27/10/2008

Pétri de sagesse antique, Justin Favrod veille à l’orée du pouvoir

 

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.Le conseiller personnel du président des Vaudois, Pascal Broulis, a seulement deux ans de plus que lui: Justin Favrod en aura 35 à la mi-décembre. Ce docteur en histoire de l’Antiquité romaine est un noiraud finaud, qui a les yeux pénétrants et vifs de son illustre Charles-Henri de père – grand reporter des temps épiques, et créateur du Musée de l’Elysée, à Lausanne. De sa mère Marguerite, il a hérité une intuition plus terrienne, de l’ironie saine et savante. Loin de lui peser, cette parenté prestigieuse le rend heureux: c’est à ces beaux Philémon et Baucis de Saint-Prex qu’il a dédié son dernier livre: La Grèce et Rome par les anecdote. Publié cet été à 1500 exemplaires, il a été épuisé en quelques semaines: les Français en ont acheté 1300! Il a donc fallu le rééditer. C’est un florilège de 580 descriptions de personnages célèbres, et d’apophtegmes (paroles mémorables ayant une valeur de maxime), que Justin Favrod a relus, pour les rendre plus accessibles, chez Hérodote, Diogène Laërce, Salluste, Suétone, etc. Chez Plutarque surtout. «C’est lui, l’auteur des Vies parallèles, qui m’a fait entrer dans l’histoire de l’Antiquité.»

Une découverte qu’il doit à son grand-père maternel, Samuel Gagnebin, qui maintenant repose au pied de l’if qui fut planté à la naissance de Justin, au fond du jardin familial saint-preyard. «A mes douze ans, il m’a dit que tout honnête homme devait avoir lu Plutarque. Alors faute d’être un honnête homme, je suis devenu historien…» En se spécialisant dans l’étude des derniers siècles de l’Empire romain, période moins défrichée par les chercheurs francophones. Mais ce sont les grandes figures de l’ère classique qu’il préfère, et à l’aune desquels il se divertit à juger ses contemporains.

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1994. Tandis qu’il peaufine sa thèse de doctorat sur l’Histoire politique du royaume burgonde, il s’aventure sur les brisées paternelles en devenant journaliste à Lausanne, Genève et Fribourg, Une expérience dont il garde de bons souvenirs: l’aura patriarcale d’un Roger de Diesbach à La Liberté,  qui, «comme l’empereur Titus promettait trop de choses... ». Ou la popularité inattendue d’une mini-chronique dans 24 heures, intitulée «Le saint du jour», où Justin Favrod donna libre cours à son goût pour la légende dorée. Un hasard de restructuration de la scène médiatique le fait changer de métier à 39 ans et entrer dans l’administration vaudoise des finances. Un pays des chiffres et des algorithmes fiscaux, aux antipodes des apophtegmes poétiques de son Antiquité chérie. «La finance ne m’a jamais passionné. Elle est pour moi ce que la Tour Eiffel a été pour Maupassant, qui la détestait: il suffit de s’y trouver pour ne plus l’apercevoir; mais c’est un département d’où l’on voit tout, qui se situe au cœur de l’Etat. Je n’avais pas choisi les finances, mais Pascal Broulis.»

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Car à la différence d’autres conseillers personnels de ministres vaudois, Justin Favrod a délibérément choisi le sien: approché en son temps par les services de Charles Favre, il avait d’emblée jeté son dévolu sur celui qui était pressenti comme son successeur. Pourquoi Broulis? «Nous n’étions pas intimes ; il était centre-droite et moi plutôt centre-gauche. Mais nous étions proches humainement et intellectuellement. » Le travail de Justin Favrod auprès du grand argentier consiste à lui faire gagner du temps : rédiger des discours, trier la correspondance, répondre aux lettres qui critiquent la politique fiscale du canton. Et résumer les propositions qui proviennent des autres départements. « Cette dernière besogne s’est allégée depuis qu’il est devenu président du gouvernement vaudois.»

Les bras droits des politiciens sont toujours suspectés d’exercer sur eux une influence qui peut infléchir leurs décisions. «Eminence grise», de Pascal Broulis depuis six ans, Justin Favrod s’amuse de cette métaphore qui impliquerait un pouvoir occulte. «Non, à l’instar des anciens chroniqueurs, j’ai un rôle de témoin, pas d’acteur.»

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Editions Infolio, 274 pages .

BIO

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1963

C’est la date de sa naissance.  Enfance avec ses frères Jérôme et Maxime au château familial de Saint-Prex. Il y vivra jusqu’en 1989.

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1988

Fin de ses études d’archéologie et d’histoire ancienne à l’Université de Lausanne. Il les parachève à Augsbourg, en Allemagne, puis à Nanterre, Paris.

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1991

Parution sous forme de livre de son travail de licence, consacré à Marius d’Avenches.

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1994

Début d’une expérience journalistique polymorphe qui durera six ans: à 24 heures, à la Radio suisse romande, au Journal de Genève, à la Liberté.

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1997.

Thèse de doctorat sur les Burgondes. Elle sera rééditée en 2002 dans la collection Le Savoir suisse, en 2002.

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2002

Devient le collaborateur personnel de Pascal Broulis.

13:35 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (0)

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