Le Vaud, les Lausannois de l’avenir retiendront peut-être mieux le nom de cet homme aux sourcils noirs, qui n’aimait pas beaucoup les journalistes. «C’est faux, j’aurais même rêvé d’en être un. J’ai leur curiosité! » Après un peu de réticence, notre homme sait tenir son crachoir, mais c’est pour parler des autres. «Il serait indécent que l’on me mette en avant dans cette fantastique expérience professionnelle. Le projet du M2 fut rassembleur. Nous sommes une bonne vingtaine à l’avoir monté de toutes pièces : des ingénieurs, des techniciens, des informaticiens, des secrétaires, des Vaudois de l’EPFL, des Alémaniques, quelques Français. Parmi ces acteurs, il y a de jeunes ambitieux, et des aînés qui ont trouvé une belle manière d’achever leur carrière. Toute cette équipe est sur le point de se disséminer…»  Leur chef – qui accédera en octobre au poste de directeur adjoint des Transports publics lausannois – en éprouve une nostalgie authentique, un zeste de chagrin. Mais ses grandes prunelles peuvent être matoises. C’est que tout va très vite dans la solide caboche de Marc Badoux, dont le grand front est déjà paré de ridules à 47 ans. Si la pensée est expéditive, la parole est mesurée à la vaudoise. Le lancement du m2 fait entrer Lausanne de plain-pied dans le IIIe millénaire? On ne s’en glorifie pas. On attend pour voir. Il ne dit pas ça comme ça, le Badoux: «Mes racines rurales m’ont enseigné la prudence et l’humilité. Les usagers de ce métro en jugeront… dans dix ans.» En en dirigeant le chantier, il avait l’impression dit-il de remonter sa chère Venoge  - il vit actuellement à Préverenges: «Un sentiment d’ascension. On en connaît le but, la destination, mais pas le chemin ni ses méandres, ni ses imprévus techniques.» Qu’est-ce qui l’a conduit aux métiers de l’ingénierie? «Un rêve adolescent. Celui assez courant de vouloir changer le monde, de contribuer à l’améliorer, mais en ayant prise sur le réel.» Lorsque, frais émoulu de l’EPFZ, il s’établit au Texas pour peaufiner sa spécialité en recherches parasismiques, il a 23 ans. Il s’éprend viscéralement de cet Etat, contre lequel souvent le Vieux-Monde se récrie, puisque George W. en fut naguère le gouverneur, et qu’on y applique  la peine de mort aussi régulièrement qu’en Chine. «C’est l’Etat le plus vaudois des Etats-Unis, le seul où il y ait un esprit cantonal!» C’est d’ailleurs dans sa capitale, au bord du Colorado,  qu’il se marie avec une autochtone originaire du Nouveau-Mexique. A l’instar de toutes les universités américaines, celle d’Austin est un melting-pot fertile de cultures cosmopolites. Au passage, il y devine que sa vocation première, celle de contribuer à changer le monde, ne pourra s’épanouir vraiment que par la pluridisciplinarité. C’est pourquoi, six ans après sa nomination à l’EPFL, il agrémentera avantageusement sa formation d’ingénieur civil par un MBA (Master of business administration) à l’IMD de Lausanne, une des écoles internationales de commerce les mieux cotées au monde. Un rendez-vous planétaire de ce qu’on appelle le leadership. «Une des forces de la Suisse est d’offrir cette possibilité de formations complémentaires.»

Quand Marc Badoux  le texanisé dit qu’il aime et admire son pays, il ne fait pas du charre. Il est sincère. Mais la corde qui le fait vibrer le plus est moins patriotique que prénatale, comme disait notre grand poète Schlunegger. Elle a une arrière-saveur de petit lait, de tomme et de pain frais. Elle s’accompagne des sonnailles de Forel-sur-Lucens.  Le petit citadin retrouvait là les fragrances immortelles du cellier de ses grands-parents. La maison paysanne réunissait chaque week-end une famille nombreuse, très soudée.

«On faisait les foins. A la ferme, j’ai appris à traire les vaches.»

BIO

1961. Naît à Berne. Aîné de quatre enfants, il grandit à Lausanne dans le quartier de La Blécherette. Son père est l’ingénieur  Jean-Claude Badoux, ancien président de l’EPFL.

1979. Etudie le génie civil à l’EPFZ, Zurich.

1984. Long séjour à Austin, Texas. Thèse de doctorat sur le renforcement parasismique des structures existantes. Il y enseigne, il y épouse une Texane. Il sera père de cinq enfants.

1997. Après avoir travaillé dans des bureaux entre Zurich et les Etats-Unis, il est nommé professeur assistant à l’Institut des structures de l’EPFL.

2003. Il complète sa formation technique par un MBA à l’IMD de Lausanne, avant de rejoindre les TL pour réaliser la nouvelle ligne de métro.

11:32 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Il fallait que cela soit dit.
Et vous l'avez dit.
Merci M. Salem.

Écrit par : Alain Hubler | 25/09/2008

Je partage le contenu de cet article, en plus je connais Monsieur Badoux. Une question, j'ai lu du copier coller dans 24 heures dernièrement, c'était déjà votre article?

Écrit par : cali | 26/09/2008

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